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La Fondation du Mémorial de la traite des Noirs entre en campagne

29 décembre 2011 - Dernier ajout 31 décembre 2011

La proposition de loi réprimant la négation des génocides portée par Valérie Boyer n’en finit pas de faire des vagues et de susciter de nouvelles réactions. Une des dernières en date : celle de la Fondation du Mémorial de la traite des Noirs, moins médiatisée mais tout aussi significative. Basée à Bordeaux, l’association qui milite pour la création d’un mémorial consacré à l’esclavage, s’est félicitée de la prochaine adoption de cette loi. Dix ans après le vote de la loi Taubira reconnaissant l’esclavage comme crime contre l’humanité, cette proposition servira de point d’appui à la campagne nationale de la fondation destinée à "Débaptiser les rues de négriers". L’objectif : faire respecter la mémoire de ces hommes disparus pendant la traite esclavagiste européenne qui a décimé l’Afrique pendant trois siècles.


 

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"La Fondation sera vigilante quant à l’application de cette nouvelle loi et interpellera les candidats à l’élection présidentielle française de 2012", déclare dans un communiqué la Fondation. Celle-ci entend en effet s’inviter dans la prochaine campagne et s’appuyer sur cette loi pour sensibiliser les candidats sur la nécessité de débaptiser les rues portant le nom de négriers. En 2007, la Fondation avait déjà interpellé les différents prétendants à la course présidentielle sur « l’absence », dans les débats du thème de la « reconnaissance de la traite négrière par de réels projets de transmission et des actions pédagogiques visant à réduire les inégalités et à réconcilier les communautés ».

Pour la Fondation, si la loi Taubira adoptée il y a 10 ans et la création d’une journée annuelle de la mémoire de l’esclavage, constituent un premier pas significatif dans ce travail de mémoire, il reste encore beaucoup à faire pour sortir de l’amnésie et préserver et transmettre cet important épisode de l’histoire. A Bordeaux, Nantes, La Rochelle, Le Havre mais aussi Marseille, plaques-tournantes de ces expéditions négrières, il subsiste encore, par exemple, une trentaine de rues honorant armateurs et élus ayant collaboré et profité de ce commerce.

Rencontre avec Karfa Diallo, président de la Fondation du Mémorial de la traite des Noirs et juriste, écrivain et poète.

Med’In Marseille : Quelles actions menez-vous pour faire ce travail de mémoire ?

Karfa Diallo : La Fondation du Mémorial de la traite des Noirs a été créée en 2006 à l’Assemblée nationale, sous le parrainage de l’écrivain antillais Patrick Chamoiseau, l’ex-président de Médecins sans frontières, Rony Brauman et l’universitaire, Françoise Vergès. La Fondation du Mémorial entend poursuivre l’action d’une association créée à Bordeaux en 1997, qui s’appelait DiversCités, et qui a accompli un important travail de mémoire pour sortir la ville de l’amnésie dans laquelle elle se trouvait par rapport à son histoire négrière. La fondation a pour objectif principal de militer pour la création d’un Mémorial national consacré à la traite des noirs et des esclaves. Aujourd’hui, il n’existe pas de lieu spécifique dédié à la mémoire de ce crime contre l’humanité qui a fait plus de 20 millions de victimes.

La fondation s’est assignée cette mission : créer un lieu de mémoire et d’information qui soit dédié exclusivement à cette période historique donnée. Par cette campagne nationale, il est essentiel d’arriver à convaincre les citoyens et les élus de l’opportunité de respecter cette mémoire et de lui donner la place qu’elle mérite dans nos villes et dans nos consciences. La fondation organise aussi chaque année l’École des mémoires : elle regroupe des jeunes collégiens et lycéens d’origines différentes pour leur permettre d’approfondir leurs connaissances sur l’impact de cette période historique et ceci, dans une perspective d’approfondissement de la démocratie, de promotion des droits humains et de la diversité.

Med’In Marseille : Quel est le principal point sur lequel portera votre campagne ?

Karfa Diallo : Nous souhaitons profiter des présidentielles pour remettre ce thème sur les devants de la scène et comptons intervenir fin janvier, début février. On va interpeller les candidats et se déplacer dans toutes les villes pour attirer l’attention de l’opinion publique sur la nécessite de sortir de ce mépris et de ce manque de respect vis à vis à la fois de ces personnes disparues, mais aussi de leurs descendants qui sont toujours là. C’est toute la mémoire de l’humanité qui est concernée, puisque ce n’est pas seulement l’homme noir qui a été piétiné et réduit en esclavage, mais c’est un être humain tout court. Donc personne ne devrait être insensible à la nécessité de cet assainissement.

