Articles

 

L’Eurorégion met le cap au sud

10 juin 2008

Pour marquer son attachement à la méditerranée ainsi que sa volonté de développer des liens plus solides entre les différentes régions qui la constituent, la Région PACA qui préside cette année l’Eurorégion Alpes-Méditerranée pour une durée de six mois, a mis « le paquet ». Une exposition pour célébrer l’évènement comme il se doit, inaugurée ce lundi par le président de la Région Michel Vauzelle, a réunis les cinq régions principales de ce projet afin de laisser entrevoir les prémisses de notre futur devenir « franco-euro-méditérrano-italien ». En moins barbare, « Tous citoyens de l’Eurorégion », intitulé même de cette exposition.


 

Des représentants des trois régions italiennes partenaires (Vallée d’Aoste, Ligurie, Piémont), un représentant de la région Rhône-Alpes ainsi que de nombreux marseillais, jeunes et moins jeunes, des lycéens. Environ deux cent personnes au total étaient réunies pour l’évènement qui doit impulser des liens avenir plus fort, afin d’ « être mieux reconnus au niveau européen. Pour que l’Europe qui est plutôt tournée à l’Est en ce moment, n’abandonne pas son sud » selon les mots de Michel Vauzelle.

Sur une surface de 80 m² environ, tous ont pu admirer en photos et sur écrans plats de différentes dimensions la beauté des paysages italiens comme français. Ils ont pu lire également, des citations de grands auteurs, écrivains de renoms, scientifiques, poètes, ornant les murs blancs de la salle.
Ces Stendhal et autres rêveurs, tous un peu idéalistes, tous un peu fous, qui osèrent sans compter sur l’essor technologique que l’on connaît aujourd’hui, se laisser aller au rêve insensé d’une union des peuples au-delà des frontières. Un héritage fait de nombreuses histoires et de mille espoirs que l’on entend préserver et chouchouter en Région PACA.
C’est à se demander si le Président de la Région lui-même n’a pas contracté cette fièvre poétique, cet inconcevable penchant au rêve qui n’est plus le bienvenue en ces temps de pénurie d’essence et de real politique shows tourné à la sauce française.
A l’entendre évoquer son désir d’union, tout porte à croire que le résident de l’Hôtel de Région a choisit son camp et sa part de rêve.
Au-delà de son projet de « réunir ces deux régions françaises et ces trois régions italiennes pour avoir plus de poids et de voix au niveau européen comme au niveau national », sa volonté d’un futur « bilinguisme franco-italien plutôt qu’anglais pour l’espace Eurorégion Alpes-Méditerranée » laisse du moins dubitatif quand on sait le succès de l’anglais et la facilité avec laquelle il se propage dans notre quotidien depuis plusieurs décennies.

JPEG - 23 ko
M. Vauzelle et ses homologues italiens entre rêve et doute

M. Vauzelle reconnaît néanmoins qu’il y a encore « un immense travail à faire pour le dialogue interculturel ».
Pour cela, il entend mobiliser tous les efforts, notamment au niveau des transports avec « un projet de liaisons ferroviaires : Turin-Lyon, Turin-Marseille ».
C’est là aussi risquer de compter sans le profond désaccord d’une population frontalière de Lyon qui quelques années auparavant avait brandit déjà tout son refus de voir son paysage défait et son activité économique chamboulée par le TGV, un invité non désiré à ses portes censé lui faciliter la vie par plus de rapidité.
Rythme ou mode de vie, parviendrons-nous à accorder nos violons pour nous mettre au diapason avec nos voisins-cousins italiens ?

Le Président de la région PACA semble pour sa part, à ce propos confiant.
Plus particulièrement lorsqu’il s’attache aux points communs des régions italiennes et françaises : « l’histoire, la géographie, la culture, un potentiel économique et technologique rapprochent les dix-sept millions d’habitants de l’Eurorégion Alpes Méditerranée ».

JPEG - 43.7 ko
Aux frontières d’un espace euroméditerranéen

Pour ce qui concerne l’histoire commune des régions franco-italiennes concernées par le projet, celle-ci est en effet éloquente.
Les fortes vagues d’immigrations italiennes successives sont un facteur à ne pas négliger. Les chiffres révèlent que 80% des étrangers de Marseille entre 1870 et 1930 étaient d’origine italienne, constituant ainsi 20% de la population locale. En 1931, la France recense 800 000 ressortissants italiens. La dernière grande vague de migration italienne qui a eu lieu pendant la seconde guerre mondiale compte 30% d’immigrés italiens originaires du Piémont.

JPEG - 42.5 ko
M Vauzelle avec à gauche M. Ronzitti : conseiller de l’assemblée régionale de Ligurie, à droite M. Mahrnanne :chargé des relations internationales et de la coopération en région Rhônes-Alpes.

De cette histoire croisée et des nombreux autres points communs, M. Vauzelle entend faire une force économique. Pour lui cette union demeure : « Un bien pour l’emploi et la jeunesse pour que cette dernière n’ait nulle besoin de s’expatrier, qu’elle reste ici chez elle et qu’elle puisse faire bénéficier sa région de ses compétences ».
Mais aussi une force institutionnelle : « pour se faire mieux entendre à Bruxelles ».

L’Eurorégion Alpes-Méditerranée dont le statut juridique est encore en devenir est également un moyen de soutenir la décentralisation et d’aspirer à plus d’autonomie pour les régions françaises : « La France est le dernier pays encore centralisé avec une domination encore trop importante de Paris, contrairement à l’Italie ou à l’Espagne dont les régions ont un véritable poids et une réelle force ». Un projet là aussi en perpétuel devenir qui fait que certains réclament plus de liberté et d’autonomie quand d’autres aspirent encore à l’union nationale comme à un idéal.

La volonté politique du président de la région PACA de construire de grands réseaux solidaires dans les domaines de l’industrie, de la recherche, des transports et de l’environnement a ainsi vivement été saluée et applaudie par l’ensemble des personnes présentes ainsi que par les responsables italiens, représentants d’un jour et non principaux délégués institutionnels ou élus de leur régions.

En admettant que chacun ait droit à sa part de rêve et en attendant la future présidence de la région de la Ligurie dans six mois ainsi que l’officialisation juridique de l’Eurorégion, reste à espérer que cette toute nouvelle union faite de grands et nobles projets ne vire pas à un mariage à l’italienne.
Car dans un tel cas, peut-être nous faudrait-il alors entrevoir un jumelage Marseille-Naples ! Mais ceci reste une autre histoire, Sud-Sud.

 

 

Autres articles Euro medEuropeArchives : Année européenne 2008 du dialogue interculturel

 

Articles récents

Articles au hasard