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« L’Acte Citoyen » : l’association de lutte contre les discriminations fait le bilan

25 octobre 2008 - Dernier ajout 24 octobre 2008

En 2005, alors que les émeutes embrasent la France, la ville d’Aix-en-Provence, elle, est paisible et rien ne se passe. Pourquoi ? C’est ce qu’un jeune Aixois, Nabil Sorf se demande. Il crée alors en 2006 une association, « L’Acte Citoyen » et lance une enquête auprès des jeunes des quartiers du Jas de Bouffan, Corsy, Encagnagne, Beisson et La Pinette. Les résultats sont sans surprise : la jeunesse aixoise est déçue et se sent exclue car mise à l’écart des valeurs républicaines. « Une rupture du lien social qui prend racine sur les difficultés rencontrées au quotidien : discriminations à l’emploi, échec scolaire, injustices policières, discriminations aux logements, sentiments d’être délaissés, ». Depuis l’association dirigée par Nabil Sorf, se démène pour lutter contre le racisme : ce poison qui envenime la vie des jeunes des quartiers. Après deux ans d’existence, le temps est venu de faire le bilan.


 

Quel est votre bilan ?

Sur deux ans, pas mal de choses ont bougé. On a surtout évolué. A la base on a crée l’association pour essayer d’amener les jeunes à la citoyenneté par le biais du culturel et de l’artistique. Et à travers différentes rencontres, on s’est rendu compte qu’il y’avait une problématique sur les discriminations à l’emploi, aux loisirs et au logement. Et on a vu que sur Aix il n’y avait aucune association qui travaillait sur cette problématique. Donc on a rectifié le tir en changeant les objectifs de l’association. Depuis un an et demi on travaille uniquement sur la discrimination à l’emploi.

Le bilan peut se dire positif dans le sens ou nous arrivons à en parler à Aix alors qu’il y’a un an ou deux on en parlait pas. C’est positif dans le sens où il y’a des intervenants qui viennent et qui font un vrai travail dessus. Mais sur les moyens de combattre cette discrimination on n’est pas encore dans le concret.

Chaque année, on organise une manifestation « Osmose », au cours de laquelle on invite La HALDE, la direction départementale du travail, l’Union pour les entreprises (UPE), le MRAP 13. On organise des débats autour de la diversité dans l’entreprise, des projections de films, une expo photo et des concerts. Cette journée « Osmose » a été positive car elle a permis à une personne de trouver un emploi grâce à un membre de l’UPE 13.
Elle nous a également permis de faire du bruit autour de cette problématique. Les élus en ont d’ailleurs parlé pendant leur campagne municipale. Mais d’un côté parler pour parler, cela ne fait pas avancer les choses.

La discrimination à Aix est- t elle plus importante que dans les autres villes ?

La Mentalité à Aix…. c’est énorme. J’entends des choses incroyables. On a, par exemple, une personne qui a postulé à une offre d’emploi le jour même de sa publication à l’ANPE, et à qui on a répondu que le poste était pourvu.
Ou encore, cet Eté on a reçu un jeune homme qui a été viré de son poste alors qu’il bossait depuis deux ans et ça se passait super bien. Il a demandé à avoir une promotion, ce qui est normal, après deux ans de boulot mais elle lui a été refusée. Une nouvelle personne est arrivée et a pris le poste qu’il avait demandé alors qu’elle venait juste d’arriver au sein de l’entreprise. Il a demandé à savoir pourquoi. Ils ne lui ont rien répondu. Il a alors décidé d’aller au prud’homme et là, ils l’ont mis dehors. Faux témoignages sur faux témoignages. Il tenait, soi disant, des propos intégristes au sein de l’entreprise.

A Aix, il y’a beaucoup trop de discriminations. Nous avons un gros travail à faire. C’est pourquoi on a ouvert un « Pôle Ressource », où l’on reçoit les victimes. On les accompagne, on les conseille et on les oriente dans la constitution d’un dossier. Entre novembre 2007 et avril 2008 : on a effectué 108 consultations.

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Nabil Sorf : Président de l’association L’acte Citoyen

Les jeunes sont-ils toujours motivés pour lutter contre les discriminations ?

Les jeunes ne viennent plus nous voir, parce qu’ils sont désabusés. Au début, ils venaient, ils étaient motivés. On avait réussi à les remobiliser. Pendant un mois, j’ai senti qu’il y’avait une ferveur, ils avaient le courage de se battre car on leur avait redonné confiance et ils savaient que l’association allait les épauler. Mais aujourd’hui, ils n’y croient plus. Car ils voient bien qu’il n’y a aucun retour. En effet, on a envoyé dix dossiers de victimes de discrimination à la Halde. Les dix sont venus nous voir tous les jours. « Alors ? Alors ? Alors on nous a dit, « il faut attendre ».
Le 1er jour, la personne est motivée. Le deuxième jour, elle est encore là. Le troisième jour, si il n’y a pas de résultat et il n’y a pas de résultat en trois jours, alors elle ne viendra pas. Le quatrième elle appellera, le cinquième, elle disparaît. Voilà, au bout d’une semaine elle laisse tomber car elle veut passer à autre chose. Je comprends ces personnes, elles ont une vie à faire, elles ont des problèmes financiers, ils galèrent à payer leur loyer, ils ne sont pas les mieux lotis.

