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La guerre d’Algérie a fait d’Abdelhamid Saiad Sahraoui un objecteur de conscience

14 juin 2010

Il y a des souvenirs qui marquent à jamais. Sensible et empli de convictions Abdelhamid Saiad Sahraoui, 58 ans, a bien voulu nous raconter les quelques souvenirs qui secouent encore sa mémoire. De l’Algérie française à son indépendance en passant par le récit de son exil vers la France, il évoque les injustices et les exactions dont ont été victimes les Algériens. Un climat de guerre et de barbarie qui mèneront cet « objecteur de conscience » à choisir un tout autre mode de vie, un tout autre chemin.


 

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C’est dans la wilaya d’Oran (Algérie) qu’Abdelhamid Saïad Sahraoui voit le jour un 24 novembre 1952. Ayant perdu prématurément sa mère, il est adopté par son grand oncle. Les choses s’accélèrent. Alors qu’il est âgé de 10 ans l’Algérie acquière son indépendance. Dés 1962 l’Algérie entreprend une politique d’arabisation des programmes scolaires. Dans un souci de protéger les acquis de ses enfants, qui jusqu’à présent avaient étudié en français, sa mère adoptive décide de rejoindre la France. « Elle disait que cette politique d’arabisation nous pénaliserait » se souvient-il. C’est donc dans le petit village de Lavéra à Martigues que s’installe la famille Saïad Sahraoui.

En France, il reste marquer par les évènements qui ont secoué l’Algérie. Là bas, «  les murs parlaient » s’exclame-t-il. « Libérez Messali » avaient écrit des militants du FLN souligne-t-il avant de relater un épisode « tragique » au cours duquel un chef de garde pro FLN s’était fait assassiner peu avant l’indépendance. «  Mon grand oncle voulait qu’on soit conscient de ce qui venait de se passer en Algérie. Il nous contait ce que nos yeux d’enfants ne pouvaient voir car il voulait qu’on sache. Mon père nous menait dans les lieux où les traces étaient encore visibles, là où les pro-FLN furent assassinés, fusillés. L’OAS (Organisation Armée secrète) avait mis l’Algérie à feu et à sang » confie-t-il en relatant le récit de son père adoptif qui l’avait mené dans la zone industrielle de la commune d’Arzew (dans la wilaya d’Oran), là où « les corps des partisans de la libération avaient été jetés dans l’acide ».

« 34 ans au service de l’armée française et qu’a gagné ce grand mutilé de guerre ? »

Pourquoi tant de haine et d’acharnement ? De nombreux Algériens avaient pourtant été aux côtés de la France au cours de la guerre 14-18. Le père adoptif d’Abdelhamid était de ceux là et il l’a payé très cher lors de la célèbre bataille de Verdun (19 décembre 1916) au cours de laquelle des éclats de grenade lui crevèrent l’œil et lui paralysèrent l’épaule. « C’était l’enfer disait-il. Il a vu ses camarades se faire manger par les rats ».

« 34 ans au service de l’armée française et qu’a gagné ce grand mutilé de guerre ? » interroge son fils. « Une petite pension d’invalidité de guerre ? La légion d’honneur remise à l’âge de 75 ans ? ». Autant de discriminations qui s’ajoutent les unes aux autres et qui ne font qu’augmenter son dégout pour le treillis et l’armée. « Mon père était sous-officier, il n’a jamais eu le grade d’officier et pourtant il connaissait son code militaire par cœur » insiste-il avec un brin d’émotion dans la voix. « Il avait d’autant plus de mérite car il était analphabète ».

Ces épisodes noirs et ces injustices relatés par son père adoptif ont façonné l’esprit d’Abdelhamid Saïad Sahraoui. C’est donc loin des uniformes de l’armée et des codes militaires qu’il se réfugie. Après avoir fréquenté le collège Henri Wallon et le lycée de Martigues, il effectue ses études supérieures de langues anglo-américaine, de Littérature et de Civilisation à la Faculté de Lettres d’Aix-en-Provence. Ses talents de traducteur le mènent ainsi jusqu’en Angleterre plus précisément à Londres où il devient assistant de français. Bien que ses employeurs apprécient ses services, il refuse de rempiler pour une deuxième année, sa licence n’ayant pas été terminée, il décide donc de rejoindre la France. C’est au cours de cette période qu’Abdelhamid pris l’une des décisions qui allait « bouleverser » sa vie. Appelé pour effectuer son service militaire à Salon de Provence, à l’époque obligatoire, il décide de fuir, se définissant comme un « objecteur de conscience ». « J’ai fait le mort » confie-t-il car « ce que j’avais vu en Algérie m’avait dégoûté ». Ce choix le précipita inlassablement vers un tout autre mode de vie qui ne lui fût pas de tout repos. « C’était dur » pendant 10 ans, « quand il y avait une offre ANPE, je ne pouvais pas postuler » par peur d’être dévoilé. « Je vivais donc de petits boulots », peintre, distributeur de journaux, travailleur saisonnier, surveillant et effectuait rarement des services de traduction malgré sa très bonne maitrise de la langue anglaise.

