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La France est en crise. Chuuut ! C’est à Mayotte...

7 novembre 2011 - Dernier ajout 8 novembre 2011

Après bientôt six semaines de mouvement social contre la vie chère, la situation de Mayotte peine à se redresser. Grève générale, affrontements épisodiques et barrages paralysants l’île nourrissent cette situation alarmante que vivent les Mahorais. Le 101e département français est en proie à une crise sociale sans précédent, dans la plus grande indifférence de la métropole et peu relayée par les médias. Désormais actrice d’un ralentissement de l’activité économique et de revendications, jusqu’ici insatisfaites, l’île tente de se sortir de ce marasme. Retour point par point sur les zones de turbulences qu’a traversé l’île française de l’archipel des Comores - La Grande Comore, Anjouan, Mohéli et Mayotte -.


 

Petit rappel concernant la départementalisation de Mayotte afin de mieux comprendre la situation.

- Quel a été le point de départ de ce mouvement et quelles sont les revendications ?

A l’appel de l’intersyndicale (CGT-Ma, Cisma-CFDT, FO et CFE CGC rejoints par le Medef et la Société Civile Solidarité Mahoraise et des associations de consommateurs comme le Collectif des citoyens perdus, Ascoma, Afoc), la population de l’île réclame la baisse des prix d’une dizaine de produits considérés de première nécessité – riz, lait, farine, sardine, viande de bœuf, ailes de poulet, cuisses de poulet, boîte de tomates pelées, huile végétale, huile de palme. Les discussions ont aussi porté sur le coût du gaz et de matériaux de constructions (sable et gravillons) avec l’alignement des prix sur ceux de La Réunion, autre département français de l’Océan indien situé à 1 800 km de Mayotte. Une grève générale et illimitée a donc commencé le 27 septembre 2011, par une manifestation à Mamoudzou, cœur de la vie économique et sociale de l’île, avec pour mot d’ordre « mabawas nachouké » – « les ailes de poulets moins chères ». Par la suite, les demandes se sont portées sur l’augmentation du futur RSA, la régulation du prix du gaz, l’accessibilité à une vie décente, l’abrogation des monopoles et l’ouverture à la concurrence et à la production locale.

Près d’une semaine auparavant, le 21 septembre, des mouvements s’étaient déjà formés sur l’île, rassemblant entre 900 personnes, selon la préfecture, et 3 000, selon les syndicats. Les premiers rassemblements contre la vie chère ont débuté en réalité fin 2009.

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- Comment s’est déroulée la mobilisation ?

Première semaine (27 septembre au 2 octobre)
Au 1er jour, 1 000 manifestants contre la cherté de la vie ont été recensés – par les syndicats – à Grande Terre. Pour encadrer la manifestation, sept pelotons de gendarmes mobiles ont été déployés avec lesquels quelques échauffourées ont eu lieu. L’organisation syndicale, quelque peu frivole et novice en la matière – encadrement, sécurité – a vite vu le climat se dégrader. Dès le 2e jour, des blindés font leur apparition et des gendarmes réunionnais sont appelés en renfort. La situation devient électrique faisant place aux jets de pierres, aux bombes lacrymogènes et aux barrages en feu. Les casseurs du mouvement ont apparemment peu apprécié les mesures de sécurité de métropole, désormais en vigueur à Mayotte. Des premières rencontres ont alors été organisées, dès le 29 septembre, avec le préfet de Mayotte, Thomas Dego, le président du Conseil général, Daniel Zaïdani et les distributeurs, pour ouvrir les négociations sur les prix. Une première série de baisses des prix, d’une durée d’un mois, a été présentée aux leaders syndicaux qui ont refusé l’ensemble des propositions. Dès lors, la mobilisation a commencé à évoluer, tant en numéraire qu’en superficie. Les administrations, les banques, les magasins ont préféré baisser le rideau, certains ont été pillés, et des barrages ont été érigés, bloquant les axes routiers, l’accès à l’aéroport et laissant une île quasiment paralysée. Même les services d’urgence ont eu du mal à circuler. Le service de barge, reliant Dzaoudzi - Petite terre –, à Mamoudzou - Grande Terre –, a lui aussi été fortement perturbé.

