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La France a ses « Intouchables », Marseille les chouchoute

30 juillet 2011 - Dernier ajout 15 octobre 2011

« Parias, les Rroms de France » : Médecins du Monde a présenté ce vendredi à l’Espace Accueil aux étrangers son rapport sur la situation sanitaire des Rroms dans notre pays. Le focus a été mis sur la cité phocéenne, où la « crise aiguë » se caractérise par le « harcèlement policier » et la « sur-précarisation » d’une population déjà vulnérable. L’occasion d’analyser sous un spectre plus large l’absence de prise en compte de cette population de quelques centaines d’individus et d’aiguillonner les élus présents.


 

Pour les Rroms de Marseille, rien de neuf sous le soleil (ni sous la pluie). Sauf qu’ici, la situation est « pire qu’ailleurs », assène Pierre Salignon, directeur général de Médecins du Monde (MdM). L’organisation non gouvernementale tenait une conférence vendredi matin, afin de présenter son rapport sur la situation sanitaire des Rroms en France, et analyser les conditions de vie des quelques centaines d’individus résidant dans notre ville. Les discussions ont confirmé un sentiment partagé par les acteurs associatifs de terrain. Dans notre cité plus de deux fois et demi millénaire, les Rroms bénéficient d’un traitement de faveur : expulsions menées à la cadence d’une mitraillette tirant sans relâche, « harcèlement policier systématique », « sur-précarisation »...

Philippe Rodier, responsable de mission de MdM prévient d’emblée : «  il n’est pas question de commémorer le discours de Grenoble, mais de présenter la réalité marseillaise, bousculée par la volonté politique martelée lors de ce discours ». Tout juste un an plus tôt, le 30 juillet 2010, l’allocution présidentielle marquait du sceau « sécuritaire » l’action gouvernementale, dans laquelle le médecin décèlera par la suite une « volonté délibérée de nuire ».

« De la cabane au parc, du parc au trottoir » : le document illustre le parcours en forme de spirale infernale des familles invariablement évacuées par la force publique, quittant le « confort » d’une maisonnette bricolée pour une tente plantée sur un terrain, avant de finir sur le trottoir, pour ne pas dire le caniveau. La réalité n’apparaît pas moins crue, et se vérifie au fil des mois. 79 % de la population rrom connue de MdM a enduré au moins une expulsion. L’association Rencontres Tsiganes avance les mêmes chiffres à l’échelle locale. Il suffit de prendre l’exemple marseillais du squat de Zoccola dont les habitants ont été « expulsés, puis ré-expulsés, puis ré-expulsés [...] Soit quatre expulsions en moins de quatre mois », calcule Philippe Rodier. Bonne moyenne. A Marseille, «  raffinement suprême : même ceux qui se trouvent réfugiés dans des jardins publics, on leur refuse de se mettre à l’abri » sous une tente ou une bâche.

Ravages

De fait, les conditions de vie des Rroms ont subi une « détérioration par rapport à l’année dernière », note le responsable : « plus personne n’a accès à l’eau, à des toilettes, au ramassage des ordures, ni n’a accès à un abri, ou n’est à l’abri des agressions ». « La situation s’est dégradée », confirme Pierre Salignon, qui la replace dans « un contexte pré-électoral ». « A Marseille, elle est particulièrement aiguë, [...] choquante, inhumaine ».

Résultat, cela cause une « rupture des processus engagés en matière de scolarisation des enfants, d’accès à la santé, de continuité des soins, avec une chronicisation et une aggravation des pathologies chroniques comme le diabète ». Et derrière la souffrance physique, l’épreuve psychique de la « désespérance », symptôme d’un « traumatisme psychologique » savamment entretenu. Dans ces circonstances, Marseille décroche-t-elle la palme de championne de France des mauvais traitements infligés aux Rroms ? Quoi qu’il en soit, « dans l’Etat actuel de maltraitance, les problèmes de santé viennent après tous les autres impératifs de survie qu’imposent [aux Rroms] leurs conditions de vie ».

Cœur de métier de Médecins du Monde, les données sanitaires recueillies localement et centralisées procurent cependant des sueurs froides. D’abord, la couverture vaccinale plafonne à 8 % de la population. Les campagnes de vaccination peinent à être suivies et restent souvent incomplètes du fait de la dispersion des familles après une expulsion. Ouvrant ainsi la porte à des épidémies, comme celle de la rougeole qui sévit depuis 2008 en France et notamment dans le Sud, ce qui présente « un risque de santé publique » pour l’ensemble de la population française. Ensuite, seule une femme sur dix consulte régulièrement lors d’une grossesse, les nourrissons de moins d’un mois encourent neuf fois plus de risque qu’en moyenne sur le territoire français de ne pas survivre, et la mortalité infantile est cinq fois supérieure à celle que l’on connaît. Enfin, l’espérance de vie des Rroms en France se situe entre 50 et 60 ans, quand elle culmine à plus ou moins 80 ans pour l’ensemble des Français.

