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L’Opéra, triste décorum pour une opération anti-Roms

30 novembre 2010 - Dernier ajout 1er décembre 2010

Pour se mettre à l’abri du froid, plusieurs familles Roms ont décidé il y a quelques jours de quitter le squat de la Porte d’Aix pour s’installer dans un immeuble abandonné appartenant à la municipalité, tout près de la place de l’Opéra. Depuis, elles font l’objet d’intimidations tant en provenance de la police, que du voisinage. Ce matin, elles étaient assignées à comparaître au tribunal d’instance. L’expulsion a finalement été prononcée dans l’après-midi : femmes, enfants et personnes âgées, dont la santé est particulièrement dégradée, risquent de se retrouver de nouveau à la rue, sous une tente de fortune.


 

La justice peut parfois se montrer foncièrement véloce. Occupant depuis un peu plus d’une semaine un immeuble abandonné jouxtant la place de l’Opéra, des familles Roms auparavant installées dans le campement de tentes établi précairement en retrait de la Porte d’Aix ont immédiatement fait l’objet d’une mise en demeure du propriétaire du « squat » ouvert : la mairie de Marseille. Saisi trois jours après l’entrée de la trentaine de personnes dans les locaux, le juge des référés au tribunal d’instance de Marseille, M. Jean-Yves Cuzin, a choisi de faire comparaître les parties dès ce matin. « Vingt-deux adultes et sept enfants mineurs dont des jumeaux de 13 mois ont été assignés, ce qui est assez remarquable ! annonce Me Sophie Semeriva, avocate des familles. Ce qui change dans la procédure, c’est que le propriétaire a saisi en extrême urgence le juge en référé d’heure à heure et qu’on a été entendus immédiatement à 8h30, alors que les audiences débutent toujours à 9h. Et le magistrat a décidé de rendre sa décision dans un délai extrêmement court, c’est-à-dire cet après-midi ». Et Jean-Yves Cuzin, connu pour ses positions radicalement tranchées, n’a pas cillé. Juste après 14h, l’expulsion était ordonnée.

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©Anne-Aurélie Morell/Med’in Marseille

Pourtant, Me Semeriva avait plaidé l’octroi d’un délai de quatre mois, en regard à la situation des familles, comptant nombre d’enfants en bas âge et malades, et du froid qui s’est abattu sur la ville. Se basant sur des textes du droit de la construction et la jurisprudence en la matière, elle espérait gagner quelques mois, correspondant à la trêve hivernale, même si celle-ci ne s’applique pas en matière de squat. De surcroît, « la mairie de Marseille, en tant que personne publique, poursuit normalement une mission d’intérêt général et de service public du logement. Cet immeuble est vacant depuis de très nombreuses années. Il n’y a aucun projet à court ou moyen terme et la municipalité possède un parc immobilier conséquent. L’octroi de délai n’aurait pas obéré sa situation financière », explique l’avocate.
Du côté de la mairie, on justifie la demande de référé du fait de «  l’état de délabrement avancé de l’immeuble », ce que tendent à confirmer des associations contactées. « Nous n’avons aucun élément sur la dangerosité de l’immeuble qui n’est, sauf erreur de ma part, frappé d’aucun arrêté de mise en péril ni d’aucun arrêté d’insalubrité », contredit Me Semeriva.

Retour à la case départ : un campement de tentes offertes au vent, sans eau ni électricité

L’expulsion peut être décidée de façon immédiate. Et c’est ce qu’escompte la Ville, qui assure que le délai entre la signification du jugement et le recours à la force publique sera réduit à sa plus simple expression. « On aura la possibilité de contester en référé suspension » le recours préfectoral, espère encore l’avocate en charge de la défense. Un bien maigre espoir. Framboise, avec son association Action pour la vie, connaît bien les familles de la rue Molière. Elle les suit depuis plusieurs années pour certaines, qui s’étaient rassemblées au campement de la Porte d’Aix après leur expulsion de divers squats. D’autres ont fait l’aller-retour en Roumanie : à l’époque, aucun n’a bénéficié du « geste humanitaire » consistant en une somme de 300 euros et un billet d’avion. Par ailleurs, « lorsqu’une personne profite de ces facilités pour un "retour volontaire", elle est fichée et ne bénéficie plus jamais de cette aide, malgré les rumeurs qui ont attisé la haine raciale cet été », tient à préciser Framboise.
A Opéra, « dès le premier jour, la police est venue. Le deuxième, ils ont procédé à des contrôles d’identité. Le quatrième jour, nous avons pris connaissance du référé. Le cinquième, l’immeuble et ses habitants étaient gazés » (voir notre encadré). Selon elle, « aucune commission n’est venue constater l’insalubrité » des lieux. Des agents de la sûreté publique passent quotidiennement au squat. « La police a dit : nous, on protège le quartier des terroristes, des attentats, donc vous ne pouvez pas rester », relate la militante.

