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L’éclat sublime de la médiocrité.

1er avril 2012

Une analyse politique peut se jauger à l’aune de la profondeur de la réflexion dont elle est le résultat. Notre époque nous donne le personnel politique que finalement nous méritons. L’affaire de Toulouse doit, par sa gravité, nous poser question sur la forme et sur le fond. Une fois la condamnation des actes abominables perpétrés par Mohammed Merah unanimement établie, il faudrait que les responsables politiques se gardent de toutes tentatives de récupération politique de ce drame…dans un sens comme dans l’autre.


 

Merah n’est pas un martyr de l’Islam, et le dire c’est déjà une tentative de justification collective que je regrette parce qu’elle répond à une mise en cause plus ou moins assumée de toute une communauté.

Lorsque Anders Brejvik à massacré des dizaines d’innocents personne n’est allé mettre en cause le pape ou les autorités religieuses protestantes. Pourtant son discours et ses actes étaient aussi décousus intellectuellement que ceux de Merah…Mais Merah s’appelle Mohamed et de fait, dans l’esprit de beaucoup, chaque fois qu’un « musulman d’apparence » (puisque c’est la nouvelle terminologie pour désigner notre altérité) commet une atrocité il ne fait aucun doute que c’est l’idéologie mortifère de notre religion qui en est la source, ou notre atavisme violent puisque dès notre plus jeune âge nous sommes habitués à voir des agneaux égorgés…rappelons aussi que nous sommes intrinsèquement des violeurs et des voleurs, des phallocrates militants et que nous sommes à la pointe de tout ce que le coté obscur de notre humanité (ou inhumanité ?) peut produire d’abject, de terrifiant, de monstrueux.

Voilà les bases du débat tel qu’il est posé actuellement. Comment faire alors pours discuter de ce qui doit l’être, d’homme à homme, d’égal à égal, dans ces circonstances et dans ce contexte idéologique qui nous place NOUS les « musulmans d’apparence » dans une situation de justification permanente et de complicité relative à l’égard de tous les événements de l’actualité nationale ou internationale, les deux étant systématiquement liées.

Compliqué, en effet, de répondre à la médiocrité d’un Longuet qui estimait que les enquêteurs avaient perdu du temps en explorant la piste de l’extrême droite, parce que pour ce Monsieur comme pour William Goldnadel il ne faisait aucun doute qu’il ne pouvait s’agir que d’un Musulman.

Difficile aussi de répondre à notre président et à son gouvernement quant à leur empathie à géométrie variable dès lors qu’il s’agit d’honorer la mémoire des victimes. Ainsi Juppé était présent aux obsèques des victimes juives en Israël, et c’est bien qu’il y soit, mais personne n’a accompagné le militaire « d’apparence musulmane » au Maroc sur le lieu de son inhumation…étrange émotion que celle d’une république qui apparemment ne pleure pas ses enfants de la même manière et le fait ostensiblement savoir !

La victoire idéologique du FN est totale, parce que le constat amer que j’énonçais plus haut est l’exact ressenti d’un grand nombre de personnes dans ce pays. Et que les idées du FN ont percolé insidieusement les autres formations prétendument républicaine. L’UMP, mais ce n’est plus à discuter ou à démontrer. Les faits, les décrets, les lois discriminantes et les discours chauvins et xénophobes des responsables de cette formation sont là pour justifier cette assertion.

Mais la contamination est plus large, le mal plus profond puisque même à « Gauche » le venin s’est propagé, amalgamé et progressivement installé dans le cœur et dans les têtes des animateurs de ces formations en général, et plus particulièrement au PS.

Ainsi, dernièrement Monsieur Valls responsable de la campagne de François Hollande et (l’espère t’il) probable futur ministre de l’intérieur, s’est fendu d’une déclaration tonitruante et « abracadabrantesque » sur les dangers de l’islamisation rampante des quartiers populaires qui seraient investis par un groupuscule islamo-salafisto-takfiro-gauchiste du nom de « Printemps des Quartiers ». Et c’est bien entendu là que la médiocrité politique devient inversement proportionnelle à la profondeur de la réflexion, à la pertinence de l’analyse et à la « candeur » de l’objectif.

