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Le Front de Gauche ne marchera plus ?

12 mars 2012 - Dernier ajout 13 mars 2012

On se souvient de l’appel « Nous ne marcherons plus », lancé en décembre dernier par le marseillais Nassurdine Haidari. Il avançait 5 propositions pour les quartiers populaires et interpellait les candidats à la présidentielle, de tous bords, pour qu’ils s’emparent de la question. Trois mois plus tard, le collectif est reçu au QG du Front de Gauche pour intégrer les propositions au programme de Mélenchon.


 

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Aux Lilas
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le QG du Front de Gauche


























11h, vendredi dernier. Le soleil perce à travers le grand hangar des Lilas. Les drapeaux rouges flottent au plafond, et les petites mains s’activent déjà. Près des fauteuils où patientent Nassurdine Haidari et Haouaria Hadj-Chikh, attendant d’être reçus par l’équipe de campagne, des étagères portent des bouquins sur l’histoire de l’URSS. Pas le temps de les feuilleter, le collectif grimpe à l’étage. Jean-Luc Mélenchon est présent, mais trop occupé pour mener la réunion. Ce sera Pierre Laurent et Danielle Obono qui s’en chargeront.

En maître de cérémonie devant les grands rideaux rouges qui ornent la salle de réunion, Pierre Laurent commence par affirmer que les propositions du collectif sont « tout à fait dans l’état d’esprit du programme du Front de Gauche. Nous allons dans la même direction ». Le collectif et le Front de Gauche semblent converger sur l’idée de rupture : « il faut cesser les incantations jamais suivies de faits. La situation des quartiers se dégrade. Il est impératif de rassembler des forces nouvelles, des propositions portées par le bas. Pour nous, la question des quartiers populaires n’est pas séparée du reste. Simplement, les logiques de discrimination y sont démultipliées, et il y faut un effort particulier. Si l’on parvient à impulser un changement dans les quartiers, on impulsera ce changement dans toute la société française », insiste Pierre Laurent.

Les cinq propositions sont reprises, une par une. En commençant par le ministère de l’égalité. « Il ne fait pas partie de notre programme. Mais les discussions sont vives, au sein du parti, autour de la suppression éventuelle du ministère de la ville. Nous pensons qu’il est crucial de réimplanter des politiques de droit commun dans les quartiers. Dans l’éducation, les transports, la santé, il faut une égalité dans l’accès aux services publics, qui doit être assurée par les différents ministères régaliens. Nous refusons d’entretenir des ghettos en y saupoudrant quelques aides de temps en temps. Nous questionnons le bien-fondé d’une politique de la ville spécifique, même si certains dispositifs sont nécessaires pour ces territoires ». Plutôt qu’un ministère de l’égalité, le Front de Gauche esquisse un « Conseil garant de l’égalité », qui viendrait combler le vide laissé par la Halde, mais de façon démocratique et indépendante.
Puis vient la question des contrôles au faciès. Le Front de Gauche est favorable à l’instauration, proposée par le collectif, d’un récépissé lors de chaque contrôle effectué. Mais il ne s’arrête pas là : « Au-delà de l’idée de récépissé, nous pensons qu’il faut refonder le métier de la Police, repenser la relation citoyens-police en profondeur. Il y a de grandes demandes en ce sens au sein même des syndicats de Police ».

Le collectif proposait, afin d’encourager la représentativité politique des minorités, de limiter le nombre de mandats exécutifs consécutifs à trois. Une proposition qu’appuie le Front de Gauche. « Mais nous pensons que cela n’est pas suffisant pour assurer une diversité au sein de la classe politique. Il faut aussi faire évoluer notre mode de scrutin, de l’uninominal au proportionnel. Il faut aussi favoriser le retour à l’emploi après un mandat politique, pour que le mandat ne reste qu’une parenthèse d’engagement dans une vie, et non pas un métier ».

Concernant la question du logement, le collectif proposait de porter à 30% le seuil de logements sociaux par commune dans le cadre de la loi SRU. D’accord dans l’idée, mais Pierre Laurent pointe les difficultés sur le terrain : « Je suis au Conseil Régional d’Ile-de-France. A l’intérieur de Paris, au début du mandat de Delanoë, on était loin des 20% de logements sociaux requis. On a réussi à avancer, mais toute la construction s’est concentrée dans quelques arrondissements. Dans certains, les plus riches, comme le 16ème, nous avons dû faire face à un blocage énorme d’associations soi-disant « environnementales », qui ont mené des recours juridiques pour empêcher la construction des logements sociaux. C’est la même logique dans les villes aisées qui préfèrent payer l’amende de l’entre-soi. Je pense donc qu’augmenter le seuil ne suffit pas. Il faut conditionner les aides des collectivités aux communes à leur application de la loi SRU ».

Pour finir, l’emploi. Haouaria Hadj-Chikh proposait de conditionner l’attribution de marchés publics aux entreprises qui luttent effectivement contre les discriminations, bilan à l’appui. Soutien total côté Front de Gauche : « Trop de fonds publics sont distribués au nom de l’emploi sans favoriser le recul des discriminations, sans réellement booster l’emploi là où il est le plus faible. Il faut davantage de contrôle de l’application des critères ».

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Jean-Luc Mélenchon avec Nassurdine Haidari et Haouaria Hadj-Chikh

Les cinq propositions ont été discutées, toutes vont plutôt dans le sens du programme du Front de Gauche. Il ne reste plus qu’à faire une belle photo de groupe. Et justement, Mélenchon arrive, à point nommé.
Mais au fait, comment Nassurdine Haidari, élu PS à Marseille, vit-il la situation ? « Aujourd’hui, la question des quartiers populaires est peu entendue, et peu débattue dans la campagne. Nous avons envoyé nos propositions à l’ensemble des partis politiques en lice pour les présidentielles. Le Front de Gauche est le premier parti à se pencher sur notre démarche, à écouter les voix qui viennent du bas », souligne-t-il. Quid des autres partis ? « Nous avons discuté avec le Modem. François Bayrou a notamment intégré dans son programme l’idée du ministère de l’égalité. J’ai été agréablement surpris qu’il l’évoque en prime time, lors de l’émission « Parole de candidat » l’autre jour. »

Le PS ne nous a toujours pas répondu. François Hollande a promis une réponse écrite, mais on l’attend toujours. Du côté d’EELV, c’est silence radio, on ne comprend pas. A l’UMP aussi, mais là, on comprend mieux », ironise-t-il.

Comment vit-il l’indifférence de son propre parti sur la question ? « Nul n’est prophète en son pays », lance dans un sourire l’élu marseillais. Haouaria Hadj-Chikh, élue marseillaise elle aussi mais sous la bannière du Front de Gauche, enchaîne : « D’autres engagements communs nous portent. On est avant tout sur le terrain, et il faut y dépasser le cadre des partis. Avec Nassurdine, nous ne voulons plus marcher, mais faire marcher. Faire marcher une autre politique pour les quartiers populaires, et pour cela avancer des propositions concrètes. Plus nombreux sont les candidats qui les intègrent à leur programme, plus satisfaits nous sommes ».

Ne plus marcher, mais faire marcher. Ironie sémantique, le Front de Gauche a planifié le début de son « insurrection civique » pour le 18 mars prochain, à la Bastille. Une insurrection qui débutera par une grande... marche.

 



 

 

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