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La mode, « rouage essentiel de l’économie euro-méditerranéenne »

14 octobre 2011

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Dans le cadre de la Semaine Economique de la Méditerranée se sont déroulées, mercredi, les Rencontres annuelles de la Maison Méditerranéenne des Métiers de la Mode qui ont rassemblé les acteurs euro-méditerranéens de la filière mode-habillement-distribution. Les intervenants ont partagé leurs expériences professionnelles, présenté la situation économique du prêt-à-porter dans leur pays et échangé sur leurs perspectives d’avenir autour du thème « Liberté, Création, Industrie : moteurs de croissance euro-méditerranéens ». L’opportunité pour la Maison Méditerranéenne des Métiers de la Mode (MMMM) de présenter son nouveau master et d’officialiser sa coopération avec le Maroc. Compte-rendu de la journée.


 

Ce rendez-vous annuel, rassemblant professionnels et acteurs du développement économique en Méditerranée, a mis un coup de projecteur sur les échanges avec les pays de la rive sud de la Méditerranée. Trois tables rondes et une séance plénière durant laquelle le Maroc, la Tunisie, Marseille, Israël, le Liban liés à des modèles, tantôt confirmés, tantôt émergents, ont partagé leurs savoirs afin de développer une synergie et renforcer leurs forces économiques. Marseille a confirmé les liens étroits qu’elle entretient avec la mode depuis une dizaine d’années et les a renouvelés.

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Etude de cas : les modèles confirmés – Opportunités et limites

Dans un contexte économique où la compétitivité asiatique a déstabilisé l’industrie du textile, le proverbe « l’union fait la force » a fait l’unanimité. Le président de la Maison Méditerranéenne des Métiers de la Mode (MMMM), Jean-Brice Garella, a d’ailleurs tenu à souligner lors de l’ouverture de cette journée « qu’un vêtement sur deux vendus en Europe est importé directement d’Asie » avant de rappeler « que la concurrence asiatique a eu un effet dévastateur sur la création d’emplois en Afrique du nord ». Avec un taux de croissance de 19,4 % entre juillet 2010 et juillet 2011, la Chine a consolidé sa position n°1 de fournisseur en textiles de l’Union européenne. Le Bangladesh a, quant à lui, connu une forte progression sur le marché de l’UE puisqu’il s’est placé à la 3e position. « En Asie, la production peut se faire dans des conditions catastrophiques ; c’est aux entreprises d’avoir un rôle social et de faire attention où elles sous-traitent leurs activités » a pointé Jean-Brice Garella. C’est donc dans ce contexte de mondialisation que les forces vives de la filière se sont réunies autour de la MMMM. Afin de contrebalancer cette dynamique asiatique, les pays participants ont eu la volonté d’élargir leurs savoirs et leurs activités liés à la mode, tant en terme d’économie que d’apprentissage et ainsi renforcer les affinités.

Etats des lieux

« Nous représentons un carrefour entre l’Europe, l’Amérique et l’Afrique et nous ne sommes qu’à 14 kilomètres de l’Europe » a présenté Saïd Benabdeljalil, directeur de Blue Bird et président de la section création de l’Amith-Maroc. Le Maroc et la Tunisie ont été, depuis des dizaines d’années, les acteurs privilégiés de la France et de l’Union européenne grâce notamment, à leur position géographique. « Quand on est partenaire, il vaut mieux travailler avec eux et avoir des voisins enrichis car le Maroc et la Tunisie sont également des zones économiques où nous allons pouvoir vendre notre production. En tant qu’auto-entrepreneur, on promeut de fabriquer proche de chez nous et pour la pérennité de cette filière, il est important de l’aider et de tout mettre en œuvre pour la conserver » a affirmé le président de MMMM. Aujourd’hui, ces pays se sont qualifiés et se sont renforcés, et ont proposé, à leur tour, une offre complète.

