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L’Europe Du Peuple !

10 mai 2009 - Dernier ajout 10 juin 2009

Nice, Maastricht, Lisbonne autant de noms de villes qui symbolisent désormais l’implacable logique ultralibérale et sa traduction politique comme autant de traités iniques imposés aux peuples européens. Le sens de l’histoire aurait voulu que l’humanisme soit un des socles fondateurs de l’Europe politique et au contraire c’est le mercantilisme qui prévaut, ce à quoi nous conduit la ratification « scélérate » du traité de Lisbonne est la négation absolue du principe de souveraineté du peuple : en effet si l’idée de départ est bonne et si l’échelon européen est judicieux pour appréhender les problèmes macro économiques que pose la mondialisation, il semble que le logiciel européen ne soit pas configuré de la bonne manière ; ce n’est pas l’Europe qui pose problème c’est l’idée que s’en font les responsables européens engoncés dans la certitude absolue que l’Europe n’est qu’un rouage « technique » de la mondialisation néolibérale et qu’elle est de fait entièrement assujettie aux règles du Marché. C’est ce suivisme coupable, cette incurie atavique et cette incapacité à imaginer l’Europe comme une solution aux dérèglements planétaires induits par la cinétique destructrice de la barbarie capitaliste, qu’il faut combattre.


 

Nous ne pouvons pas faire abstraction du contexte dans lequel se déroulera ce scrutin, la crise financière s’est muée en crise économique d’une ampleur sans précédent, certains experts estiment que celle-ci détruira entre 50 et 70 millions d’emplois dans les « pays développés », en France les plans sociaux se succèdent à une vitesse vertigineuse jetant dans le marasme et l’incertitude du lendemain des centaines de milliers de foyers comme autant de drames et de destins sacrifiés à la logique anthropophage du néolibéralisme.

Les européennes 2009 seront un nouveau test pour l’ensemble de la gauche progressiste et altermondialiste, un test pour savoir si nous sommes désormais plus nombreux à refuser l’enfer des dérèglementations économiques, le « tout marchand » placé au dessus de l’homme, les dogmes absurdes de la croissance, de la surconsommation et de la centralité de la valeur Travail dans nos sociétés. Serons-nous assez nombreux pour faire reculer le crédo du désespoir que véhiculent les hordes ultralibérales galvanisées par la certitude qu’il n’y a pas d’autre alternative ?

I. L’Europe, Gouvernance & citoyenneté.

Les distances qui séparent Bruxelles et Strasbourg de nos quartiers semblent incommensurables et l’impact des directives et des décrets qui y sont promulgués minime, pourtant cet ensemble de décisions régissent notre quotidien et modifient indéniablement nos habitudes de consommation et de production, c’est sans doute dans le monde du travail que la transformation est la plus spectaculaire, parfois dans le bon sens, souvent dans le mauvais. C’est le décalage entre la réflexion technocratique et la réalité culturelle ou économique des territoires et des domaines d’activités dans lesquels ils seront appliqués qui incite à la défiance et à l’euroscepticisme.
La tendance lourde de la gestion des politiques européennes confine à l’homogénéité et a l’uniformisation des us et coutumes, or les peuples tiennent en général à ce qui fait leur identité, non pas en terme de Nation mais en terme groupe culturel. Cette réalité est partiellement occultée par l’administration européenne et conduit à mettre en place des méthodologies de travail, des Process industriels inapplicables ou a la remise en cause du patrimoine culturel de tel ou tel territoire (produits du terroir…). C’est, bien évidemment, la logique commerciale et la soumission à la « loi du Marché » qui engendre cette dérive.
Les parlementaires européens se retrouvent souvent en première ligne pour défendre tel ou tel produit local, mais c’est là que le bât blesse, le parlement européen ne joue souvent qu’un rôle consultatif, symbolique. Le pouvoir législatif des institutions européennes est constitué par le Parlement, le Conseil de l’Union et la Commission européenne, le parlement européen a pour lui la légitimité démocratique puisque ses membres sont élus au suffrage universel directe, le conseil est formé des ministres des pays de l’UE et les membres de la commission sont nommés ;
Si l’on définit la Démocratie comme étant le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple, nous assistons là a une véritable usurpation des prérogatives démocratiques et a un affaiblissement du parlementarisme représentatif.
Le fonctionnement du corps législatif Européen est à réformer incessamment, il est le pendant des basses manœuvres politiciennes qui nous ont menées du Non au référendum du 29 Mai 2005 jusqu’au traité de Lisbonne.
Nous militons pour une réforme institutionnelle européenne qui redonnerait du sens à l’implication citoyenne en remettant l’intégralité de l’arsenal législatif entre les mains des parlementaires européens et pour l’introduction et la mise en place constitutionnelle du Référendum d’Initiative Populaire.

