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L’Aïd dans la cité, les derviches font tourner la tête des marseillais

23 novembre 2009 - Dernier ajout 24 novembre 2009

Salle comble vendredi soir au théâtre du gymnase pour l’avant première de la sixième édition de l’Aïd dans la cité. Un point d’orgue néanmoins cette année : la venue des Derviches tourneurs de Konya. Un rendez-vous de prestige où se mêlent art et spiritualité, folklores et extase ; Surtout une opportunité pour les marseillais de découvrir « à domicile », l’une des plus célèbres confréries soufie. Tour d’horizon donc autour de ce fameux ordre mystique musulman qui n’en finit pas d’envouter.


 

Un rendez-vous très attendu

Fallait-il prévoir cette masse s’agglutinant à l’entrée du petit théâtre place du lycée Thiers, se marchant sur les pieds, se bousculant aux abords des marches des escaliers ?

Huit heure trente passé seulement de quelques secondes, les regards se fixent déjà sur les cadrans des montres et les premières notes d’impatience se font entendre dans la foule. La nervosité est palpable, l’ambiance électrique. L’évènement, si rare à Marseille !

8h33 précise, sonne le glas annonçant enfin la possibilité de regagner les places tant convoitées. De retentissant « Ha ! » de satisfaction survolent le flot de spectateurs qui se disloque aussitôt à travers les différents coins du vestibule dans un mouvement digne des premières heures d’ouvertures de magasins en période de solde. Ici, pourtant, rien à consommer. Faut-il que la nourriture de l’âme se brade elle aussi à bas prix ? Sans baigner dans un aspect mercantile ou dans un spiritualisme échaudé, les derviches tourneurs de Konya acceptent et assument totalement le côté mise en scène et spectacle de leur pratique. D’ailleurs, comme l’explique l’ethnomusicologue Sami Sadak « sous l’Empire Ottoman, la première chose que faisait un empereur lorsqu’il se rendait en Anatolie, était d’assister à une représentation de derviches tourneurs ».

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Alors Messieurs, Dames, puisque le fait de partager une cérémonie ne pose depuis des siècles, aucun problème à ces maîtres soufis, prenez donc place. Que le spectacle commence !

Un spectacle truffé de symboles

Près d’une heure et demie de chants religieux, de poèmes mystiques issus du « Mesnevi » (répertoire de la confrérie Mevlevie) accompagneront l’entrée en scène puis les quarante cinq circonvolutions des derviches de Konya jusqu’à la clôture marquée par le fameux howa (lui en arabe), invoquant le Très haut. Une représentation dont le moindre détail renferme une richesse symbolique inouïe. De la tenue vestimentaire à l’emplacement de chaque danseur en passant par la gestuelle de ceux-ci, tout est matière à enseignement et découverte.

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Vêtus de longues capes noires qui les distingue des autres confréries soufies et symbolisant la lourdeur de la terre qu’ils portent sur eux, les adeptes de Mevlana (fondateur de la confrérie Mevlevie) entrent en scène en forme circulaire et prennent lentement place à des distances précises les uns des autres. Arrive alors le cheikh souvent plus âgé que ses acolytes, reconnaissable à son chapeau plus court et orné d’un turban rouge et vert. Les Derviches quittent alors leur manteau noir pour laisser paraître leur fameuse tunique blanche sans manches ni poches symbolisant le linceul de la mort dénuée de tout ornement.

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Ils entament par la suite un triple tour, étape clé qui représente les trois phases qui rapprochent de Dieu se concluant par la « Ratika » (Vérité). Formant à présent une ronde, une main tournée vers l’univers céleste l’autre vers le monde terrestre, entre les deux, les derviches se font passeur. Durant ce préambule qui se garde d’atteindre trop tôt l’extase, le cheikh tourne autour de la scène ainsi que des danseurs. De la sorte, il s’assure de l’exactitude des gestes, de l’harmonie du rituel incarnant dans son entier les mouvements du cosmos.

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Marquée de triple saluts, trois fois, la « Sama » (danse) s’interrompt. Un arrêt nécessaire car pour l’heure, le rendez-vous avec Dieu n’est pas encore arrivé. Et, il faut éviter le moment de l’extase conduisant vers la fusion prématurée avec le créateur tant désiré. Ce n’est qu’au troisième salut que le cheikh peut enfin entrer dans la danse qu’il conduit vers une psalmodie coranique suivie de prosternations. La succession des poignants « howa » (lui) indiquant la clôture de la représentation peut alors commencer. La tension se relâche …

Entre ascétisme et allégresse : l’Islam

Le spectacle terminée, l’histoire se termine t- elle pour autant ? Non point. En réalité, pour parvenir à un tel degré esthétique, le seul amour du beau, ou même de Dieu ne suffit pas. Car il s’agit avant tout ici d’un mode de vie. Allant jusqu’au tréfonds de l’intime, impliquant de multiples restrictions, un ascétisme sans pareil, la Tarika (voie) choisie par ces hommes dont l’amour de Dieu est à la fois une trajectoire et un but, n’est pas de tout repos.

« La vie des Mevlevies est très difficile », affirme Sami Sadak. « En plus d’avoir une pratique de l’islam très rigoureuse, ils s’adonnent souvent à la lecture du coran répétée ainsi qu’à de nombreuses prières surérogatoires. Les premiers adeptes s’isolaient parfois durant 1001 jours. Un isolement qui s’accompagnait de nombreuses journées de jeûne. A konya, on peut encore trouver des cellules qui montre ce qu’était leur vie », continu t-il.

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Malgré sa rigueur, ce mouvement mystique est avant tout une ode à la joie exprimée à la gloire de Dieu.

Né de l’allégresse d’une banale scène de vie quotidienne qui donna à son fondateur le grand mystique Djalal Eddine El Roumi (XIIIe), l’inspiration, l’ordre des Mevlevies est marqué dès ses premières heures par la joie. Lors d’une promenade, ce dernier fut pris par l’envie soudaine de danser et chanter des poèmes au son du mouvement de marteaux sur du bronze. Réfutant la rigidité des Oulémas (Docteurs en science islamique), le mot d’ordre du Mevlevie (Maître) était déjà à l’époque : « De la joie dans la religion ! ».

Affirmant que l’on ne pouvait tout percevoir avec l’intellect, Roumi sut retrouver la source incandescente d’amour qui anime toute foi sincère. Dans son long poème « Entre dans le cercle », il y est écrit ces quelques vers :

« Ô toi le cœur égaré, viens !
Ô toi le foie déchiré, viens !
Si le chemin de porte est fermé
Prends le chemin du mur et viens ! »

Malgré les siècles qui nous séparent de Roumi, dans la pensée soufie, il existe encore autant d’itinéraires pour aller vers Dieu que d’êtres humains.

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