« Ce qui est embêtant c’est que je n’ai pas assez cotisé pour ma retraite »

« J’ai préféré galérer pendant 10 ans plutôt qu’effectuer mon service militaire pendant un an » poursuit-il avant d’avouer avec amertume : « ce qui est embêtant c’est que je n’ai pas assez cotisé pour ma retraite ». Abdelhamid est de ceux qui pensent que le service militaire, remplacé en 1996 par « la journée d’appel de préparation à la défense », a été « préjudiciable » à de nombreuses personnes qui effectuaient alors leurs études. « On se retrouvait du jour au lendemain « appelé du contingent » regrette-t-il. Ce n’est que le 22 février 1996 que le président de la République Jacques Chirac a annoncé sa décision de professionnaliser les armées et de suspendre le service national, pour son plus grand bonheur.

Ce n’est que 10 ans après avoir refusé de pointer au centre militaire de Salon de Provence, qu’il décide d’aller voir toutes les institutions, les assistantes sociales et les centre sociaux pour obtenir des aides ou être embauché. N’ayant jamais eu l’occasion d’exercer le métier pour lequel il avait fait de longues études (jusqu’en Master), il devient dans les années 80 surveillant dans un lycée agricole privé de Miramas. Il donnera également des cours à des jeunes du Centre Social Albert Camus à Corsy.

De CDD en CDD, il décide, quelques années auparavant, d’aller postuler au Rectorat afin de donner des cours d’anglais aux élèves de la commune d’Embrun. « On me l’a refusé car je n’avais pas de voitures. Ce fût une grande déception pour moi. Ils ne voulaient pas que je prenne les transports en commun, craignant d’éventuels retards. Quand je pense qu’aujourd’hui on nous pousse à prendre les transports en commun ... » dit-il avec amertume.

Après avoir subi durant de longues années la précarité de l’emploi et par conséquent une instabilité salariale malgré son niveau d’études élevé, Abdelhamid Saiad Sahraoui est aujourd’hui surveillant à mi-temps dans un lycée d’Aix-en-Provence. Il est également secrétaire de l’Association d’Etudes et de Recherches Islamiques (AERI) et de la mosquée, situées rue des Gondraux qu’il côtoie depuis plus de 20 ans.

« En France, l’Islam est toléré mais pas bien accueilli »

S’il avoue que «  l’Islam est toléré en France », il souligne également que la religion musulmane n’est «  pas bien accueillie ». Selon lui, il est de plus en plus difficile d’exercer sa religion en France et ce d’autant plus que le climat est islamophobe. Ce dernier évoque ainsi les difficultés rencontrées par les citoyens aixois de confession musulmane pour exercer leur culte en toute sérénité. En effet, ils sont parfois victimes de l’intolérance de certains individus qui sans scrupule, laissent les restes des bouteilles d’alcool devant la porte de la moquée. Autre contrainte. L’espace de la mosquée est de plus en plus exigu. Elle accueille tous les vendredis, pour la grande prière, plus de 150 musulmans et « certains sont parfois obligés de faire leur prière dans la cuisine » dit-t-il désabusé, et il est de même dans le local sonacotra de la ZUP, inapproprié. Abdelhamid se souvient qu’en 1986, dans ce même local sonacotra, les musulmans faisaient la prière aux côtés des vélos moteurs. « Pour obtenir un grand local, on a fait de nombreuses demandes auprès du maire qui a accusé réception mais qui n’a rien fait pour nous ». Pour tenter de faire bouger les choses, « on a même pensé faire la prière devant l’Hôtel de ville ! » s’exclame-t-il.

« A une certaine époque on avait espoir ». Mr Jean-François Picheral, maire de 1989 à 2001 avait promis par écrit, entre les deux tours des municipales de 2001, qu’il construirait une mosquée s’il était réélu. Le terrain situé derrière le Hameau de Martelly avait alors été choisi pour construire une grande mosquée mais la proposition est restée sans suite. Elue en 2001, le Maire d’Aix, Maryse Joissains a toujours été contre la construction d’une grande mosquée dans la cité du Roy René, « opposant des arguments plus idéologiques que pratiques ». Dans le quotidien La Provence datant du 20/09/2006, elle déclarait : « Il faudra d’abord que les autorités s’expriment officiellement sur la loi de la charia, l’égalité entre les hommes et les femmes et la tolérance vis à vis des autres religions. »

« Est-ce que je suis fier d’être français ? »

Ce projet en souffrance depuis 1996 est la preuve d’une « discrimination envers la communauté musulmane ». « Ils ne connaissent pas l’Islam, ils ne nous connaissent pas et ils nous jugent en permanence » lâche Abdelhamid. A Aix, la communauté juive, a quant à elle, une grande synagogue depuis 1997.

Parfois je me dis : « Est-ce que je suis fier d’être français ? Est-ce que la France m’a servi à quelque chose ? » lance-t-il en pensant à son père mutilé de guerre. « Trouver du boulot, c’est difficile, pratiquer sa religion, c’est difficile. Peut-être, qu’être suisse aurait été meilleur » conclu-t-il.

 



 

 

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