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©Anne-Aurélie Morell/Med’in Marseille

Isa, « citoyenne solidaire », dit simplement : « nous sommes alertés depuis plusieurs semaines de la situation de familles installées extrêmement précairement à la Porte d’Aix. Ils demandent à se mettre à l’abri, parce qu’ils ont des tout-petits, des bébés malades ». Assertions confirmées par Framboise, qui a accompagné différents membres du foyer à l’hôpital : la petite Madalina, sept mois, sort à peine d’une coqueluche ; les jumeaux Samuel et Raoul, âgés de 13 mois, ont des problèmes de bronches ; leur maman a du subir une IVG médicamenteuse, et consécutivement trois jours d’hémorragie, un curetage en urgence et est désormais suivie pour anémie ; une femme fait de la tachycardie depuis la mort son mari il y a à peine un mois et élève seule ses deux grands enfants. Un des hommes présents dans l’édifice partiellement muré a sa femme en prison depuis huit mois, condamnée pour avoir ouvert deux squats, voie de fait assimilée à une effraction pour vol, même si les maisons sont en réalité vides et abandonnées lorsqu’elles sont investies.

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©Anne-Aurélie Morell/Med’in Marseille

Demain, si ces familles sont expulsées, elle retrouveront le seul endroit qu’il leur reste : la Porte d’Aix. Un agglomérat de tentes cachées derrière des rochers et offertes aux intempéries. Là où se rassemblent tous ceux qui n’ont nulle part où aller. Pas d’eau. Pas d’électricité. Pas de toilettes, sinon les abords de l’autoroute...
Que font les pouvoirs publics, peuvent-ils laisser des êtres humains, des femmes, des bébés, des vieillards, encourir le risque de mourir de froid, comme cette femme de 40 ans retrouvée le week-end dernier à Marseille ? Que font les associations, habituellement saisies de ce genre d’affaire ? Médecins du Monde, la Fondation Abbé Pierre, le Secours Catholique et l’Ampil font partie des ultimes maillons de la chaîne. « Les associations font ce qu’elles peuvent, avec le peu de moyens dont elles disposent » admet Framboise, qui ne peut que constater « le manque d’appui concret sur le terrain, surtout Porte d’Aix ». Tout donner pour la vie de concitoyens européens.

Où l’on gaze les « indésirables »…

« C’était la police. Ils ont mis du gaz ». Florentina, 8 ans, raconte comment trois hommes casqués, débarqués en moto, ont dispersé vendredi en fin d’après-midi du gaz lacrymogène dans l’immeuble que lui et sa famille occupent depuis quelques jours. Sur leur veste était inscrit le mot « POLICE ». Toutefois, il paraît difficilement concevable qu’il s’agisse des forces de l’ordre, qui ont par ailleurs vivement contesté leur implication. Dans le même temps, un billet posté par un blogueur de MediaPart parle d’une situation semblable à Lyon, où des agents auraient gazé des garages occupés illégalement. A Marseille, si ce n’est pas la police qui a commis le forfait, qui alors ? « Personne ne peut le savoir », déplore la militante Framboise. Mais la présence de ces Roms, inopportune où qu’ils se posent, et singulièrement dans le centre-ville, en a dérangé plus d’un dans le quartier de l’Opéra, où regorgent les bars à hôtesses. Ce mardi, des agents assermentés sont passés au squat afin de prendre les dépôts de plaintes des personnes gazées.

Plusieurs associations de défense des droits des Roms appellent à une réunion citoyenne le vendredi 3 décembre à 18h30 à la Maison Méditerranéenne des Droits de l’Homme au 34, cours Julien 13006 Marseille.

 

 

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