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La route de l’espoir

3 mars 2009 - Dernier ajout 9 mars 2009

Si la porte de la Mauritanie est de sable, son intérieur révèle une diversité de paysages surprenants et magnifiques. La route de l’espoir, serpente à travers le sud du pays, passant par la seconde grande ville : Aioun el Atrouss. Jadis seule voie d’accès, elle reliait le sud-est à la côte atlantique, ravitaillant les régions reculées en denrées alimentaires et matière première. Aujourd’hui, l’espoir est ailleurs, le long d’une autre route, qui sortirait le pays de son extrême pauvreté. Plongée dans la Mauritanie rurale, loin de la capitale.


 

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La Mauritanie est un pays d’éleveurs. Déjà, à la frontière, il nous avait été chaudement recommandé de ne pas rouler la nuit. Pas à cause des coupeurs de routes ou autres bandits à longues barbes, mais à cause du bétail qui traverse sans crier gare. D’immenses troupeaux paissent librement de part et d’autre de la route. Des milliers de bêtes à cornes accompagnées de moutons et brebis, occupent la vaste plaine, entre épineux et herbe sèche, aux milieux d’espaces sans limites. Le long de la voie, c’est des dizaines de cadavres en putréfactions. Des charognes laissées là, comme des bornes rappelant aux conducteurs le passage des troupeaux. Mais la nuit, la route est aux poids lourds qui assurent le transit des marchandises venues, notamment du port d’Abidjan et rien n’arrête ces camions hors d’age et surchargés. Les dépouilles en font foi.

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Régulièrement, à un rythme qui ne permet pas la sieste du passager, des barrages de gendarmerie ou de police. Une barre de fer, un gros tonneau métallique en travers de la route et un fonctionnaire en uniforme, souvent élimé, avec un vieux fusil à ses côtés. À chaque point de contrôle, où il est demandé une photocopie des passeports avec écrit dessus les professions, l’immatriculation et la marque du véhicule, l’agent ajoute immanquablement un petit cadeau. Pas d’argent, juste du thé, des stylos, des dolipranes ou des petits quelques choses pour les enfants, bref un « petit cadeau d’amitié », car comme le disent souvent les gendarmes et autres policiers : « la France et la Mauritanie, c’est très proche, c’est pareil ! ». Ces postes disséminés tout le long de la route, ont été mis en place après l’assassinat des Français dans la commune d’Aleg. Peu s’en plaignent. Sinon quelques routiers contrains de verser bakchich... Pour les autres, c’est l’assurance, d’un pays sûr, d’une prévention efficace contre les « coupeurs de routes » qui sévissent ailleurs en Afrique de l’Ouest. L’affaire des touristes a eu un impact considérable dans le monde. Rarement un fait-divers n’a pris tant d’importance. Sûrement les termes de « République Islamiste » qui ont tant effrayé, car loin de tout fanatisme, ces assassinats s’avèrent n’être en fait qu’une « banale » querelle ayant mal tourné, comme il peut en arriver à Marseille, Paris ou Berlin. « L’homme parlait très mal » raconte Peter, un convoyeur de voiture Allemand qui traverse le pays toutes les six semaines en direction du Burkina Faso, « avec cette suffisance propre aux anciens colons. La discussion a vite viré à l’aigre, les insultes ont fusé et le commerçant ne l’a pas supporté… » Les Mauritaniens sont fiers, extrêmement fiers, drapés de boubou en bazin (tissu de qualité) jusque dans les champs, la tête ceinte d’un long cheich d’où ne restent visibles que les yeux quand ils ne sont pas cachés par des lunettes de soleil, ces hommes du désert ne badinent pas avec l’honneur et le respect. Exceptés les enfants, ils font rarement le premier pas vers l’étranger qu’ils accueillent pourtant avec joie, mais il faut, pour cela, aller à leur rencontre. Ils sont à l’image des magasins. Pas d’étalage, pas de vitrine ni d’enseigne. C’est une fois la porte franchie que l’on découvre, là, une épicerie ou un bazar, ici un tailleur. La disposition des villages est elle aussi éloquente. Les maisons, des tentes de toile épaisse aux toits recouverts de bâches en plastique, dont les pans latéraux sont retroussés jusqu’à hauteur d’homme la journée, sont très espacées les unes des autres, disposant chacune d’au moins mille mètres carrés de sable, le tout souvent entouré de grillage d’un bon mètre de hauteur.

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Mais indépendance ne veut pas dire individualisme. Bien au contraire. Dans chaque hameau, en plus de la mosquée, existe une grande maison, en dur ou en toile, joliment décorée, qui ressemble fort à une « case à palabre » de l’Afrique Noire. C’est là que se décide, comme nous l’explique Sidi, éleveur au village de Chelket Demba dans la région de Kiffa, « tout ce qui touche à la vie de la communauté. Il n’y a pas de chef et il n’y en a jamais eu. Nous faisons comme cela depuis toujours, c’est notre tradition. » Cette grande autonomie, couplée à la corruption généralisée de l’appareil d’Etat explique le très faible intérêt des Mauritaniens, hors de la capitale et des grandes villes, pour la politique nationale et le coup d’Etat du général Ould Abdel Aziz en particulier.
Bien qu’il s’en défende, Sidi s’exprime dans un excellent français. Eleveur, il n’en est pas moins maître en droit, diplômé de l’université de Nouakchott. Il nous reçoit dans la pièce principale de sa maison, sur des nattes à même le sol et nous offre le thé. Du thé vert, sans menthe, introuvable dans le pays. On y ajoute une herbe qui en change légèrement le goût, la « shebba ». La cérémonie du thé est immuable, explique-t-il, « On le boit toujours par trois : le « premier », le « milieu » et la « fin ». Quand quelqu’un surgit aux côtés de buveurs, il s’enquiert d’abord de savoir à quel thé ils en sont, si c’est le « premier », il peut se joindre au groupe, si c’est le « milieu » ou la « fin », il ne lui reste plus qu’à repasser. » De même, personne ne quitte l’assemblée avant que n’ait été bue « la fin ». Pendant que nous devisons, un de ses fils prépare de manière experte le breuvage avant de le servir. Les femmes, ses épouses, sa mère et ses filles, attendent au-dehors sous un auvent, seuls les plus jeunes tendent hardieuseument la tête par l’encadrure de la porte sans oser la franchir. Ce chef de famille est le seul de sa maisonnée à parler français. Une situation qu’il regrette « C’était la volonté de l’ancien président, bannir le français et n’utiliser que l’arabe. Résultat, les étudiants sont incapables de s’exprimer dans une langue internationale. » Et d’ajouter en souriant : « heureusement cette mauvaise idée a disparu avec son inventeur ».
Au fond de la cour, des ouvriers Noirs élèvent un bâtiment en dur, la future ferme. La Mauritanie est-elle un pays d’Afrique Noire ? Notre hôte est formel, ce pays est aux Arabes, « les Africains » sont venus bien après et surtout depuis peu à cause « des guerres comme en Côte d’Ivoire », et si on en voit tant « c’est qu’ils font beaucoup d’enfants ! » Sachant que nous nous dirigeons vers le Bénin, pays de mon père, et soucieux de son bon accueil, il n’en dit pas plus, mais son opinion sur ses voisins de couleur semble bien arrêtée et peu flatteuse…
La frontière, qui sépare le pays des Maures d’avec ces territoires « instables et plein de bandits », se rapproche. D’ici peu nous allons entrer de plain pied dans l’Afrique Noire. Au loin, attend un mastodonte : le Mali.

 

 

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