Deuxième semaine (3 au 9 octobre)
Le 5 octobre, la ministre de l’Outre-mer, Marie-Luce Penchard s’est exprimée en direction de la population dans un message télévisé, appelant au calme. Elle a rappelé les prochaines instaurations de mesures positives telles que le RSA, dès le 1er janvier 2012 mais qui n’est qu’une goutte d’eau pour ces Mahorais puisqu’il représentera 25 % du RSA alloué dans l’Hexagone soit environ 120 euros. Une seconde séance de 22 heures de négociations se déroule quelques jours après – le 7 octobre –, amenant de l’espoir chez les syndicalistes et les autorités avec la baisse actée pour une dizaine de produits, sur une durée de trois mois. Mais un accord générant un refus collectif de la base, la population. Les actions de protestations se multiplient alors et les affrontements entre la population – majoritairement des jeunes de 10 à 18 ans – et les forces de l’ordre, prêtes à dégainer, gaz lacrymogène à la main, se sont accentués chaque jour. Les journalistes ont été pris à partie, considérés comme « collabos » avec « l’ennemi » – les forces de l’ordre. Le 8 octobre, une délégation d’une trentaine de maires, de conseillers généraux et municipaux ont rejoint le défilé demandant la fermeture du plus gros supermarché de l’île à Kaweni, Jumbo Score, symbole du monopole alimentaire.

Troisième semaine (10 au 16 octobre)
En parallèle, les négociations piétinent. Puisque les patronats ont objecté sur les prix proposés par l’intersyndicale, appuyés sur ceux de La Réunion, les représentants des associations accompagnés par Gérard Yeselnik, chef du pôle Concurrence, consommation et répression des fraudes, vont le 10 octobre, relever les prix pratiqués sur l’île Bourbon, sur onze produits de première nécessité, afin de s’en servir comme indicateur de base. Face à l’inertie de la situation, Daniel Zaïdani envoie un courrier, le 11 octobre, à Nicolas Sarkozy demandant l’aide de l’Etat «  avant qu’il ne soit trop tard ». La situation se dégrade encore, la population demande l’éviction du préfet, Thomas Degos. Faute d’accord entre les acteurs, la grève est reconduite pour une semaine.

Jeudi 13 octobre a été un moment attendu à Mamoudzou, témoin d’un rassemblement record de la population, sans heurt. Le grand jour de la réouverture des débats a été au programme, au retour de la délégation partie à La Réunion, qui a présenté son rapport. Le soir même, la ministre de l’Outre-mer annonce son arrivée sur l’île. Son déplacement n’a que très peu, voir aucunement calmé les tensions. Après une journée de rencontres avec les parties prenantes du conflit – élus, organisations syndicales et patronales, associations de consommateurs, femmes de la société civile -, elle a prononcé un discours retransmis à Mamoudzou, lieu central du mouvement, annonçant notamment la réglementation du prix du gaz – à l’image de ce qui a cours à La Réunion et dans les autres DOM –, l’augmentation de l’allocation de rentrée scolaire, la mise en place d’une réduction mensuelle de cinq euros sur chacun des dix produits de première nécessité, en attendant l’introduction du RSA, aux ayant-droits de la CAF et disposant d’un revenu inférieur à 600 euros par mois. La population, peu convaincue par les annonces et par la lenteur requise pour leurs mises en places, s’est de nouveau sentie stagner.

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Les Mahorais attendent des solutions concrètes et pérennes © Imaz Press La Réunion

Quatrième semaine (17 au 23 octobre)
Après un week-end de négociations menées sans satisfaction, surtout auprès de la base en raison d’un désaccord sur le coût de trois produits – viande de boeuf, sable et gaz
–, le lundi 17 octobre fait place à la rentrée scolaire après deux semaines de « vacances », sans barrage pour y accéder. Du côté des syndicats, une porte s’est ouverte mais la division fait front : le syndicat FO, le Medef et l’AFOC Mayotte et les représentants de la grande distribution se sont entendus sur un accord qui prévoit l’abaissement des coûts de neuf produits, jusqu’à la fin de l’année. Un bilan sera alors effectué afin d’amener une suite objective à ces réductions de prix. Les autres organisations syndicales – CGT Mayotte, CFDT et CFE-CGC – et les associations de consommateurs préfèrent poursuivre les négociations misant sur une baisse significative des prix de la viande. Mardi a été une bouffée d’oxygène – un peu trop courte – pour tous ces Mahorais.
22 jours de conflit et les premiers magasins ont de nouveau ouvert sous surveillance policière mais les rayons ont très vite été dévalisés et, selon l’AFP, des personnes ont même été « agressées et délestées de leurs achats par des jeunes gens », entraînant une situation de tension. Le lendemain, un homme a trouvé la mort, ce qui a une fois de plus ravivé les tensions et conduit à la fermeture des magasins. L’intersyndicale, qui a renouvelé la poursuite de la grève – à l’exception de FO –, las de la lenteur des résultats, réclame un nouvel interlocuteur pour négocier et, en parallèle, le président du Conseil général demande l’évincement du préfet – notamment mis en cause par la population dans la mort d’un homme -, en vain. Durant quelques jours, aucun gros mouvement de foule n’est signalé et les commerces ont pu lever le rideau dès samedi 22 octobre. Les négociations, en suspens, ont attendu la venue du médiateur fraîchement nommé, le chef de service de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et répression des fraudes (DGCCRF), Stanislas Martin.