II. L’Europe et les Quartiers Populaires.

La France est entrée en récession, ainsi que ses voisins européens, depuis cette année et la crise est devenue une réalité tangible, sinistre et omniprésente dans le quotidien de la majorité de nos concitoyens, les annonces de plans sociaux et les fermetures d’entreprises se succèdent comme une terrible litanie médiatique qui ne masque plus une réalité individuelle et collective dramatique ;
L’impasse économique, le manque de débouchés, le chômage endémique, la baisse du pouvoir d’achat sont autant de maux que les quartiers populaires subissent depuis 30 ans. Cette crise fait partie intégrante de la vie des habitants de nos quartiers, elle détermine même la façon de se comporter, d’être et de se percevoir dans la société, dans la Nation et dans l’Europe, ou plutôt la façon de « ne pas être ». La désaffection des quartiers populaires pour la chose publique est patente, elle n’est plus a démontrer, il est nécessaire de l’analyser et de tenter de l’interpréter.
Depuis 30 ans ces quartiers sont abandonnés par les pouvoirs publics, les investisseurs et les décideurs financiers ; Souvent la variante « ethnique » est mise en avant pour schématiser, caricaturer et couper court à toutes velléités de dialogue constructif et de recherche de solutions globales et durables.
L’insurrection de 2005 est un exemple douloureux pour les populations qui vivent dans nos quartiers, la révolte de jeunes Français est née du sentiment d’injustice et d’abandon, du désœuvrement et de la misère, la mort tragique de deux innocents a mis le feu à la poudrière sur laquelle l’ensemble de la société française est assise ; Rien n’a été fait depuis et ni la politique répressive de Sarkozy, ni le plan banlieue ridicule de Fadela Amara (500 million d’€, a mettre en perspective avec les Milliards alloués au Banques responsables du chaos financier actuel) ne ramèneront la concorde dans ces quartiers. Nous parlons d’insurrection parce que telle fut la réalité de cette crise sociétale, la jeunesse des quartiers populaires fut accablé par l’ensemble de la classe médiatique et politique, les termes révulsant de « barbares », d’émeutes « ethniques » et de « complot islamiste » furent utilisés a dessein pour effrayer le reste de la population Française et désolidariser ce mouvement des autres classes sociales. La revendication première des émeutiers était que la justice soit la même pour tous, la deuxième était que la république reconnaissent les habitants des quartiers populaires et cette jeunesse comme faisant partie intégrante de la Nation, cette revendication s’exprimait au travers du geste mille fois répété par les jeunes gens qui brandissaient leurs cartes d’identités lorsque des caméras les filmaient. En Mai 68 c’est la convergence des luttes estudiantines et ouvrières qui a embrasé le pays et a profondément changé l’histoire du pays ; en 2005 cette convergence n’a pas eu lieu, bien au contraire, la désinformation ayant réussie a rendre les combats trop « dissemblant » et même a dresser toute une partie de l’opinion publique contre la jeunesse des quartiers. Les mots reviennent dans l’histoire et nous donnent à réfléchir, Adolphe Thiers et les Versaillais traitaient les communards de racaille, Sarkozy fit de même avant la révolte de 2005. Les politiques de la ville successives, ne font pas du développement de nos quartiers une priorité et depuis que la droite est au pouvoir, les maigres avancées obtenues sont disputées âprement et le recul est global. La faiblesse des moyens nationaux engagés dans la « réhabilitation » de nos quartiers traduit le peu d’intérêt du pouvoir actuel au sujet de cette question, l’Europe peut elle se saisir de cette problématique et mettre en place une Politique de la Ville Européenne ? C’est en réinvestissant massivement dans ces quartiers que le changement se produira, réinvestir dans tous les secteurs d’activités économiques et sociales : La santé, l’Education, les Transports, la Culture, la Vie associative, l’Environnement, le Logement et surtout l’Emploi. Un train de mesure complet qui aboutisse a réelle souveraineté économique des quartiers populaires ; Si une politique ambitieuse est suffisamment dotée est initiée, c’est la cohésion sociale, le dynamisme économique et la salubrité démocratique qui seront restaurés.
L’Europe des Peuples ne se fera pas sans le Peuple des Quartiers Populaires !