« La politique sécuritaire à un prix : la violation des droits fondamentaux » Philippe Rodier, responsable de mission à Médecins du Monde

Constat : « cette politique sécuritaire et discriminatoire est un échec, se trouve dans l’impasse », accuse Philippe Rodier. Les Rroms « font partie intégrante de notre cité, il faut compter avec cette évidence ». La « cosmétologie urbaine » n’engage que ceux qui y croient : en réalité rien ni personne ne se désintègrera d’un coup de matraque magique. Ce pourrissement de la situation s’avère également facteur de « tensions sociales », en particulier avec le voisinage de campements, lui aussi « partageant cette souffrance ».
Pour conclure l’intervention, Philippe Rodier et MdM appellent les « pouvoirs publics à ce que le harcèlement policier s’arrête immédiatement, à interrompre les expulsions sans autre solution de relogement, on appelle les politiques à se réunir, à repenser une politique plus en cohérence avec les principes républicains et la réalité ».

Tout le monde s’accorde sur l’idée qu’il ne s’agit « pas d’une approche de gauche ou de droite ». « Deux institutions majeures (conseils régional et général, ndlr) et deux maires de secteur nous ont rejoints dans cette logique » se félicite le responsable de mission de l’ONG qui espère encore voir d’autres collectivités s’asseoir à la table des discussions. Michel Amiel, vice-président du Conseil général en charge de la Protection maternelle et infantile le convoque de ses vœux, promettant d’écrire « un courrier », lui aussi, en direction de la préfecture, du maire de Marseille et des responsables politiques de secteur. Il aura fort à faire pour convaincre ses pairs.

La balle dans le camp de l’Etat et de la Ville

Dans un communiqué que s’est procuré MarsActu, la préfecture rappelle qu’elle agit en toute légalité, sur décisions de justice, en matière d’expulsions.
Et qu’« avant, pendant et après les expulsions toutes les situations humanitaires préoccupantes constatées par les services de l’Etat, des collectivités territoriales ou par les associations ont été systématiquement traités sous la forme d’une offre d’hébergement d’urgence souvent refusée par les intéressés eux mêmes ».
« Par ailleurs, de manière systématique, une proposition de retour dans le pays d’origine assortie d’une aide financière a été offerte aux individus et aux familles qui pouvaient y prétendre ». « Faux ! », s’insurgent des membres du collectif d’associations de défense des Rroms. Selon eux, aucune de ces propositions n’auraient été systématisées, et les rares refus d’accéder pour une nuit au centre d’hébergement d’urgence de la Madrague-Ville se justifient par le fait qu’il n’accueille que des hommes, les foyers pour femmes avec enfants restant une exception, impliquant la séparation des familles.

Une brèche pourrait toutefois s’ouvrir : « S’agissant de la concertation, celle-ci a lieu au quotidien, sur le terrain où se rencontrent l’ensemble des services qui dépendent de l’Etat ou des collectivités territoriales et les associations telles que Médecins du Monde dont le préfet tient à saluer l’engagement. Celle-ci se poursuivra afin notamment d’étudier toute proposition concrète qui pourrait émaner des parties concernées », peut-on lire en toute fin de document.

Aucune solution d’urgence

La piste européenne figure de même comme une évidence. Plusieurs députés du parlement de l’Union sont informés du blocage. Mais il n’est question ici que de solutions à long terme. L’urgence n’appelle pour le moment aucune prise de décision des institutions engagées dans le processus d’aide aux Rroms installés dans la région (rien que dans le département, Marseille ne fait pas cavalier seul : Aix-en-Provence et Aubagne marchent dans ses pas, sans toutefois que les élèves dépassent le maître). Questionné au sujet de l’ouverture d’un lieu - terrain ou gymnase - le vice-président du département Michel Amiel botte en touche : « c’est clairement non, tant qu’il n’y aura pas de concertation » avec Jean-Claude Gaudin et les édiles de secteurs. Il précise toutefois que le site du « camp de l’Arbois », où vivent plusieurs familles, appartient au CG. Et d’admettre que « la situation n’y est pas brillante ».

Avant d’évoquer un cas précis d’agression violente dont à été victime une famille rrom, menacée à deux reprises par un homme cagoulé et armé d’un couteau quelques jours avant que sa caravane ne soit incendiée, Alain Fourest, président de Rencontres Tsiganes tient à apporter la seule note bénéfique de la matinée : « il y a cinq ans, le réseau Romeurop se réunissait ici. L’élément positif c’est qu’à l’époque, c’était plaider dans le désert. Aujourd’hui, il y a une mobilisation de quelques politiques, media, citoyens ». Rapidement contrebalancée par une répression accrue ces dernières années.

La « question rrom » - ayant connu un glissement sémantique puisque les responsables politiques parlent désormais de « problème rrom » (la même mutation s’était opérée il y a une trentaine d’années, affectant cette fois la notion d’immigration) - qui prévaut à Marseille trouve une résonance au niveau national. Bientôt, tous sauront que dans la future capitale européenne de la culture, les droits fondamentaux des Rroms sont niés. Déjà au bas de l’échelle sociale, depuis un an et le début de la traque des centaines de personnes sont littéralement clouées au troisième sous-sol, devenues « Intouchables ». Pourtant ce n’est pas faute d’essayer de s’insérer dans la société française. Ainsi Anghel et Rostas - venus témoigner - n’ont eu de cesse d’expliquer qu’ils ne souhaitent que travailler (Rostas ayant trouvé à s’employer comme mécanicien dans un garage s’est vu refuser à maintes reprises un permis de séjour et de travail. Il ne demande qu’à pouvoir « travailler comme tout le monde »), et mettre leurs enfants à l’école de la République.

Alors que la conférence tire à sa fin, à quelques encablures de là, Porte d’Aix, de nouveaux hères fraichement expulsés de Noailles viennent grossir le nombre de réfugiés...

 

 

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