Cinquième semaine (24 au 30 octobre)
Dès lundi, il s’est joint à l’Observatoire des prix, à Mamoudzou, lieu des pourparlers entre distributeurs et syndicats. Mais Stanislas Martin tient un rôle d’écoute en vue d’un rapport prochain sur la formation des prix et des marges des produits de première nécessité qui, sur le moment, s’est révélé trop loin des attentes du jour. De nouveaux heurts ont lieu sur l’île. Le lendemain, le médiateur rencontre toutes les parties prenantes au conflit afin d’établir au plus vite ses conclusions. Le nombre de manifestants commence peu à peu à diminuer, réunissant moins d’une centaine de personnes lors des regroupements. Les barrages, les violences des plus jeunes mal encadrés et les pillages continuent de secouer l’île. Certains commerces ferment derechef et pour les autres, les rayons ont été vidés.

Le 26 octobre, Mayotte apprend que le territoire est en passe, selon l’avis du Conseil Européen, de changer à nouveau de statut au profit de la Région Ultrapériphérique, déjà validé par le Parlement Européen. Pour espérer mettre un terme au quotidien « quelque peu » mouvementé des Mahorais, Marie-Luce Penchard nomme son ancien directeur de cabinet et ancien préfet de Mayotte, Denis Robin, pour prendre la situation en mains. Son arrivée sur l’île est fixée au 2 novembre, notamment attendue par les syndicats pour reprendre les négociations. Sa connaissance du terrain devrait lui permettre d’accélérer le processus d’entente.

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Sixième semaine (31 octobre au 6 novembre)
Tandis que des barrages routiers et des affrontements reprennent place dans le paysage, Denis Robin rencontre l’intersyndicale et les représentants de la grande distribution. Les discussions s’orientent autour du rapport de 36 pages remis par Stanislas Martin à l’intersyndicale le 3 novembre, lequel va permettre de définir les produits qui pourront être margés. Il est établi qu’une baisse pouvait être consentie sur les prix de la viande, pendant trois mois. L’étude sur le prix du sable n’a pu être menée, faute d’accessibilité de l’île et, quant à la situation tarifaire du gaz, elle pourrait connaître une baisse. Simultanément, la création d’un comité de crise est sorti de l’hémicycle, regroupant plusieurs élus de l’île dont deux sénateurs, un député, le président de l’association des maires et le président du CG, afin de présenter des solutions concrètes et encadrées pour sortir de cette situation.

Les négociations ont été programmées pour lundi 7 novembre, laissant le temps à chacun – intersyndicale, associations de consommateurs, représentants du Medef et patrons de la grande distribution - d’étudier le rapport qui leur a été remis. Principal point de discorde, les syndicats continuent de réclamer une baisse de 30 % sur le prix de la viande.

- Quelles sont les conséquences directes de ce mouvement ?

