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L’Aïd sacrifiée… Mais par qui ?

19 novembre 2010

Petite devinette : à qui incombe le fiasco venu ternir la célébration de l’Aïd ce mardi à Marseille, le site des anciens abattoirs n’ayant pas ouvert ses portes au public ? 1) A la mairie ? 2) Au Comité des Chevillards ? 3) A la préfecture ? 4) A la communauté musulmane ? Bien malin celui qui saura y répondre de manière tranchée. En revanche, nous avons été à la rencontre de tous les acteurs de cette véritable pièce vaudevillesque, afin qu’ils s’en expliquent. Et demandé à chacun à quoi l’on pouvait s’attendre pour l’année prochaine…


 

Voilà, clap de fin pour l’Aïd 2010. Après deux jours de fête pour les musulmans pratiquants de Marseille, avec le traditionnel sacrifice de mouton, nous désirions revenir sur l’embrouillamini qui a entouré jusqu’au dernier moment la mise à disposition, ou non, du site d’abattage sis aux anciens abattoirs de Saint Louis. Durant plusieurs mois, les protagonistes de l’affaire se sont livrés à une véritable partie d’échecs, dont on ne sait qui est sorti gagnant ou perdant. Seule certitude : la communauté musulmane marseillaise a éprouvé bien des difficultés pour sacrifier à la tradition.
Les forces en présence : la mairie de Marseille, avec Martine Vassal, adjointe au maire en charge des emplacements, de l’espace public et de la qualité de la ville ; Salah Benmessaoud, président du Comité des Chevillards de Marseille (CCM) ; la préfecture, qui chapote chaque année l’organisation de la fête, afin qu’elle réponde à des normes sanitaires strictes ; et bien sûr les musulmans de Marseille, intéressés au premier chef.

Piqûre de rappel historique :

Depuis 1989, la mairie de Marseille s’associe avec le CCM, afin de lui assurer un soutien logistique pour l’organisation de la célébration. Plus de vingt ans donc, que le site des anciens abattoirs accueille ponctuellement une chaîne d’abattage à cette occasion. Jusqu’il y a deux ans, un bâtiment plus ou moins à l’abandon servait à l’abattage traditionnel, quelques jours par an. La simplicité même, selon la préfecture, puisque subsistaient «  une sorte de bergerie, des couloirs le long desquels les gens pouvaient choisir leur mouton, et une chaîne d’abattage ». Or, en 2008, alors que Martine Vassal vient d’obtenir la délégation de l’espace public marseillais, une étude pousse la mairie à prendre un arrêté de mise en péril. « Le toit s’effondrait », avance l’adjointe au maire. Lors de la destruction du bâti, l’élue fait «  conserver la dalle, pour permettre beaucoup plus facilement la récupération des déchets », résultant du dépeçage de la bête. Le rituel se déroule cette année là, puis en 2009, sous des auvents, installés provisoirement, et sous lesquels sillonne la chaîne d’abattage. Ce dispositif semblait satisfaire, vaille que vaille, toutes les parties.
Mais voilà que la construction de la future grande mosquée s’annonce. La mairie lui réserve l’emplacement (notons en passant que la grande mosquée reste depuis une coquille vide). La municipalité désire cette fois « s’y prendre à l’avance », d’autant qu’un permis de construire est déposé ; en juin 2010, la Ville publie donc un communiqué de presse à l’attention des chevillards, indiquant que le terrain de Saint-Louis ne pourra leur être affecté en novembre. Selon Martine Vassal, « les chevillards ont souhaité que l’on mette à leur disposition un autre site, plus pérenne ». Trois endroits sont pressentis : le premier, appartenant à l’Etat est finalement et « malheureusement » vendu ; le second « ne faisait pas le bonheur de tout le monde, notamment des élus du 15e arrondissement », argue l’adjointe au maire ; la proposition d’un troisième et dernier terrain, situé en contrebas du centre commercial Grand Littoral, n’aurait pas appelé de réponse de la part du CCM. « Nous n’avons jamais entendu parler de ce site ! », proteste Salah Benmessaoud.