De quoi s’agit-il ? Le PS ne tient plus (électoralement) les quartiers populaires, et l’équation reposant sur le dogme de l’électorat captif semble de plus en plus caduque. La campagne de François Hollande patinant depuis les attentats de Toulouse et la montée en puissance du Front de Gauche alarme le staff Hollande qui comprend à nouveau que son salut viendra (peut être) de ces quartiers populaires que le PS comme l’UMP à relégué socialement, économiquement et politiquement. Mais le « Printemps des Quartiers » est une épine dans le pied de cette stratégie opportuniste…Un communiqué de Monsieur Valls nous apprend que : « Depuis plusieurs semaines, des figures controversées de l’islamisme et du communautarisme sillonnent nos banlieues sous la bannière du ’Printemps des Quartiers’", des meetings et conférences au cours desquelles "la République est sans cesse attaquée ». L’agressivité et la gravité de l’accusation peuvent étonner voir ébranler certaines convictions. Mais ne nous y trompons pas cette réaction ne s’explique que par la lâcheté intellectuelle et le recours systématique au discours anxiogène sur l’islamisme et le communautarisme et que l’opinion relie invariablement, par réflexe pavlovien, au terrorisme, à Al Qaïda, aux talibans etc. Mr Valls sait pertinemment que si sa mise en accusation malhonnête de ce mouvement rencontre un écho médiatique et que si elle est reprise par d’autres, cela équivaut à une mise à mort politique sans autre forme de procès. Le procédé est odieux et les ficelles sont grosses, bien trop grosses pour que nous nous laissions intimider par des propos sans fondements.

« Printemps des Quartiers » est une tentative de re-politisation de nos quartiers populaires, qui ne se fait ni par le biais de l’Islam, ni par le biais communautaire, la diversité des acteurs et des participants est là pour en témoigner. Elle se fait de manière farouchement autonome et ne s’est pas, jusqu’à présent, fait récupérer par qui que ce soit…et c’est ce qui gêne Mr Valls, parce que la lucidité, la fermeté de ce mouvement et l’écho qu’il rencontre dans les quartiers affole le PS qui n’a pu réitérer son hold up politique de 83, en récupérant la « marche pour l’égalité et les droits » et l’a transformé en « marche des beurs » apolitisée et vidée de son essence politique en escamotant le potentiel hautement subversif des revendications légitimes de cette génération, en les substituant par toute une cacophonie folklorique paternaliste et infantilisante…remplaçant les rêves de justice et d’égalité par une petite main jaune et un slogan tragicomique.

Ce qui gêne Mr Valls et ses amis c’est que, ce n’est pas la république qui est attaquée comme il le prétend, mais bien les partis politiques au pouvoir depuis 30 ans, parce que c’est leur interprétation inégalitaire et discriminante de la République qui est mise en cause. En outre Mr Valls se réapproprie la stratégie rhétorique des Le Pen père et fille, lorsqu’il parle de lui il parle de République, tout comme les Le Pen parle de la France en parlant d’eux même. Les Le Pen ne sont pas la France ! Leur histoire, leur culture politique et leur vision de la société en font les héritiers de la collaboration, de Vichy, de Maurras et de Brashillac…ils ne sont que cette France là !

Tout comme Mr Valls n’est pas l’oracle de la République, et il est temps que lui comme d’autres arrêtent de se prendre pour les gardiens du temple, parce qu’avant de parler de république il faudra avoir un débat sur ce que lui et ses amis entendent par ce mot qui dans leurs bouches sonne creux, ils ne sont pas les dépositaires des vertus de la république, au mieux ils en incarnent quelques vices.

Ce qui incommode Mr Valls c’est qu’il n’y a aucune mansuétude à l’égard du PS et que la décadence de ce parti est régulièrement rappelée par les participants du Printemps des Quartiers qui subissent au quotidien le racisme de l’UMP et le paternalisme étouffant du PS. Auquel il faut ajouter l’affairisme, le clientélisme, le népotisme et l’instrumentalisation politique de la « diversité ». Dois- je rappeler à Mr Valls les affaires en cours dans les bouches du Rhône et dans le Nord ? Dois-je rappeler à Mr Valls l’emprise tutélaire de Guérini, de Frêche et d’autres barons de la Rose sur leurs fédérations respectives ? Dois-je lui rappeler les subventions du conseil régional PACA ? Dois-je lui rappeler de nettoyer devant sa porte avant de jeter des anathèmes et des sorts au gens que sa formation ne subjugue plus ? Dois-je lui rappeler que ces quartiers, comme le marché de sa bonne ville d’Evry, sont pleins de non « Blancos – Whites – Blancs », comme il aime à s’en émouvoir ? Dois-je enfin lui rappeler que pour grimper à l’échelle, il vaut mieux avoir son séant propre ?

Voilà en un mot comme en cent ce que m’inspire la triste réalité du débat politique français…la nausée devant l’éclat sublime de la médiocrité.

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BENSAADA Mohamed

Acteur associatif participant au Printemps des Quartiers à Marseille

 

 

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