III. L’Europe et le Monde

Quelle est la place de l’Europe dans le monde ? Si l’on s’en tient à ce qu’elle est aujourd’hui elle n’est pour l’heure qu’un énorme marché commercial dans lequel la liberté de circulation n’est octroyée qu’aux marchandises, n’ayant aucune existence politique réelle elle n’influe pas sur la mondialisation mais tente seulement de suivre le rythme et la logique infernale de la maximisation des profits.
L’Europe ne serait donc plus en capacité de proposer une alternative au capitalisme et a la dictature du marché. Pourtant partout dans le monde la résistance s’organise, en Inde, en Afrique, en Europe ou les salariés s’organisent en coopérative et surtout en Amérique du sud, au Venezuela, en Bolivie un vent nouveau se lève, un vent qui souffle des principes que nous avions crus ensevelis à jamais.
Là bas on parle de nationalisation des ressources et des grandes entreprises, on parle de solidarité, de dignité du peuple, de préservation de la biodiversité, là bas les concepts de lutte de classe et de politique de classe sont assumés sans complexes, là bas on ne se contente pas de rêver d’un autre monde…ils le font, dans la douleur, la lutte et l’espoir qu’un jour les gens pourrons vivre de leur travail, éduquer leurs enfants, les nourrir, les vêtir et les soigner décemment ! Ce monde, renverserait l’actuel si l’Europe s’y mettait aussi ; mais l’Europe politique reste encore à construire et le tocsin n’a pas encore sonné pour mettre fin au règne de l’individualisme néolibéral.
Cette Europe politique, économique, fiscale, administrative qui serait mue par la volonté farouche de promouvoir l’égalité, la justice et la solidarité comme piliers de sa construction, une Europe qui mettrait tout en œuvre pour imposer une nouvelle gouvernance planétaire, une Europe qui éliminerait le FMI et l’OMC et doterait le monde d’organismes de régulation des flux économiques équitables dont l’unique objet serait de garantir aux être humains sans distinction d’âge, de sexe, d’origine ou d’obédience les droits et les besoins les plus élémentaires qui soient : se nourrir, s’habiller, se soigner, travailler et être rétribué dignement, s’éduquer, étudier, s’exprimer…en un mot vivre et non pas survivre, Utopie ? La FAO dans un rapport récent indique qu’en l’état actuel des techniques l’agriculture mondiale pourrait nourrir 12 Milliards d’humains, nous sommes 6 Milliards et des millions d’hommes meurent de faim chaque année ! Est-ce tolérable ? Est-ce acceptable ?
L’Utopie habite plutôt l’esprit des laudateurs du capitalisme lorsqu’ils croient continuer à penser et agir dans un système infini alors que les ressources s’épuisent et que la détérioration de notre planète semble irréversible. L’Union européenne doit devenir la traduction politique de cet ensemble de luttes et s’ériger en modèle sociétal pour le reste du monde. C’est le vœu que nous formulons pour un avenir que nous espérons proche. Pour l’heure nous souhaitons que l’Europe se remette en adéquation avec les déclarations de principes promulguées à longueur de temps par les responsables européens en prenant des mesures « d’urgences » :

- Nous militons pour l’annulation de la dette des pays pauvres et nous souhaitons que l’UE incite les états membres a renoncer à ce carcan impérialiste dont les conséquences sont effarantes sur la vie des habitants des pays du sud. L’ordre mondial ne peut plus reposer sur cette injustice !

- Nous souhaitons que l’UE suspende immédiatement tous les programmes de coopération, les accords commerciaux et les subventions alloués à l’état d’Israël jusqu’à ce que ce dernier respecte enfin le droit international, que les crimes de guerres soient punis et les criminels traduit devant la CPI, la justice est une et il ne peut y avoir d’état d’exception !