Les Mahorais ont laissé éclater leur colère au grand jour, acteurs d’une frustration qui les a étouffé pendant de trop longues années mais l’impact risque d’être lourd. Si les citoyens ont, en partie, réussi à se faire entendre, les effets néfastes ont commencé à piquer l’île.
Sur un plan humain, un homme de 39 ans est décédé au cours d’une violente manifestation. L’autopsie a révélé que l’homme a succombé à une perforation du cœur suivie de mauvais massages cardiaques qui lui ont été prodigués par un passant. 5 000 personnes sont venues assister à son enterrement. Un enfant de 9 ans, en marge du mouvement social, a perdu l’œil par un projectile de flash-ball tiré par un gendarme, selon la préfecture de Mayotte. De nombreux manifestants ainsi que des membres des forces de l’ordre ont également été blessés et des viols ont été évoqués par les médias locaux. Du côté des hôpitaux, passé le caillassage des véhicules, le personnel a manqué. Un creux encore plus profond s’est formé par endroit entre la population locale et les Mzungus (Blancs), victimes d’injures raciales. Les Mahorais ont commencé psychologiquement à s’épuiser, usés par les évènements et affaiblis par le manque de nourriture. Economiquement, la facture rique d’être douloureuse. L’île s’est complètement figée. Le risque de liquidation d’entreprises, de chômage massif, est omniprésent. Selon Les Echos, les demandes de chômage partiel se sont multipliées et ont concerné « 2 300 salariés, pour environ 17 000 actifs recensés dans le secteur privé mahorais ». D’un côté, les actifs ont tenté, tant bien que mal, de slalomer entre les barrages pour rejoindre leur lieu de travail et, de l’autre, les employeurs ont dû, par la force des choses, fermer boutique par peur de vandalisme. Les installations portuaires ont été bloquées empêchant le fret de fonctionner, et des salariés se sont retrouvés en congé forcé. Beaucoup de familles ont subi la pénurie alimentaire due aux commerces quasi-totalement fermés. Cette crise a inversé les « tendances » : ce sont les Mahorais qui se sont approvisionnés dans les îles des Comores. Si cette situation perdure, c’est tout le système alimentaire des Comores qui va s’en trouver déréglé en commençant par Anjouan, où le stock de certains produits s’est affaibli et les prix ont augmenté.

Des expulsions sans fondements ont été opérées à maintes reprises – vers les Comores – et ont été dénoncées par la Cimade. La préfecture a été condamnée à les indemniser et à organiser leur retour.

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Affrontements quasi-quotidiens avec les forces de l’ordre © Imaz Press La Réunion

- Quelle est la conjoncture actuelle sur l’île ?

Mayotte a souffert depuis de nombreuses années - et souffre encore - du mal logement, des disparités sociales, de la corruption et de l’immigration clandestine, principalement Comorienne. Les clandestins, évalués à un tiers de la population mahoraise, sont principalement issus d’Anjouan et pour cause. Anjouan, territoire où règne la misère, a longtemps profité de sa proximité avec Mayotte pour en tirer les « avantages ». Beaucoup d’enfants, français de naissance et de parents comoriens clandestins, ont été livrés à eux-même dès lors que les parents ont été expulsés dans l’île voisine. Depuis plus d’un mois, cette jeunesse laissée à l’abandon s’est rassemblée quotidiennement à Mayotte, peut-être un peu trop virulemment par moment, pour nourrir cette révolte.

Dans le courrier qui a été transmis au président de la République Nicolas Sarkozy, le président du conseil général a affirmé que Mayotte est « le territoire où les revenus sont les plus bas et où les prix sont les plus hauts ». Le coût de la vie est devenu écrasant et inassumable pour une majeure partie de la population mahoraise. Même si l’île aux Parfums a été intégrée, depuis le 31 mars 2011, au « tableau de chasse » de la départementalisation française – approuvée à 95,2 % des votants et un taux d’abstention de 41,19 % –, il n’en demeure pas moins que la situation sociale et économique du pays reflète de loin celle de la métropole et, que pour s’y rapprocher, le facteur temps avait été préalablement avancé – le pacte de départementalisation a chiffré à 25 le nombre d’années pour qu’il soit intégralement effectif.

L’ile française des Comores a répertorié 186 000 habitants dont 62 % qui ont moins de 25 ans. L’île est jeune et les espoirs sont immenses. Cette population subit un chômage dominant - touchant majoritairement une population jeune 30 % – avec un taux qui avoisine les 18 %, officiellement. De plus, l’illettrisme s’est profondément installé. Autre poids pour ce petit territoire de 374 km² avec la moitié de ses salariés qui est recensée dans la fonction publique – 54 % de l’emploi total -.

