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L’affaire du voile décryptée par Laurent Lévy : « La Gauche, les Noirs et les Arabes »

3 juin 2010

Les associations Aix Solidarité et l’ATMF accueillaient mardi au Centre des Congrès d’Aix-en-Provence Laurent Lévy, auteur de l’essai « La Gauche, les Noirs et les Arabes ». Dans cet ouvrage, cet avocat s’est consacré à l’étude des partis d’extrême gauche à travers leur réaction face à l’appel des Indigènes de la République rendu public en Janvier 2005 et à travers le traitement que ces partis ont effectué autour de la loi de 2004 interdisant les signes ostentatoires à l’école. Ayant observé les débats qui ont précédé cette loi, ce militant antiraciste, aussi père des deux jeunes filles voilées exclues de leur lycée pour avoir refusé d’ôter leur foulard, s’est dit surpris des réactions et des « polémiques hystériques » qui ont secoué le monde politique français et notamment celui situé le plus à gauche. Le sociologue Vincent Geisser a également pris part au débat en analysant les discours paternalistes et l’ambivalence de la gauche du début du XXème siècle à aujourd’hui à l’égard des populations issues de l’immigration.


 

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Laurent Lévy, Benoit Hubert (Aix Solidarité) et Vincent Geisser

Avant d’entamer la discussion autour de L’essai de Laurent Lévy, les organisateurs ont d’abord souhaité observer une minute de silence pour marquer leur indignation et pour rendre hommage au courage des humanitaires et des victimes de l’attaque de l’armée israélienne qui ont payé le prix de leur vie pour pointer les caméras vers Gaza, toujours sous blocus israélien. Pour dire non à l’impunité israélienne, une prochaine manifestation de grande ampleur devrait avoir lieu samedi 5 juin à la Porte d’Aix (15h).

« Je ne m’attendais pas à ce que le débat soit aussi âpre »

Le titre de l’ouvrage « La Gauche, les Noirs et les Arabes » ne laisse pas indifférent. Il est même « d’une extrême violence » pour un jeune aixois qui s’est dit choqué après avoir vu l’affiche annonçant la conférence. Choquant à son tour ceux qui ne l’étaient pas en déclarant au public qu’il « n’y avait pas beaucoup de discrimination » en France. Ce que conteste Laurent Lévy qui a analysé les discriminations que subissent les musulmans en évoquant particulièrement « l’affaire du voile » et en analysant les discours paternalistes issus de la république coloniale qui tend à écarter de la citoyenneté « les indigènes ».

Si Laurent Lévy a observé avec attention les débats qui ont précédé la loi interdisant les signes ostentatoires à l’école et qui ont d’ailleurs mis en exergue de nombreuses divisions au sein des associations et des partis d’extrême gauche - « sa famille politique » - c’est parce qu’il est le père des deux jeunes filles voilées qui avaient été exclues par le conseil de discipline de leur lycée d’Henri-Wallon à Aubervilliers pour avoir refusé d’ôter leur foulard et dont la médiatisation a nourri le débat autour de la loi de 2004. « Je ne m’attendais pas à ce que le débat soit aussi âpre » avouait Laurent Lévy aux Aixois. En effet, au cours de ce débat, ce dernier a observé combien la gauche était divisée sur les questions liées à l’immigration, à l’islam et plus particulièrement sur « l’affaire du voile ». Le PCF fût divisé, SOS-Racisme se prononçait pour la prohibition, la LCR devenue NPA était divisée, les courants libertaires, partagés et les Verts, très souvent prohibitionnistes.

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Au cours de débat, « on a entendu des choses ahurissantes »

Le principe de l’école publique, laïque et obligatoire pour tous les enfants vivant en France a toujours été défendu par tous les partis de gauche. Pourtant, durant les débats à l’Assemblée Nationale, l’ancienne garde des Sceaux du gouvernement Jospin, Elisabeth Guigou, sachant que la loi allait aboutir à la déscolarisation de nombreuses filles voilées, déclarait que ces filles avaient la possibilité d’aller dans les écoles privées, limitant de facto, leur droit d’accès au service publique. Une déclaration qui « est passée comme une lettre à la poste » s’est indigné l’auteur, surpris, voire choqué que de tels propos n’aient suscité aucune réaction. Du côté de la droite, « on a également entendu des choses ahurissantes ». Jean Pierre Raffarin, alors 1er ministre a dit, en évoquant les enfants de la 2ème et 3ème génération : « ils sont français comme les autres mais il y a certaines de nos valeurs qui leur demeurent inaccessibles ». Ne provoquant à son tour aucune contestation.