La croissance de la Tunisie, depuis trois décennies, a reposé sur la compétitivité des coûts salariaux : « actuellement, le salaire minimum est de 75 centimes d’euros contre 95 au Maroc et 2 euros en Turquie » et sur les partenariats engagés. « Sur les 2 000 entreprises du secteur, plus de 1 000 sont à capitaux étrangers ou mixtes dont 373 sont françaises » a précisé Jean-François Limantour, directeur général de Texas Consulting-Tunisie et président du Cercle euro-méditerranéen des Dirigeants Textile-Habillement (CEDITH). Le pays du Jasmin, qui est le 6e fournisseur de l’habillement en France, détient à son actif, passé les activités de sous-traitance, de produits finis et de co-traitance, le développement des marques propres « c’est le cas de Dixit qui a été créé par un groupe de 14 entreprises alliant tissage, maille, confection... et qui s’est développé à l’international » a souligné Jean-François Limantour. Sur le plan de la formation, l’Institut supérieur des métiers de la mode de Monastir IS3M « est le premier établissement public en Tunisie spécialisé dans le domaine de la mode » a souligné Sana Jemmali Ammari, directrice de l’établissement.

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Les acteurs émergents du secteur textile-habillement

Son voisin situé plus à l’ouest, le Maroc, occupe la 3e place de fournisseur méditerranéen. Secteur privilégié du développement économique et social du pays, il représente 43% de l’emploi avec 2 000 entreprises. « Grâce à l’accord du libre échange avec les Etats-Unis, la situation est en train de changer » a affirmé Saïd Benabdeljalil, précurseur de la création de marque propre dans son pays, avec Flou Flou.
La mode au Maroc a connu « un tournant » en 2006 avec l’évènement Festimod, créé par Bechar El Mahfoudi, où les créateurs marocains ont pu montrer qu’ils avaient d’autres ressources que l’habit traditionnel. Egalement fondateur de l’association AMC Mode, il soutient et aide les créateurs mais aujourd’hui pour les lancer, ils leurs manquent des incubateurs. Du côté enseignement, le sol marocain a vu naître, en 2010, l’école supérieure de création et de mode de Casablanca, Casa Moda Academy, première école supérieure publique de création de mode dans le pays. Issue d’un projet du gouvernement marocain, elle a été portée par les industriels. «  Avec MMMM, nous allons continuer de montrer le bon exemple au monde. Ces synergies sont indispensables à la réussite et à la création de nos valeurs ajoutées » a déclaré Sylvie Richoux, directrice du développement à la Casa Moda Academy mais « il y a encore des maillons manquants comme le sourcing ou la création de matière que nous allons enseigner ».

Si le Maroc et la Tunisie sont en pôle-positions, la Turquie, qui offre une diversité de matière première, « ressemble au modèle de la Chine et prend le pas dessus » a confié Jean-Brice Garella, à l’inverse du Maroc et de la Tunisie qui n’ont pas de choix. « Ce qui nous aiderait pour accroitre nos volumes, c’est qu’il y ait plus de matières locales » et ainsi, booster le secteur de compétitivité des pays. De plus, « au Maroc, on doit passer par la douane avec un perfectionnement passif ce qui est assez contraignant » a expliqué Jean-Brice Garella. « C’est-à-dire que lorsque nous expédions les matières premières, on doit démontrer qu’il va revenir autant de produits finis que ceux expédiés. Une contrainte que n’a pas la Tunisie qui a des ateliers sous douane ce qui permet à la matière d’arriver directement à l’usine de production, sans passer la douane, par un accord interne. C’est un gros avantage » a confirmé Didier Parakian, PDG de Marjorie SA.

Des pays émergents

Le secteur de l’habillement, qui joue un rôle clé dans l’économie méditerranéenne, a privilégié le partenariat et la mise en réseau. Des pays, encore peu réputés pour leur implication dans la mode, ont commencé à pointer le bout de leur nez. Tala Hajjar, qui est directrice et co-fondatrice de Starch Foundation Liban, aide à promouvoir les jeunes créateurs Libanais : « le design a été absent du Liban jusqu’à ces dix dernières années. Tout est en train de s’accroître ». La jeune fondatrice du mouvement Made for Beirut-Liban tend à positionner la capitale, Beyrouth, comme ville de mode à travers la création et à collaborer sur des évènements internes ou externes comme Fashion Days. « cette exposition de quatre jours qui invite des créateurs libanais à collaborer avec des créateurs internationaux ». Israël a été représenté par Pascale Nataf, attachée culturelle du consulat d’Israël. Pays, qui dans les années 60, 70 a connu l’âge d’or de l’industrie de la mode « axée sur le style des nouveaux immigrants », l’après 70 a été brutal « dès l’ouverture sur l’Extrême-Orient, il y a eu une chute de l’industrie textile. Aujourd’hui, les créateurs se forment en Israël et partent rapidement à l’étranger. Pour comprendre le phénomène, il y a une tradition du no-fashion, les Israéliens ne s’habillent pas mais ça commence à changer ! ». Jocelyne Imbert, conseiller spécial de la Maison de Création a confirmé : « je suis allée en Israël au mois de mars et j’ai constaté qu’il n’y avait aucune place pour la mode. Il faut redynamiser le secteur ! Dans deux mois et demi, leur Fashion Week doit être organisée, nous allons amener notre aide ». Les spécificités, sur lesquelles un accent doit être mis, gravitent autour de la création, des évènements économiques et culturels, mais avant tout de la formation.