- Nous nous insurgeons contre la directive du retour dite directive de la honte qui instaure à l’échelon européen la criminalisation de l’immigration, nous revendiquons la citoyenneté universelle et l’arrêt des dispositifs paramilitaires de type Frontex qui transforme l’Europe en citadelle, l’immigration n’est pas un problème, elle n’est qu’une conséquence de l’iniquité mondiale.

- Nous souhaitons l’entrée de la Turquie dans l’UE, l’ouverture sur le monde musulman serait un signe symbolique fort en accord avec l’universalisme européen, ce serait de plus une décision économiquement pertinente, n’en déplaise a l’instrumentalisation électoraliste malsaine qu’en a fait Sarkozy.

IV.L’Europe, La Gauche et la responsabilité des Partis

Il ne suffit plus de défiler lors des manifestations unitaires et le 1er Mai pour signifier son appartenance à la gauche, c’est pourquoi notre propos sera destiné à l’ensemble des forces progressistes. Face à nous muré dans son autisme notre gouvernement veut accélérer le « train des réformes » le gouvernement Sarkozy – Fillon continue donc sa politique pyromane de destruction des acquis sociaux et de protection de l’actionnariat, de la finance et des privilégiés (bouclier fiscal).
Le déni de réalité et le parti pris évident en défaveur des couches moyennes et défavorisées conduisent a une prise de conscience populaire massive et à une réprobation unanime de cette politique. Pour autant ce vaste mouvement social ne trouve pas de traduction politique « sérieuse ».
Non pas que les projets n’existent pas, au contraire, le Front de Gauche, le NPA, la fédération, Utopia, les Alter écolos proposent chacun des projets de société alternatifs séduisants, crédibles et viables.
Les divergences de fond existent et il ne faut pas les remiser, il faut en discuter en recherchant les compromis acceptables (et non pas la compromission), nous sommes sûrs que les barrières « artificielles » que ces organisations politiques dressent entre elles sont franchissables et qu’elles ne deviennent des préalables de négociations qu’a partir du moment où les stratégies partisanes sont arrêtées ! Les séquences électorales se suivent et se ressemblent désespérément, parce que la maladie incurable dont souffre la vraie Gauche est double, son manque d’unité et l’emprise tutélaire qu’exerce le PS sur une partie de cette Gauche ! L’union a tout prix est un non sens, mais nous défions quiconque osera prétendre que la somme des divergences qui existent entre les positions des ces partis est supérieure au centième de la somme des convergences qui les rassemblent.
Nous avons milité dans le sens de cette union parce que dans nos quartiers ces querelles picrocholines discréditent la vraie gauche et la fait passer aux yeux du plus grand nombre comme une hypothèse « romantique ». La dureté de la Droite, la faillite de la gauche sociale démocrate et l’ampleur de la crise aurait du nous mener à cette union. Nous sommes une association citoyenne et notre périmètre d’influence est limité, mais nous reprendrons les mots de Marat qui disait : « Quelquefois les plus petits ressorts font mouvoir les plus grandes machines. ». Dans cette bataille des européennes 2009 nous avons l’ambition d’être un de ces petits ressorts !

V. Pour une Europe du Peuple !

En conséquence de quoi nous nous inscrivons dans la logique du Front de Gauche, parce que même si l’union n’est pas aussi large que nous l’aurions souhaité et en dépit de l’argumentaire qui consiste à opposer unité électorale et unité d’action, ce en quoi nous ne voyons aucune antinomie, nous pensons que l’ouverture qu’offre le PC et le Parti de Gauche doit être saluée et encouragée. Nous restons cependant vigilant et nous continuerons à militer pour que ce Front de Gauche ne soit pas une comète politique et que l’avenir des organisations qui le compose se fasse dans la cohérence et la continuité !Nous avons donc l’espoir que ces listes envoient au parlement un maximum de députés, démocratiquement mandatés par le peuple pour le représenter et faire entendre cet appel à Strasbourg, un autre monde, une autre Europe est possible ! Une Europe d’hommes et de femmes libres et égaux, une Europe où l’humain prévaudrait sur les considérations financières, une Europe solidaire et généreuse. Une Europe dans laquelle le peuple serait la préoccupation première des dirigeants …

Une Europe du peuple !

 

 

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