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L’histoire de l’esclavage tissée en un gospel étoilé

8 octobre 2010

Les Tisseuses d’Etoiles ouvrent ce vendredi soir la saison de l’Espace culturel de la Busserine, avec un conte musical mêlant gospels, chants africains traditionnels et chansons engagées contemporaines. Ou l’histoire lumineuse et mélancolique de Dahnani - esclave soustraite à sa terre pour le Nouveau Monde et qui connaîtra la libération. Rencontre sonore avec les trois étoiles filantes à l’origine du projet.


 

Elles sont trois, et ont une voix à faire frissonner les anges. Lydie Kotlinsky, Evelyne Barberino et Deborah Bookbinder se sont rencontrées il y a un peu plus de dix ans. Leur point commun : la passion du chant, du gospel plus précisément, qu’elles développent au sein de l’association « A corps sonnant ». Ensemble, elles ont créé un spectacle intitulé « Le chant de Dahnani ». Mêlant gospel, chants zoulous d’Afrique du Sud et traditionnels de Guinée et du Mali, et musiques engagées de l’Amérique moderne, c’est avec lui que les Tisseuses d’Etoiles vont ouvrir la première soirée de la saison artistique de l’Espace culturel de la Busserine, vendredi.

Dahnani, arrachée à sa terre d’Afrique, est vendue comme esclave au Nouveau Monde. Elle y travaille dans les plantations, jusqu’au jour de sa fuite. Libre, elle fêtera l’abolition de l’esclavage. Cette chronique en musique « raconte l’histoire humaine qu’est le gospel », explique Lydie, qui l’a écrite en 2002. Partant de « la source » : le commerce triangulaire de la Traite des Noirs. Du vécu de « tous ces gens que l’on a arraché à leur terre, à leur continent, qu’on a fait voyager, traverser la grande mer et qui ont travaillé comme esclaves dans les champs de coton, de café, de céréales pour alimenter l’Europe ».
Il a fallu aux trois femmes lire énormément, se documenter, pour raconter des « histoires vraies », résume Deborah.

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Les Tisseuses d’Etoiles Deborah Bookbinder, Evelyne Barberino et Lydie Kotlinsky, entre deux représentations à l’Espace Culturel de la Busserine.

Plus que l’histoire de l’esclavage, Evelyne rappelle que c’est « plutôt la naissance de cette musique qu’est le gospel » que les Tisseuses ont voulu partager. « Comment une musique peut naître d’un mélange, d’une histoire humaine triste, comment ce peuple a réussi à créer une sonorité chargée d’émotions aussi intenses, joviales et mélancoliques à la fois ». Pour Lydie, « le gospel est l’adaptation d’un peuple à sa situation humaine », lui qui avait l’obligation de parler anglais, « abandonnant sa langue, et un grand pan de sa culture », précise Deborah.

De l’importance de « reconnaître les fruits de cette histoire là »

Pensé à l’origine pour s’adresser de façon ludique à un jeune public, « Le chant de Dahnani » a très rapidement rencontré un franc succès auprès des plus grands. « C’était une surprise car on ne visait pas ce public, mais les adultes étaient aussi très touchés, très concernés », se souvient Deborah Bookbinder.

S’il permet aux enfants d’apprivoiser des siècles d’asservissement d’un peuple de manière plus imagée que dans un livre, l’engagement qui transpire du spectacle séduit un auditoire plus large. « Nous sommes toutes européennes. Nos pays, et notamment la France, ont participé grandement à la Traite et on le voit aujourd’hui dans ce métissage qui ressort, particulièrement à Marseille », note Lydie Kotlinsky. « Voilà le fruit de tout ça, et c’est important de se situer en tant que citoyen reconnaissant et conscient de cette histoire-là ».
Deborah poursuit : « cette histoire n’est pas morte, l’esclavage persiste aujourd’hui. Cela fait partie du passé mais aussi du présent. Et puis cela touche plus largement au racisme, dont on entend toujours parler. Il y a encore beaucoup de chemin à faire pour régler ce problème ».

Du reste, « Le chant de Dahnani » s’appuie également sur des chansons d’auteurs américains contemporains engagés, comme le groupe féminin de Sweet Honey in the Rock, « très revendicatif », avec ses textes Biko et Echo par exemple.

Le spectacle a beaucoup tourné dans la région, avant d’être remisé durant deux ans, « du fait de la vie », analyse Lydie. Puis grâce au concours de Deborah, qui a déposé un dossier aux Jeunesses musicales de France, il est ressorti des cartons. Dépoussiéré, il a été remanié et remis en scène par Dominique Duby, de l’Atelier du Possible. Les costumes sont signés Stéphanie Bonnaire. En plus du chant, il s’agit désormais d’une réelle performance d’acteurs.

Une tournée et de nombreuses dates verront briller nos Tisseuses de liens étoilés sous d’autres cieux que celui de Marseille : Aurillac, Mons-en-baroeul, Dunkerque, Lille,…
Peut-être un jour iront-elles jouer en Afrique. «  On aimerait bien », avance Evelyne, « mais on ne sait pas comment ce serait perçu là-bas », tempère Deborah. Lydie est optimiste ; un groupe d’artistes congolais présent la veille lui a glissé que « ce serait super de venir le faire chez [eux] », qu’ils le poussent ensemble ce chant, afin de « transmettre une part de cette histoire qui a touché une partie de [leur] peuple ».

Représentation vendredi 8 octobre à 20h30.
Entrée gratuite. Réservation obligatoire.
Espace culturel de la Busserine
Rue Mahboubi Tir
13014 Marseille
Info et résa : 04.91.58.09.27.

Qui sont les trois Tisseuses d’Etoiles ?

Evelyne Barberino, Deborah Bookbinder et Lydie Kotlinsky se sont rencontrées en 1999, à l’occasion de la formation d’un quatuor nommé Iyema, autour du baryton Jean-Michel. Ils oscillaient alors entre deux répertoires : le gospel et… les chants italiens du XVe siècle !
Quelques années plus tard, le groupe se sépare après avoir écumé les écoles, y donnant des conférences chantées sur le thème du gospel. Reste un noyau de trois femmes puissantes, toutes issues du monde de la musique plutôt lyrique, poursuivant l’aventure autrement.

Arrivée à l’âge de dix ans en Guyane, Lydie a l’impression forte de « naître là-bas, d’y découvrir la vie ». Formée au conservatoire, puis férue de jazz, elle vient au gospel par hasard, après avoir quitté Paris pour Marseille.

Evelyne chantait essentiellement du classique, au sein de plusieurs formations. Pour elle qui a toujours aimé le gospel, cette rencontre est un signe : «  il y a quelque chose chez moi qui peut s’exprimer très facilement dans cette musique ».

Anglaise ayant longtemps habité l’Australie, Deborah y a puisé dans la tradition : « là-bas, les gens chantent énormément a capella. Il y a beaucoup de petits groupes vocaux, et fût un temps le gospel était à la mode ». Elle était venue en Europe pour chanter de l’opéra…

Les Tisseuses d’Etoiles étincellent aussi sur la toile.

 



 

 

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