« Des arguments contradictoires et pas juridiquement tenables »

Au cours de cette conférence, Laurent Lévy en a profité pour démontrer que les arguments utilisés étaient « contradictoires et pas juridiquement tenables » pour justifier le recours à une loi. Pour ce dernier, croire que les répressions à travers des mesures de police et des mesures administratives sont un moyen d’assurer l’ordre public face à des jeunes filles voilées est ridicule. « Une lycéenne voilée ne va pas troubler l’ordre public » souligne-il en insistant sur le fait que seuls les dominés gagnent leur émancipation car « l’émancipation des opprimés n’est pas le fait de ceux qui ne le sont pas ».

L’auteur a également regretté le fait que le concept de laïcité ait été revisité par « les fondamentalistes de la laïcité ». Ce dernier explique en effet que la laïcité est un principe qui s’impose à l’Etat, qui touche l’autorité publique et qu’elle ne concerne pas le comportement des bénéficiaires du service public. La décision du Conseil d’Etat fût d’ailleurs sans équivoque : « le port du voile d’une lycéenne ne contrevient à aucun principe de laïcité ». Contrairement à certains « professeurs laïcs qui sont venus donner des leçons de théologie à leurs élèves, le Coran dans la main pour expliquer aux filles voilées que le voile n’était pas mentionné dans le coran » a fait savoir l’auteur.

Il rappelle également que les débatteurs ont développé des arguments détachés de la réalité, en « développant le mythe républicain sur tous les tons » et « en vidant les valeurs de la république de son contenu universaliste. Aujourd’hui, on utilise les valeurs de la République que pour exclure » a souligné à son tour le sociologue Vincent Geisser pour qui aujourd’hui « on est arrivé à mettre dans un vêtement, dans une longueur de cheveux et dans les aliments, les valeurs de la république (faisant ainsi allusion à la polémique suscitée par l’ouverture d’un Quick halal).

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« Il faut remercier les filles voilées, on avait jamais vu autant de féministes »

Laurent Lévy a fait également état de la division qui a touché les féministes dont une partie a crié aux valeurs bafouées et au communautarisme en considérant le foulard comme un symbole d’oppression des femmes. « Il faut remercier les filles voilées, on avait jamais vu autant de féministes » a-t-il lancé avec ironie avant d’ajouter : « je croyais que les féministes allaient prendre la défense des filles voilées, c’est peut-être naïf de ma part mais les principales figures de proue du féminisme se sont tues », portant ainsi préjudice à celles qu’elles prétendent défendre. Et oubliant souvent que l’égalité hommes/femmes n’est pas totalement atteinte dans certains domaines et ethnicisant trop souvent la violence à l’égard des femmes comme le fait le mouvement « Ni Putes, Ni Soumises » a fait remarquer Vincent Geisser.

« On a assimilé le foulard à ce qu’était devenu l’image même du mal » poursuit Laurent Lévy et ce, à travers l’argumentation dite « théologico-politique » portant sur l’argument de l’intégrisme avec la mise en avant d’une distinction entre « les intégrés » et « les intégristes ».

« Dans l’ensemble des arguments prohibitionnistes, on a vu poindre une argumentation d’une république coloniale et d’un paternalisme colonial » a insisté l’auteur qui a mis en évidence la persistance d’une certaine idéologie postcoloniale. A savoir que les Français issus de l’immigration sont considérés comme « d’éternels étrangers ».C’est d’ailleurs ce qui a poussé « la jeunesse populaire postcoloniale » a crée le mouvement des Indigènes de la République (transformé en parti politique en février 2010). L’appel des Indigènes de la République a été rendu public en Janvier 2005 et «  a un soulevé un foin ! » s’est-il exclamé. Cet appel a été signé par un grand nombre de socialistes qui d’ailleurs, « se sont faits traiter de « rouge-brun » par ceux qui ne l’ont pas signé ».

Les Indigènes de la République, dont Laurent Lévy est proche, dénoncent les rapports sociaux coloniaux qui persistent dans la pensée et les comportements politiques dominants d’aujourd’hui qui ont la prétention de vouloir civiliser des indigènes. Comme à une certaine époque, au début du XXème siècle au cours duquel « chaque leader socialiste avait « le complexe de l’instituteur » soulignait Vincent Geisser. « Les socialistes développaient un discours paternaliste et se donnaient pour mission d’éduquer les enfants issus de l’immigration - « les indigènes » - « aux lumières de la citoyenneté ». Une mentalité coloniale qui selon, Myriam, militante de la première heure est toujours d’actualité. Comme à l’époque coloniale en Algérie, les centres villes étaient « blancs » et les périphéries, les quartiers populaires, « Indigènes », comme cela est le cas aujourd’hui » résume-t-elle. « Que fait la gauche de la gauche » interroge-t-elle saluant au passage « toutes ces communautés qui face à toutes les insultes qu’elles subissent aujourd’hui, demeurent pacifistes ».

 



 

 

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