Med’In Marseille : Que représente pour vous l’adoption de la loi Taubira votée en 2011 et qui assimile l’esclavage à un crime contre l’humanité ? Elle constitue un grand progrès en la matière ?

Karfa Diallo : Cette loi est venue soutenir et amplifier le travail des associations entamé depuis les années 90. Effectivement, c’est la première fois qu’une qualification juridique a été donnée à l’esclavage, reconnu comme crime contre l’humanité. Cette loi a offert une base juridique à notre travail. Elle a été de plus suivie en 2010, grâce au lobbying de la fondation, par la promulgation d’une première loi en Afrique qui qualifie également la traite des noirs de crime contre l’humanité : le Sénégal a voté cette loi en avril 2010, c’est le premier pays africain à commémorer la traite des noirs. On on a donc aujourd’hui des bases juridiques suffisamment importantes pour qu’un certain nombre de résidus historiques de cette histoire soient balayés par respect de cette mémoire.

Med’In Marseille : Cette proposition de loi pénalisant les génocides, et présentée il y a quelques jours à l’assemblée, est une étape décisive dans ce travail d’éducation à la mémoire ?

Karfa Diallo : Cette deuxième étape est importante. Elle arrive dans un contexte particulier et semble vraiment s’orienter vers le génocide arménien. Or pour nous, ce qui est vraiment important, c’est que la loi, dans son texte, s’étende à tous les génocides, même si elle concerne surtout le génocide arménien. Elle vient donc en appui et soutien à tout le travail qu’on a fait pour que les rues des anciennes villes négrières qui honorent capitaines, armateurs ou élus qui ont participé à ce commerce et à ce crime contre l’humanité, soient débaptisées. Car le fait de continuer à honorer ces gens, ça peut s’apparenter à une négation d’un génocide, voire à une apologie d’un crime contre l’humanité, ce qui est totalement contraire à la loi Taubira et à la loi sénégalaise et à toutes les résolutions des Nations-Unies.

Med’In Marseille : Qui sont ces figures de la traite négrière honorées dans ces rues et combien d’entre elles sont concernées ?

Karfa Diallo : La plupart du temps, il s’agit d’armateurs qui ramenaient des navires pour aller acheter des esclaves en Afrique pour les faire ensuite travailler en Amérique. Ce sont des hommes d’affaires très prospères qui ont eu des carrières politiques et sociales très importantes et prestigieuses. Le choix des noms de rue est de nature emblématique voire symbolique. Ces noms représentent un maillage de petites célébrations qui sont censées conforter les valeurs les plus fondamentales de la république. Quand on a compris cela, on voit à quel point ces nominations sont insupportables. Dans ce monde d’aujourd’hui où nous nous sentons tous démunis, nous avons besoin d’une sorte de vision refondatrice et donc de tout assainir. Et pour nous, ce souci d’assainissement passe notamment par le fait de débaptiser ces rues de négriers. A Bordeaux, une vingtaine de rues sont concernées, à Nantes, il y en a une dizaine, à La Rochelle pas loin de dix aussi, au Havre, idem.

Même à Marseille, on a des rues de négriers, on a par exemple la rue Colbert qui fut notamment secrétaire d’État à la marine et qui rédigea le code noir, un texte juridique destiné à asservir les Africains, ou la rue Etienne Marchand dans le 11ème arrondissement, un ancien navigateur. Marseille a également eu un rôle très important dans la traite des noirs. Elle aurait armé environ 100 navires, en direction de l’Afrique et destinés au commerce d’esclaves entre la fin du 17ème siècle et le milieu du 18è. Les armateurs marseillais ne sont rentrés que tard dans ce commerce triangulaire, mais ils auraient déporté pas loin de 30 à 40 000 noirs pour l’Amérique. En tous cas, ce qui est important pour nous, c’est que tous ceux qui ont financé, participé à l’armement des navires et à la déportation des esclaves sont des personnes qui ont collaboré et contribué à cette traite. La question est ensuite de savoir ce qu’on fait : est ce qu’ on ferme les yeux en disant ce n’est pas important car ça remonte au 18ème siècle ? Ne devrait-on pas plutôt effectuer cet assainissement nécessaire afin de permettre aux Français d’aujourd’hui de se retrouver tous ensemble dans leur ville et de ne ressentir ni sentiment de honte, ni sentiment de culpabilité mais juste celui d’être français ?

A noter que la proposition de loi pénalisant la négation des génocides doit encore être adoptée par le Sénat.

 

 

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