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La Négritude à l’étude

2 juin 2009 - Dernier ajout 3 juin 2009

Le « Papa » des Ultramarins, qui avait mis en mots le concept de Négritude, nous quittait il y a un peu plus d’un an. Depuis une semaine, les hommages se multiplient à Marseille en direction du poète et homme politique Aimé Césaire. Jeudi dernier, dans l’amphithéâtre des Archives départementales, une conférence initiée par Lectures du Monde réunissait la politologue Françoise Vergès et l’historien Pap Ndiaye.


 

L’une est notamment l’auteure d’un livre d’entretien avec Aimé Césaire, Nègre je suis, Nègre je resterai, qui revenait sur le parcours atypique du maire de Fort de France et sur son combat, mais aussi la présidente du Comité pour la mémoire et pour l’histoire de l’esclavage. L’autre est historien, spécialiste de la question « Noire » et habitué des média, également membre du Cercle d’action pour la promotion de la diversité en France. Françoise Vergès et Pap Ndiaye étaient jeudi en la cité phocéenne pour animer une conférence-débat autour de la figure d’Aimé Césaire et du concept auquel il est systématiquement renvoyé : celui de Négritude.

Cette rencontre organisée par Lectures du monde, association de rencontres littéraires, s’inscrit dans un ensemble de manifestations visant à rendre hommage au Martiniquais. L’avant-veille, une projection avait lieu, et le lendemain, en partenariat avec le Margose Festival, une discussion-débat (dont Med’in Marseille et Radio Grenouille et Couleurs Cactus étaient aussi partenaires) réunissant la même Françoise Vergès et l’écrivaine Maryse Condé devait porter sur « Les résistances poétiques à l’esclavage ».

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La politologue Françoise Vergès (g.) et l’historien Pap Ndiaye (d.) étaient jeudi à Marseille pour débattre de l’engagement de Césaire par le biais de son écriture.

Avant de répondre à la question « Ce grand cri de la Négritude, qu’était-ce ? » posée par la modératrice, Pap Ndiaye a constaté avec plaisir quaujourd’hui, « Marseille redécouvre sa part noire ». « Cette ville est une ville noire », a-t-il sourit, faisant référence au temps où Claude McKay faisait l’éloge dans Banjo, d’une métropole portuaire métissée, où toutes les nationalités se côtoyaient dans le quartier populaire de la Fosse. En historien consciencieux, Pap Ndiaye a ensuite tenu à souligner l’ancienneté du concept de Négritude : son émergence au milieu des années 30 provient en effet « d’un mouvement s’inscrivant dans une histoire longue, partant de la fin du XVIIIe siècle et se prolongeant jusqu’au début du XXe ». La Négritude consistait essentiellement en une « réflexion sur la situation faite aux personnes noires dispersées de par le monde » qui faisait écho à un « mouvement international », allant en tout cas bien « au-delà de l’empire français ». On ne peut évoquer Césaire, sans se retourner sur le parcours de son ami Léopold Sedar Senghor, ou bien sur le Harlem des années folles, sans faire référence à « l’Atlantique noire ». Pour Pap Ndiaye, la Négritude se caractérise par le fait que Césaire voulait démontrer qu’il était « à la fois possible d’être étudiant d’un établissement français prestigieux », tout en revendiquant le fait de ne « pas vouloir être des Noirs « assimilés », « évolués », qui auraient rejeté leur racines ».
Quand Françoise Vergès prend la parole, c’est pour clamer « à quel point Césaire est contemporain » dans sa réflexion, et pourquoi il est si aisé, si indispensable devrait-on dire, de le lire et le relire aujourd’hui. Les événements récents, avec la grève générale qui a secoué durant de longues semaines les Antilles, le prouvent : « la République ne sait pas trop quoi faire de ces territoires hérités de la traite […] Est-ce que la France est capable de nos jours d’accepter les différences ? ». En utilisant l’acception de Nègre et de Négritude, Césaire « se réapproprie un terme péjoratif – comme c’est le cas pour les Noirs Américains – pour en faire un terme d’action », analyse-t-elle. « J’ai été fait nègre », a-t-il dit, conscient que « nègre » à l’époque n’était autre que le synonyme d’« esclave ».

Françoise Vergès et Pap Ndiaye ont ensuite longuement parlé de l’engagement politique du chantre de la Négritude qui s’est tôt fait élire maire de la capitale martiniquaise, puis député de l’île. De son accointance avec le Parti communiste français puis de sa rupture d’avec lui, signifiée par sa célèbre lettre à Maurice Thorez. De son combat désormais contesté, mais à l’époque incontestable, pour la départementalisation également. Après avoir répondu aux interrogations du public, nombreuses et parfois contradictoires, les deux experts ont laissé place à la suite de la programmation.

Entrecoupée de lecture des poèmes d’Aimé Césaire, tirés pour la plupart de son fameux et fondateur Cahier d’un retour au pays natal et clamés par une comédienne, l’après-midi d’études s’est poursuivie avec la participation d’élèves des lycées professionnels de Colbert et de la Cabucelle, qui ont planché sur le Cahier césairien durant plusieurs mois. Ensuite – après un interlude musical antillais signé du groupe marseillais Kalbass – c’est Daniel Maximim, professeur de Lettres et chargé de mission interministériel pour la célébration du 150e anniversaire de l’abolition de l’esclavage qui a clôt la soirée sur le thème de « Césaire, le poète fondamental ».

 

 

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