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« Le Front de Gauche veut changer d’Europe »

27 mai 2009 - Dernier ajout 5 juin 2009

A 37 ans, Karim Ghendouf est père de deux fillettes. Il est titulaire d’une licence en sciences économiques de l’université de Grenoble, et d’une maîtrise en management d’entreprise de l’Ecole supérieure de commerce EUROMED Marseille. Son parcours professionnel l’a mené à La Ciotat où durant 4 ans il a assuré la fonction de directeur adjoint à la mission locale du canton. Depuis 2001, il est conseiller municipal et depuis 2004, conseiller régional sur la liste de rassemblement de la gauche conduite par Michel Vauzelle, où il a en charge les questions énergétiques. Parallèlement à ces activités, ce français d’origine algérienne dirige une entreprise d’insertion spécialisée dans le bâtiment, les espaces verts et les déchets. Militant de terrain et chef d’entreprise, il se présente aujourd’hui pour la première fois aux élections européennes dans la circonscription du Sud-est, sous les couleurs du Parti Communiste Français qui a fait le choix du rassemblement avec « le Parti de Gauche » et « la Gauche Unitaire » réunis sous la bannière du « Front de Gauche ». Entretien.


 

Pourquoi avez-vous souhaité être candidat aux européennes et comment vivez-vous votre candidature ?

C’est d’abord une décision collective. Une décision des communistes qui m’ont confié la responsabilité d’être leur leader dans cette grande circonscription dans laquelle je figure en seconde position sur la liste « Front de Gauche ». Une responsabilité que j’essaie d’assumer le mieux possible et avec le plus de conviction possible. C’est une reconnaissance de la part de mes camarades qui me font confiance. Je vis cette candidature avec beaucoup de fierté.
Si j’ai accepté d’être candidat c’est pour faire en sorte que cette Europe se bâtisse sur d’autres fondements que celui de l’économie de marché. Il me semble qu’aujourd’hui on ne mesure pas suffisamment l’impact des directives européennes sur la vie quotidienne. Sur les questions d’emplois, de pouvoir d’achat, de service public, de politique économique qui doivent être tournées vers les besoins de nos concitoyens et non pas tournées vers les besoins des actionnaires et du capital. Je crois que nous sommes dans cette liste de rassemblement, autour de ce « Front de Gauche », porteurs d’une mise en débat politique, d’une alternative à l’échelle européenne sur un autre modèle social. Le Front de Gauche veut changer d’Europe !

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Karim Ghendouf

Pensez-vous avoir une chance d’être élu ?

Je pense que si les citoyens et citoyennes décident d’aller voter dans les derniers moments, oui, j’ai une chance. Je pense qu’on peut créer la surprise. Si ce n’est pas le cas, ce n’est pas un drame. Je ne suis pas défaitiste. L’essentiel c’est de mener le combat et de continuer à mettre en perspective nos propositions et faire avancer l’idée qu’un autre monde est possible.

Les élections européennes sont-elles plus ouvertes à la diversité que les scrutins nationaux ?

Ça dépend du type d’élection. Sur les scrutins de liste, c’est plus facile pour les grands partis politiques de faire de la diversité. Pour les scrutins uninominaux : les cantonales ou les législatives, c’est un peu plus compliqué. Mais je crois que les choses bougent quand même, on ne peut pas l’ignorer. Oui, ce n’est pas suffisant. Mais on a une responsabilité importante. On ne peut pas faire simplement le constat qu’on n’est pas suffisamment représenté, je pense qu’il y’a nécessité à ce que l’on prenne nos responsabilités, que l’on rentre dans les partis politiques et qu’on s’engage. On fait parti de ce pays, c’est à nous de prendre la place. Et s’ils ne viennent pas forcément à nous, il faut qu’on aille les chercher.

Quelle est la position du Front de Gauche sur les questions d’égalité des chances et sur les luttes contre les discriminations ?

Sur ces questions je pense que le Front de gauche est le seul à poser le problème en des termes qui vont beaucoup plus loin que le simple aspect de la discrimination, à la sauce SOS racisme ou autre …
L’analyse de la discrimination et de l’égalité des chances ne doit pas être vue seulement en des termes de droits mais elle doit être aussi vue en termes de rapport de classes. L’analyse que j’en fais c’est que les citoyens issus de l’immigration représentent la classe ouvrière en grande partie et qu’on est un peu le sous-prolétariat. C’est bien nos populations qui subissent depuis des années les méfaits du libéralisme et de l’abandon des politiques sociales. L’analyse doit être une analyse politique et pas simplement dire que « nous sommes dans cette situation parce que nous sommes issus de l’immigration. » Oui, il y’a du racisme et des stéréotypes, c’est une évidence, il ne faut pas le nier et il faut le combattre pied à pied. Mais dans le même temps, je crois qu’il faut qu’on mesure bien le fait que nous modifierons durablement l’état dans lequel on vit, que si on s’inscrit pleinement dans un rapport de force qui nous permettra de modifier la relation entre le capital et le travail. Nous sommes les ouvriers, les chômeurs, les demandeurs d’emplois, les Rmistes parce que nous sommes le sous-prolétariat et qu’aujourd’hui il n’y a pas d’expression politique de fond sur cette question là. Le Front de Gauche est le seul à poser le débat en ces termes là.
Je dis que l’égalité des chances, c’est bien mais ce n’est pas suffisant parce qu’aujourd’hui, nos droits les plus élémentaires ne sont pas suffisamment respectés. Droit au travail, droit à la santé, c’est cela qui est en jeu et comme nous sommes statistiquement les plus pauvres et bien la seule solution serait d’avoir une réponse politique.