Epreuve de force

Le bras de fer commence, fait de communiqués officiels, de réponses par voie de presse. En septembre, la demande de permis de construire déposée sur le site des anciens abattoirs est rejetée. La mairie revire de bord et annonce aux chevillards que le terrain pourra leur être alloué pour l’Aïd. « Là, j’ai eu l’impression de mettre les pieds dans le plat, explique Martine Vassal. Ca ne les intéressait pas du tout de faire l’Aïd en vérité, et je crois que c’est ça le fond du problème ». Salah Benmessaoud s’érige contre ces allégations, décrivant l’organisation à mettre en place durant un tel événement. « Impossible de préparer en quinze jours une grande manifestation pareille, où 8 à 10 000 personnes se rendent ». Trois semaines avant l’événement, la municipalité estimant qu’aucune réponse ne leur parviendra, Martine Vassal fait voter une subvention de 30 000 euros au CCM, afin de couvrir – comme à l’accoutumée – les frais de logistique. Selon elle, il ne fallait plus attendre : « il faut trois semaines pour passer un marché public à procédure simplifiée. Alors j’en ai parlé au maire, qui m’a réaffirmé que son soutien [à la manifestation] était toujours entier. La subvention a été votée à l’unanimité des élus municipaux. Et nous leur prêtions le site des anciens abattoirs ». Salah Benmessaoud garantit de son côté que « jamais nous n’avons demandé à ce qu’une subvention nous soit votée ».

Ping Pong

Dans un communiqué passablement corrosif, la Cobema (Communauté arabo-berbère de Marseille) met en accusation la municipalité, attaquant frontalement son adjointe en charge de l’espace public : « à moins de deux semaines de l’Aïd les problèmes commencent à poindre et rien n’a été préparé. […] la mairie veut imposer son désordre mais il semble, pour notre plus grand plaisir, que le CCM ne veuille plus s’y soumettre ». Ce à quoi répond Martine Vassal : « je me réserve le droit de porter plainte ». Les uns accusent les autres, qui de ne pas s’être présenté à une réunion de conciliation organisée par la préfecture, qui de ne pas satisfaire à la plus mineure des requêtes.

Martine Vassal : « Le Comité des Chevillards s’y prend toujours à la dernière minute ».
Salah Benmessaoud : « Nous sommes déçus car nous avions vraiment confiance. Ils n’ont pas respecté la communauté ».
M.V. : « Si j’ai un mur devant moi, je ne peux pas aller au-delà ».
S.B. : « On ne demande pas grand-chose, seulement que l’on nous octroie un site ».

Pas de dialogue, pas de communication, pas d’abattage de moutons. Et allez démêler le vrai du faux.

D’autres sites d’abattage existent, rappelle Mme Vassal. En effet, douze ont reçu un agrément de la préfecture. Néanmoins, un seul d’entre eux se trouve sur la commune de Marseille – au marché aux puces – les autres étant éparpillés dans le département. Pour la communauté musulmane, et notamment pour les « vieux » qui ne sont pas véhiculés, il relève de l’exploit de s’y rendre. Le risque, selon le président du Comité des Chevillards, c’est « un retour quarante ans en arrière, avec des abattages clandestins, et tous les risques sanitaires que cela implique ».
Par ailleurs, la communauté musulmane ne devrait-elle pas s’organiser et financer seule cette partie du culte ? C’est ce que tendent à dire le CCM et la Cobema. « Si nous avons un terrain, nous n’avons pas besoin d’aide logistique », assure Salah Benmessaoud. « En 2008 […] sans aucune aide de la mairie, sans aucune subvention, nous avons réussi, grâce à la mobilisation d’amis et d’adhérents, à dresser un chapiteau de 80 m² pour protéger les visiteurs des intempéries », rappelle la Cobema.

Que « cent sites d’abattage fleurissent »

Finalement, Martine Vassal renvoie la balle à la préfecture. « Il faut savoir que c’est la préfecture qui est responsable de l’abattage des moutons et tout cela se fait sous son égide », affirme l’élue. Côté préfecture, ce n’est pas le même son de cloche : « Nous n’avons pas fonction d’organisateur de l’Aïd, qui est une fête religieuse, et qui sur ce volet plus particulièrement a un caractère commercial ». L’institution ne dispose en outre d’aucun pouvoir coercitif. Elle ne fait qu’avaliser des projets, selon la qualité du dossier. Cependant, notre correspondant estime que « plus il y a de sites agréés, mieux c’est » et souhaite que « cent sites d’abattage fleurissent » si ça peut permettre que la fête se déroule dans des conditions satisfaisantes et décentes.
Alors quid de l’avenir ? L’adjointe au maire n’avance aucun pion, laissant le choix aux chevillards : « c’est à eux qu’il faut le demander ». Le CCM se dit prêt à s’asseoir à la table des négociations pour l’organisation de l’Aïd 2011. La préfecture ne peut mieux faire que de réunir toutes les parties prenantes « dès le printemps ».
L’intérêt général, et celui de la communauté musulmane pratiquante en particulier prévaudra-t-il l’an prochain, loin des bisbilles et manœuvres des uns et des autres ? La suite, au prochain épisode…

 

 

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