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LIGNE ROUGE

9 juillet 2013

Le détournement de l’avion de Monsieur Évo Morales, président en exercice de la Bolivie, sur ordre des Etats Unis, dans le cadre de leur recherche du lanceur d’alerte Edward Snowden, et la docilité complaisance de l’Union Européenne révèlent de façon manifeste les nouveaux codes du droit international. Aux yeux de tous, une ligne rouge a été franchie. Un camouflet a été lancé à la face de la justice, de la morale, de l’espoir et du bon sens. Cet abus de pouvoir, n’est pas seulement une insulte, il est aussi la traduction d’une politique, d’un état d’esprit, aujourd’hui à l’œuvre dans nos sociétés. Cette nouvelle norme des relations internationale, s’étend, imprègne plus profondément les esprits et augure d’un bien triste dénouement.


 

Les États-Unis exercent de la façon la plus cynique l’extraordinaire immunité que leur offre leur puissance. La lâcheté et la complaisance de l’Europe ainsi ce qu’il est convenu d’appeler l’Occident, démontre du même coup le vide abyssal des discours officiels et la futilité des règles de droit pour toutes ces nations qui prétendent l’incarner et s’arrogent le droit de juger.
Photomontage : Ahmed Nadjar

La volonté gouvernementale Américaine, bras armé du capitalisme, n’a jamais caché ses ambitions : la poursuite aveugle de ses intérêts, quel qu’en soit le prix, pour elle même et pour les autres. Cet égoïsme avait décidé le Général de Gaulle à lancer le programme nucléaire militaire, puis civil, français, convaincu de la fragile sincérité et de l’éventuel soutient de l’allier outre atlantique en cas de coup dur. Les guerres menées tout au long de XXème siècle, le masque tombé magistralement, à l’O.N.U sous l’administration Bush au déclenchement de la seconde guerre d’Irak, l’ouverture et le maintien de la prison spéciale de Guantanamo, ne font que confirmer cette attitude que pourrait résumer ainsi Noam Schomsky : « d’abord les Etats Unis, ensuite les Etas Unis, après les Etats Unis ».
Quel crédit accorder aux discours de paix, aux injonctions et aux rappels à la règle de droit ? Notre siècle s’est ouvert sur un constat simple : le droit ne tient pas devant la force. L’Irak, l’Afghanistan, la Lybie, le Tibet, la Syrie nous le rappelle violemment. On se souvient aussi, place de la Concorde, d’un Nicolas Sarkozy, au soir de sa victoire déclamer avec force à tous les martyrisés de la terre « que la France sera à leurs cotés, qu’il peuvent compter sur elle. ». Il lançait juste après la grande traque des Rroms, les expulsion massives, prononça le discours de Grenoble et déclara la guerre à la Lybie de Kadhafi…

Revenons au détournement de l’avion présidentiel Bolivien. Que veulent les Etats Unis ? A qui leur justice s’intéresse t elle ? A trois lanceurs d’alerte, trois personnes courageuses dont le seul tort a été d’avertir le monde sur les abus de pouvoir, criminel et intrusif, de la nation qui domine la planète. Le premier, le soldat Bradley Manning, 25 ans, est en ce moment traduit devant une cours martiale, ou il encourt 154 ans de prison, après un an d’emprisonnement et neuf mois passés en total isolement, aux mépris de ses droits fondamentaux de citoyen américain, dans des conditions jugées « cruelles, inhumaines et dégradantes. ». Il lui est reprocher d’avoir transmis au second les preuves de la perpétration de crimes de guerre en Irak. Le second Julian Assange est refugié dans l’ambassade de l’équateur à Londres et se retrouve accusé d’agression sexuelle en Suède. Il est accusé d’avoir mis en ligne les preuves et des documents classés secret défense que lui aurait transmis le soldat Manning. Le troisième, Edward Snowden, est activement recherché, au prix de l’arraisonnement de l’avion présidentiel Bolivien, pour avoir fournis les preuves que la NSA américaine espionne quasiment tous les ordinateurs et communication du monde. Mais au fait ? Ce serait on permis un tel acte s’il avait été question de l’avion de Monsieur Hollande, de Monsieur Poutine, de Madame Merkel ou même, de feu Monsieur Hugo Chavez ? Rappelons à toutes fins utiles que Monsieur Évo Morales est le premier Amérindien à accéder au poste suprême en Amérique. Tour de force sans précédent, survenu peu de temps avant l’élection de Monsieur Obama, mais qui n’a pas rencontré la même publicité. Ajoutons également que sa politique diffère largement et entre régulièrement en désaccord avec celle de son puissant voisin, Washington. Le message peut donc aussi être lu comme suit pour les Boliviens : « pour nous, vous n’êtes rien. »

Et la suite de la tragédie se traduit par l’attitude complaisante des pays Européens. Comment la France peut elle se rendre complice d’une telle violation de droit et d’une telle humiliation infligée à un pays souverain ? Jacques Chirac fut donc le dernier garant d’une certaine image de la France, ravivée avec le General De Gaulle. Celle dont tout le monde se réclame mais que personne n’ose faire vivre. Quid de l’opposition du président Chirac à la deuxième guerre du Golf ? De son moment de bravoure face aux agents de sécurité Israéliens lors de sa visite à Jérusalem ? Les trois personnes recherchées sont poursuivies par un état criminel pour le seul fait de l’avoir dénoncé, d’avoir voulu servir le droit en révélant des crimes et des abus. Au lieu de les défendre nous participons à leur recherche et leur capture.…

Courber le dos face au plus fort, c’est abdiquer, c’est se soumettre. C’est accepter sa loi. Cela se vérifie tous les jours .
Il serait innocent de ne pas faire le rapprochement avec le climat des affaires politico-économiques françaises depuis « la décomplexion » vantée par l’ancien président Nicolas Sarkozy au scandale du Ministre des finances Jérôme Cahusac. Sans oublier, Gandrange, le nucléaire… La moralité a changée de camp. C’est un état d’esprit général qui prend forme a tous les niveaux. La loi du plus fort se joue partout. Du plus fort militairement, économiquement, socialement. L’Europe vient d’accéder à la demande Américaine de libre échange (excepté pour la culture), alors vive le poulet à l’eau de javel, les contrôles sanitaires allégés, la précarité de l’emploi, la compétition, la survie. Tout indique que telle est désormais la marche à suivre et que, pire, personne ne peut officiellement faire quoi que soit pour l’entraver, la stopper ou la changer. Il semble que quelque part, des dés aient été jeté.
Et Madame Le Pen progresse de manière affolante dans les sondages ?
Une fois la ligne rouge franchie, rien n’est a exclure. Le pire reste à venir.

 

 

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