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Karim Ghendouf en campagne à la Savine

Quelle est la position du Front de Gauche sur le conflit Israélo-palestinien ? L’Europe peut-elle apporter une solution ?

Je pense que l’Europe est l’échelle pertinente pour apporter des réponses différentes sur ce qui a été construit aujourd’hui. Dans le cadre de ces élections je dirais que le Front de Gauche est le seul à poser le problème. Pourquoi ? C’est Francis Wurtz, Président de la « Gauche unitaire européenne » au Parlement européen qui a été le plus claire sur le problème du conflit israélo-palestinien en condamnant fermement l’Union Européenne dans sa décision de donner un statut spécifique à Israël. En gros l’Europe dit : « on passe beaucoup de choses à Israël sans tenir compte de leur politique de colonisation en Palestine ». L’UE ne prend pas en compte le fait qu’ils maintiennent les palestiniens dans des camps. Gaza est devenu un grand camp ! Et il y’a une hypocrisie totale de la majorité de droite et d’une certaine gauche vis-à-vis des palestiniens qui est abominable. C’est pour cela que Leila Shahid apporte son soutien politique au Front de Gauche. Lorsque la déléguée générale de la Palestine apporte son soutien c’est parce qu’à un moment donné elle a fait son analyse politique.
Il y a nécessité que l’Europe joue sa part de responsabilité, d’abord en cessant d’aider de manière aussi importante Israël quand dans le même temps avec des fonds européens, la Palestine essaie de s’en sortir. Deuxièmement, il faut annuler ce statut spécifique tant qu’Israël n’aura pas respecté les résolutions de l’ONU. Notamment sur la question des frontières, sur le retour de réfugiés et sur la reconnaissance et la création d’un Etat palestinien. Enfin, l’UE doit soutenir non pas le gouvernement israélien mais les forces progressistes qui existent en Israël. Elle doit jouer son jeu car dans l’histoire, elle a une part de responsabilité historique vis-à-vis de ce conflit et donc, elle ne peut pas choisir comme elle le fait aujourd’hui en renvoyant systématiquement dos à dos les palestiniens en disant, en gros, « tant que vous ne cessez pas les agressions contre Israël, on va collaborer avec l’état juif ». Je crois que cela est trop facile. Elle doit sortir de son incapacité à ne pas avoir de politique extérieure et elle n’en a pas parce que c’est une Europe des marchands et que l’intérêt des marchands n’a pas d’intérêt politique et d’intérêt pour les citoyens.

L’Union Européenne a-t-elle des liens importants avec la Méditerranée ?

Les liens que l’Europe a avec les pays du Maghreb sont importants. Ils sont économiques, puisqu’il y’a de nombreux échanges commerciaux avec le port de Marseille et le port d’Alger, pour ne citer que ça. Il y’a des liens sociaux, des coopérations, des liens culturels. Une grande partie de la population de la région Paca sont des franco-algériens, des pieds-noirs ayant vécu en Algérie. Pour la plupart c’est un peu leur pays et vivent en France avec le traumatisme de la guerre. D’autre part, il y’a eu toute cette immigration économique. Tout ceci montre qu’il y’a énormément de liens.
L’Europe ne doit donc pas tourner le dos à son Sud. Et qui mieux que nous dans cette circonscription peut faire valoir cela au Parlement Européen. Si je suis élu, j’y travaillerai et ferai en sorte que l’Union pour la Méditerranée ne soit pas vue simplement au travers des relations marchandes et sécuritaires. Ce que veut l’UE vis-à-vis de l’Union pour la Méditerranée, c’est d’abord régler les problèmes de sécurité, d’immigration clandestine et les flux de main d’œuvre. Je crois que l’Europe a autres chose à dire à sa rive sud. Parce qu’on partage une mer, on partage des hommes et des femmes et on partage des relations économiques et politiques.
L’UE ne peut pas se bâtir seulement vers son Est mais doit également se bâtir vers son sud. Et la gestion de la Méditerranée doit se faire dans toutes ces composantes géopolitiques, géographiques et géoéconomiques. Aujourd’hui ceci n’est pas entendu parce que nos représentants sont, soit des représentants du marché : UMP et autres… soit ils n’ont pas travaillé sur cette question là. Si je suis élu je le ferai, en tout cas si je ne le suis pas d’autres le feront. Marie Christine Vergiat, (tête de liste) est sensible à ça.

 

 

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