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La démocratie a-t-elle un avenir ?

25 février 2014

Les Rencontres d’Averroès, pour leur 19ème édition, publient un ouvrage, sous la direction de Thierry Fabre, aux éditions Parenthèses, intitulé « La Cité en danger ». Il regroupe des textes d’intervenants des Rencontres de 2013 : philosophes, économistes, chercheurs, historiens des deux rives de la Méditerranée. Cette année, le sujet balaye les questions de l’instabilité politique et de la démocratie en danger. Avec une large place laissée au questionnement sur le rôle des réseaux sociaux dans le processus démocratique. Et l’un des textes les plus passionnants et « alarmistes », ne concerne pas l’autre rive de la Grande bleue, mais bien le cas français avec le système de surveillance français à grande échelle. Ce qu’il ressort de ces analyses est une certitude : la démocratie est sans cesse à repenser, réinventer, parce que sans cesse en danger. Si la démocratie a un avenir, en Europe, en Méditerranée ou ailleurs, c’est au citoyen de l’inventer. C’est-à-dire, nous !


 

Le livre Rencontres d’Averroès n°19 « La Cité en danger ? Dictature, transparence et démocratie », véritable manuel de sciences politiques contemporaines, propose des focus sur certains nouveaux modes et usages de démocratie en Méditerranée, des réactions citoyennes face à la puissance des marchés notamment. Turquie, Syrie, Espagne, Grèce, France, Italie, Tunisie, ces pays sont passés au prisme des chercheurs, dans cet ouvrage d’une centaine de pages, qui reprend les interventions proposées à l’occasion des Rencontres Averroès 2013.

L’ouvrage fait, également, la lumière sur un nouveau venu, depuis peu découvert par les Français, le système de surveillance à grand échelle. Turquie, Syrie, Espagne, Grèce, France, Italie, Tunisie, ces pays sont passés au prisme des chercheurs, dans cette publication d’une centaine de pages, qui reprend les interventions proposées à l’occasion des Rencontres Averroès 2013.

Le cas de la Turquie est évoqué par Ahmet Insel, économiste, politologue et professeur à Istanbul. Il décrit un « autoritarisme démocratique » qui règne dans son pays. « La Turquie est une démocratie, ouverte à une compétition politique élargie, mais en même temps l’exécutif contrôle le pouvoir judiciaire, arrive largement à contrôler la presse, emprisonne des avocats, des journalistes, etc. ». Et estime qu’il faut « refonder sans cesse la démocratie par de nouveaux moyens de participation. » De son côté, Angelo d’Orsi brosse un portrait politique sombre de l’Italie. En Italie, « La post-démocratie a donc signifié … la progressive élimination du système de protection sociale que les luttes populaires avaient permis de conquérir au cours de plusieurs siècles », écrit cet enseignant en sciences politiques à Turin. Il rappelle, sur les mots de Tocqueville, que l’essence de la démocratie est l’égalité or « L’inégalité est devenue l’essence véritable de qui a été appelé « Les démocraties sans démocraties ». Retour également sur la révolution tunisienne et le rôle des réseaux sociaux avec Amira Yahyaou, militante tunisienne et créatrice de site internet sur l’Assemblée constituante ». « Aujourd’hui, internet est devenu l’espace de débat politique par excellence, l’une des premières sources d’information du citoyen…Internet est un outil dur pour les politiques, il a la magie de les obliger à plus d’humilité et à pousser les citoyens à plus d’arrogance », conclue-t-elle. De la même manière, Milad Doueihi, historien des religions et spécialiste du numérique, professeur à l’université Laval au Québec analyse l’effet des nouvelles technologies sur le système politique des pays.

Souriez, vous êtes surveillés !

Pour Fabrice Epelboin, fondateur de sites high tech, enseignant à Sciences Po et entrepreneur : si la France et les Etats-Unis ne sont pas des dictatures, « elles ne peuvent pas non plus être qualifiées de démocraties ». Est en cause, notamment, le système de surveillance électronique développé sur une échelle immense.
L’article de Fabrice Epelboin, intitulé « Prism : le monde ouvre les yeux sur la société de surveillance », fait, en effet, froid dans le dos. Pour l’auteur, le programme de surveillance américain Prism, « permet de mettre sur écoute non pas les suspects d’une enquête diligentée par la justice, mais la population dans sa globalité », avec le prétexte de « lutter contre le terrorisme ». Et selon lui, la mission de tels programmes de surveillance pourrait « être reformulée comme une lutte contre toute forme de déstabilisation de l’Etat, et par extension, contre tout ce qui pourrait porter atteinte à ses intérêts fondamentaux, notamment économiques. » Il explique que l’avènement du Big Data, soit un « ensemble de technologies et de méthodologies permettant d’explorer et de faire sens à partir d’un corpus gigantesque de données », avec notamment le logiciel « Palantir », est à la base de cette surveillance étendue et constitue un
danger palpable pour la démocratie.