Au niveau de la production économique annuelle, pour support de comparaison, le PIB, de 5 200 euros par habitant, est huit fois plus élevé que celui des Comores – à 70 kms d’Anjouan – mais est équivalent à seulement un tiers de celui de La Réunion.
Selon le bilan de l’Institut d’émission des départements d’outre-mer (Iedom) – sous l’autorité de la Banque de France -, qui présente les premières tendances économiques du 2e trimestre 2011, l’activité de l’île a été en berne dans tous les secteurs, avec un basculement de celui du commerce et des services, jusqu’ici épargnés. Selon un communiqué des militants réunionnais de Lutte Ouvrière, le coût de « la vie sur l’île a augmenté de 60 % en quatre ans contre 15 % à La Réunion ».
Le SMIG Mahorais – salaire minimum interprofessionnel garanti -, l’équivalent du SMIC, représente 85 % du salaire minimum d’insertion métropolitain soit un salaire brut de 1086,67 euros pour 169 heures de travail. En sept ans, son montant a doublé - 549,25 euros - mais le prix des produits de consommation a pris 40 %. Les allocations chômage, intégrées depuis peu, sont faibles.

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- Les prix de l’île sont-ils réellement élevés ?

Le prix des produits est en moyenne plus élevé à Mayotte que dans le reste de l’Outre-mer et parfois même qu’en métropole. Le territoire ne cultive qu’une production locale restreinte et une économie de marché sans concurrence. L’île, dépendante de l’Hexagone à 8 000 km, a souvent été soumise aux effets néfastes de l’importation, notamment du danger pour la production locale, des normes draconiennes, des circuits longs, du monopole... Et à Mayotte, le monopole industriel est prépondérant, notamment en alimentaire avec les trois seules enseignes, Sodifram, Somaco et Jumbo Score, qui se sont « partagées » l’île, et dont Sodifram détient celui de la viande.

Selon l’Iedom, les importations globales sur 2010 sont restées en hausse avec une progression de 4,6 % à l’inverse des exportations, bien que marginales, qui ont progressé de 2 % « mais essentiellement grâce aux réexportations de marchandises ». Les exportations des produits mahorais – poisson d’élevage et essence d’ylang ylang -, en net recul, ont été évaluées à 11 % des exportations totales. Les secteurs ont des difficultés à concurrencer les produits d’importation avec des coûts de production encore trop élevés.

D’après l’Insee, l’indice des prix à la consommation a présenté des variations, notamment des prix de l’alimentation depuis 2007, avec une inflation systématiquement supérieure à celle de La Réunion, qui n’a cessé de croître. Selon le rapport remis par Stanislas Martin, les prix ont augmenté de 41 % entre 2007 et 2011, parallèlement au SMIG qui a augmenté de 6,75% en 2010. Les consommateurs salariés ont alors pu suivre l’impact à l’inverse des non salariés, représentés par une grande majorité de Mahorais, fruit des inégalités.

Pour indice de comparaison, le coût d’une bouteille de gaz de 13 kg est évalué à 31 euros à Mayotte contre 20 euros à la Réunion, les 10 kg d’ailes de poulets à 26,90 euros contre 17 euros aux Comores.

- Il y a t-il une incidence avec la départementalisation ?

Dans l’inconscient, ou non, la départementalisation a inévitablement amené ces revendications, nées des attentes du droit commun. Après l’accession de l’île au statut de département, les Mahorais ont consenti à davantage d’égalité en matière de coût de la vie. Le processus a amené beaucoup d’attentes et ce depuis longtemps (cf. notre article). L’alignement des montants du RSA, du SMIC et des allocations qui a été prévu sur ceux de métropole tarde, et la population en a espéré plus. Mais ont-ils réellement compris les tenants et les aboutissants de la départementalisation ? Les avantages et les inconvénients que cela induit ? Est-ce en un tour de l’île, conduit par le préfet de Mayotte trois mois avant le vote du pacte pour la départementalisation, que les Mahorais ont véritablement perçu les enjeux ? Toujours est-il qu’ils ont préféré opter pour l’Etat providence.

Un comité de suivi de départementalisation avait été mis en place dès l’instauration du pacte, qui devait se réunir tous les trois mois mais celui-ci n’a pas fait de réapparition depuis mars 2011. Le comité de sortie de crise devrait le remplacer.

Mais la départementalisation n’a été que la goutte d’eau qui a permis au vase de déborder. Depuis plusieurs années, la population a été témoin de l’émergence de la consommation, induit par l’arrivée des personnes de métropole, des flux financiers et donc des disparités. Un certain bouleversement de l’économie de l’île a été opéré, créant chez les Mahorais l’envie de posséder. Légitimement français, les revendications du peuple, balloté entre des racines africaines et un passé colonial, sont remontées.