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Les acteurs de la transmission de savoir faire

Marseille affirme son intérêt pour la mode et...

Depuis le début du mois d’octobre, la création d’un master, faisant pâlir de jalousie les étudiants en mode du monde, a été lancée par la MMMM avec l’université de Marseille-Aix. « Il y avait déjà une licence, c’était logique de monter un M1, M2. Ce n’était pas que l’envie de l’université, il y a eu beaucoup de concertations » a affirmé Roland Kazan, chargé de mission pour le Président de l’université de la Méditerranée. Une formation qui est enviée puisqu’elle s’adresse à des étudiants qui viennent de filières diverses, offre un savoir complet, propose un panel d’actions terrains et surtout, est le premier master universitaire français dédié aux métiers de la mode et du textile.
« L’université qui s’installe sur la Canebière va donner une nouvelle dynamique pour la création de la mode à Marseille » s’est félicité Daniel Hermann, adjoint municipal UMP à la Culture.

Maintenir les unités de production, de savoir-faire, donner un paysage à la fabrication, à la création, au développement durable alliant la gestion, l’économie, le marketing, la logistique et un volet scientifique, ont été les lignes directrices définies de cet enseignement, avec un programme dense, de 1300 h sur les deux années. Des échanges avec l’IS3M et la Casa Moda Academy, en binôme, ont été programmés dès cette année en vue d’une transmission de savoir-faire complémentaire. « Nous sommes convaincus que c’est en pratiquant et en participant activement aux échanges avec les pays de la rive sud de la Méditerranée qu’ils pourront devenir à leur tour un relais de croissance pour les marques de mode européennes » a présenté, Jean-Brice Garella.

Pour cette première promotion, une petite vingtaine d’étudiants ont été sélectionnés, venant d’horizons divers. Man, 24 ans, de nationalité chinoise, est arrivée en France il y a un an pour apprendre la langue. Issue d’un cursus design et mode, elle s’est investie dans ce nouveau master « pour avoir une formation complète. Aujourd’hui, il faut être polyvalent. Après mes études, je compte retourner en Chine et travailler avec la France ». Pour Karen, 22 ans, c’est encore un autre parcours. Titulaire d’une licence européenne en marketing, elle a travaillé un an et demi en agence de communication, où elle n’était pas réellement épanouie. Aujourd’hui, elle pense avoir trouvé sa voix et se félicite de cette nouvelle aventure en espérant aboutir au métier de chef de projet. Une multiculturalité qui devrait apporter toute sa richesse et promet un bon cru !

« Sur du plus long terme, l’idée est de proposer et de partager notre cursus avec des universités et des écoles partenaires comme le Canada, la France, la Chine et l’Allemagne, et à moyen terme nous aimerions développer pour la formation continue un certain nombre de cours en ligne mis à disposition des universités partenaires » a annoncé Roland Kazan.

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Saïd Benabdeljalil, Edith Garzon membre de MMMM et Bechar El Mahfoudi

… officialise ses échanges

A la suite d’une longue collaboration avec le Maroc, la MMMM a décidé d’honorer ses relations avec le pays. « Nous collaborons beaucoup avec le Maroc : Casa Moda Academy, AMC Mode et l’Amith des professionnels. Puisque le Maroc est dans une configuration très avancée, dans un schéma complet disposant de la formation, de la création, de l’économie et de la distribution, nous avons voulu officialiser cela de façon très amicale ». Une convention de coopération a donc été signée avec ces trois partenaires ce qui va tendre à développer et faciliter les échanges. « Nous sommes dans une réflexion de transfert et de partage des connaissances ».

« La mode n’est pas l’industrie du futile ou de l’éphémère comme on le détaille trop souvent mais un rouage essentiel de l’économie euro-méditerranéenne ». J-B Garella

 

 

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