Le cas de la France

Fabrice Epelboin revient sur ce que les médias français s’efforcent d’ignorer, à savoir les programmes de surveillance français et trace un aperçu historique des technologies de surveillances de l’information en France. On apprend ainsi que la France « est à l’origine de l’une des technologies centrales de la surveillance de masse des populations : le DPI, Deep Packet Inspection », qui a donné naissance à la start-up française Qosmos, « que l’on suspecte d’être au cœur du système de surveillance de l’Internet syrien. » Il souligne, entre autres, que la France a une place géographique stratégique, puisqu’elle est « le point de passage, en termes de connectivité internet, entre le continent africain, le Moyen-Orient et le reste de la planète. » Plus préoccupant, il confirme que les connectivités Internet par câbles sous-marins aboutissent en France, à des emplacements où l’on trouve des centres d’écoute de l’armée française…

Big Brother français

Fabrice Epelboin se réfère au travail du site Reflets.info, un site composé de hackers qui enquêtent sur ces technologies de surveillance de masse, et qui révèle les agissements de cette industrie. Il souligne que ces enquêtes sont étrangement peu relayées par la presse traditionnelle française.
Revenant sur la récente « transformation du vieux pionnier français de l’informatique en géant de la surveillance », l’auteur relate le rachat de la PME Amesys ou Crescendo Technologies par l’entreprise Bull. La PME Amesys est « spécialisée dans l’armement électronique et la surveillance d’internet ». Philippe Vannier, ex PDG d’Amesys est devenu le PDG de Bull. L’Etat français est le principal actionnaire de Bull, par le biais d’Orange et de la Banque publique d’investissement. En 2006, Amesys se voit ouvrir de nouveaux marchés dans plusieurs pays « amis », comme la Libye, par l’intermédiaire de l’entourage de Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur. . . » Fabrice Epelboin précise que « L’entreprise installera dans les années suivantes, d’immenses centres de surveillance de l’Internet destinés à espionner l’opposition politique de différentes dictatures d’Afrique et du Moyen-Orient ». Depuis 2006, Amesys « a installé des centres de surveillance dans une multitude de pays : Gabon, Maroc, Qatar, Tunisie… et Amesys traite toujours avec la Libye ». Ce qui expliquerait « l’affolement des dirigeants français face au printemps arabe et leur empressement à y mettre fin ».
Et « la totalité des membres du gouvernement, l’actuel comme le précédent » ainsi que bon nombre d’élus nationaux « sont parfaitement au courant de ce qui se trame. » Il résume : « cette habile stratégie permettrait de mettre sur écoute une longue partie des communications françaises dans la plus parfaite légalité, ainsi que celles de nombreux pays d’Afrique et du Moyen-Orient…. Cette écoute serait alors réalisée sur place, pour les dictatures équipées par la France ou en France, au niveau de la jonction des câbles sous-marins. » Et l’auteur va plus loin en expliquant que les systèmes de surveillance français sont situés hors de toute juridiction française, dans des dictatures, et « aptes à mettre sous écoute la population française dont on aura dupliqué les communications internet pour les acheminer vers lesdits centres ». Bienvenu chez BIG BROTHER…

Les nouvelles formes de révolte politique

Autre intervenant des Rencontres, le philosophe et écrivain Guillaume Le Blanc avec son article « Le réenchantement de la politique comme rempart à l’essoufflement démocratique ». « Tout se passe comme si voter, c’était accepter d’être gouverné par quelqu’un tout en refusant que ce gouvernant soit notre représentant », écrit Guillaume le Blanc, qui souligne « le divorce entre les gouvernés et ceux qui les représentent ». Mais, à ses yeux, « nous assistons, à un réenchantement des certains formes politiques », celle du travail d’associations, des manifestations, des participations à la Cité. Et de fait, il analyse les diverses formes de révolte politique de ces dernières années et notamment « la manifestation », qui « est la traduction d’une vitalité politique fondamentale », et les différents mouvements « d’occupation de l’espace public », en Espagne ou en Grèce.

Le cas de désobéissance espagnol

Pour Raimundo Viejo Vinas, professeur en politique à Gérone, la crise actuelle de la politique est la crise « entre la gouvernance technocratique au service des marchés et la politique de la plénitude démocratique ». Il revient sur les mouvements inter-mondialistes. et passe au crible le cas espagnol avec le mouvement de la Puerta del sol qui a poussé sur le sol fertile de la corruption, du chômage de masse, des bulles immobilières, et des mouvements pour un habitat digne de 2005. Et déboucha sur les manifestations du printemps 2011 avec le slogan « Nous ne sommes pas des marchandises dans les mains de politiques et de banquiers ». Le rôle des réseaux sociaux et du Web 2.0 dans l’émergence du mouvement des indignés et sa transnationalité est précisée. Il ponctue par : « le cas espagnol constitue de nos jours l’un des plus intéressants laboratoires de la politique du mouvement » et constate qu’ aujourd’hui , en Espagne, « décroît le soutien aux deux principaux partis et aux politiques imposées par la Troïka, celui que les citoyens accordent à la désobéissance et en faveur d’autres modalités de participation ne cesse de croître », avec un épuisement de la protestation massive dans les rues, parallèlement à une crise du régime.

 



 

 

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