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Tant d’espoir a été porté en ce jour du référendum de la départementalisation (29 mars 2011) © Imaz Press La Réunion

- Qu’en disent les élus ?

Après son intervention à la télévision locale le 14 octobre 2011 qui a été mal reçue, la ministre a préféré «  passer le flambeau » à l’homme de la départementalisation, Denis Robin, son ancien directeur de cabinet et ancien préfet de Mayotte, pour tenter de résoudre cette situation de crise, en parallèle du médiateur. Le négociateur a débarqué sur l’île le 2 novembre. Du côté de la métropole, les Mahorais ont dû s’attendre à un peu plus de considération. L’île entière a été mise sans dessus-dessous sans que la France y ai montré un grand intérêt si ce n’est le secours espéré de Denis Robin. En parallèle, une demande a été transmise au président de l’Union européenne, Hermann Van Rompuy le 26 octobre, afin de modifier le statut européen de Mayotte de Pays et territoire d’outre-mer (Ptom) en Région ultra-périphérique (Rup) et ainsi bénéficier d’aides pour son développement. L’aval du Conseil Européen est attendu mais le Parlement Européen a d’ores et déjà adopté l’amendement, lors du budget de l’Union pour 2012, qui a prévu une ligne budgétaire de 2 millions d’euros pour le passage au statut de Rup.

Plusieurs gestes de soutien ont été envoyés. Le Sénateur Paul Vergès a adressé un courrier au Président de la République lui rappelant la gravité de la situation et le député européen, Elie Hoarau a fait une escale à Mayotte afin d’encourager la population dans son combat.
Yves Jégo, ex-secrétaire d’Etat à l’Outre-mer qui a fait le déplacement à Mayotte lors de la départementalisation, n’a pas (encore) renouvelé sa visite.

- Peut-on faire le parallèle avec le mouvement social qui a frappé les Antilles en 2009 ?

La situation de conflit social dans laquelle baigne Mayotte depuis plus d’un mois est comparable à celle traversée par les Antilles en février 2009, avec un point de revendication identique : la vie trop chère. Le mouvement guadeloupéen LKP – Collectif contre l’exploitation outrancière – qui a regroupé 52 organisations, a misé ses revendications sur la baisse des prix, notamment ceux de l’alimentation et de l’essence et sur la hausse des bas salaires. La grève générale qui a paralysé la Guadeloupe et la Martinique durant 44 jours avait abouti, sur fond de crise, à la mise en place d’Etats généraux de l’Outre-mer et ainsi favorisé le dialogue autour des problématiques des départements et territoires d’Outre-mer. Lors du premier Conseil interministériel de l’Outre-mer, en novembre 2009, Nicolas Sarkozy a présenté un catalogue de mesures, 137 au total avec huit grands axes – formation des prix, fonctionnement du marché et concurrence, productions locales et développement endogène, insertion et égalité des chances des jeunes, dialogue social... -. Deux ans après, le 26 octobre 2011, le conseil des ministres a examiné un premier bilan de ces mesures dont 90 % d’entre elles ont été appliquées. Mais le bilan pour ces deux territoires n’est pas celui qui a été escompté : augmentation du chômage, effet de la crise, accord BINO pas toujours respecté...

 



 

 

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  • 4 octobre

     

    Recours au Conseil d’Etat , contre le gel des contrats aidés

    Emplois aidés : La justice va-t-elle suspendre le gel décidé par le gouvernement ? TRAVAIL Le Conseil d’Etat examine mardi 03 octobre, un recours déposé par des élus écologistes et plusieurs associations contre la remise en cause des contrats aidés décidée par l’exécutif... http://www.20minutes.fr/economie/2143331-20171003-emplois-aides-justice-va-suspendre-gel-decide-gouvernement

     

  • 25 septembre

     

    La Ville de Marseille lance une enquête sur des « comportements supposés répréhensibles » dans les musées.

    La Ville de Marseille lance une enquête sur des « comportements supposés répréhensibles » dans les musées Depuis plusieurs semaines, des agents des musées dénoncent dans des courriers anonymes des passe-droits, voire les emplois fictifs dont bénéficieraient d’autres agents. La Ville a décidé de diligenter une enquête interne de l’inspection générale des services. A lire sur marsactu https://marsactu.fr/avis-de-tempete-dans-les-musees-de-marseille/

     

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