La secrétaire de la Halde est dépassée par les évènements. Elle est seule pour toute la région PACA. Combien de dossier a-t-on envoyé à la Halde ? Aujourd’hui, je n’envoie plus rien, parce que soit il manque des papiers, soit il n’y a pas de véritables preuves, ou ça ne sert à rien d’intenter une procédure car cela va prendre trop de temps. Alors, imaginez la personne qui a été victime de discrimination déjà qu’elle n’est pas bien dans sa peau, et vous lui dites qu’elle va trainer ce dossier pendant plus d’un an, qu’est ce qu’elle vous dit : « c’est bon, je vais refaire ma vie ». On ne peut plus supporter cette lenteur administrative. C’est un cercle vicieux et c’est du n’importe quoi. Les prochaines générations vont encore plus ramer.

Aujourd’hui, on constate de plus en plus que les victimes ne prennent même plus la peine de prendre le téléphone et d’appeler la Halde, le MRAP 13 ou SOS Racisme. La discrimination en France est tombée dans la banalité, je dirais même dans la normalité.

La municipalité actuelle vous a-t-elle aidé ?

Maryse Joissains Masini nous a pas mal aidés. Elle a été un appui pour notre association, mais bon après, quand on essaie de voir le responsable de l’emploi de la Communauté du Pays d’Aix, qui gère toutes les problématiques de l’emploi, c’est autre chose.
Disons qu’il y va doucement, en fait il n’y croit pas trop. La première fois que je l’ai rencontré, il m’a dit qu’à Aix la discrimination n’existait pas. Qu’est ce que vous voulez répondre à cela. Il pense que « c’est la personne qui arrive pas à se vendre ». C’est à tomber par terre.

Travaillez-vous avec les entreprises ?

On a une bonne entente avec « l’Union pour les entreprises » des Bouches du Rhône. On travaille souvent avec eux, ils viennent à nos manifestations et expliquent aux jeunes ce qu’ils font pour combattre les discriminations.

A l’époque, on a tenté de rentrer en contact avec d’autres entreprises qui avaient signé cette fameuse charte de la diversité.
On a envoyé 80 courriers, en leur expliquant notre travail, en leur demandant de venir voir les jeunes dans les quartiers et de venir leur dire qu’ils cherchaient de la main d’œuvre, des gens qualifiés. Au final, aucune n’est venue. C’était le néant. Là, le bilan est même catastrophique. Cette charte de la diversité, n’est en réalité que du vent.

Etes- vous pour la discrimination positive ?

Je suis à cent pour cent pour la discrimination positive. Sans cela il n’y aurait rien. Je milite donc pour des quotas.
Il faut que chaque entreprise ait leurs quotas. Pas tout le temps. Pendant un an, deux ans, trois ans, histoire que cela rentre dans la tête de la ménagère de 50 ans qui a ouvert sa télé et qui se dit : « mais bon sang, la France n’est plus la France de mes grands parents ». Il faut un clash, et le clash ce sont les quotas. Nous sommes obligés de passer par là. Vous nous donner donc nos quotas de logements, de boulots et vous nous laissez nous épanouir car y’en a marre.

Ou alors, on nous donne les moyens de combattre les discriminations. En accélérant les procédures, en faisant de vraies campagnes de communication, en donnant les moyens à la Halde, la MRAP, SOS Racisme. Il faut qu’on y aille franco car si c’est pour faire du bricolage, on arrête là. On a plus de temps à perdre. Combien de temps a t’on donné ?
Il y’a toute une hiérarchie à changer. De la lenteur administrative, de la paperasse, c’est trop. Je ne sais pas si cela est fait exprès pour que la personne abandonne et pour qu’on éteigne le feu. En tout cas, l’égalité est dans les écrits mais pas dans la réalité.

Quelles sont les solutions que vous préconisez pour éradiquer la discrimination ?

En France, il y’a des choses qui se font et qui marchent bien. Pourquoi ne le fait-on pas pour la discrimination ? Par exemple, ils ont mis de grands moyens pour réduire le nombre d’accidents en mettant en place des radars.
La Halde est en train de faire des campagnes publicitaires, c’est bien, mais se sont de vraies campagnes qu’il faut. Des campagnes assez fortes comme pour l’alcool, le tabac, le cancer. Ça marche ! Pourquoi ne le font-ils pas contre les discriminations. C’est désolant à dire mais ils ne veulent pas.

Êtes-vous inquiets pour l’avenir ?

A force de fermer les yeux et de ne pas voir les ravages de la discrimination, on va tomber dans le communautarisme. Chacun va s’enfermer dans sa sphère. Les gens travaillent entre eux, ils ne sortent même plus de leur quartier. Cela va provoquer des clashes et se terminer en révolte.

J’étais naïf, j’étais enthousiaste quand j’ai crée l’association mais là ils m’ont calmé. Je croyais que j’allais réussir à éradiquer le mal mais je suis tenace de nature et je ne lâcherai pas l’affaire.

Quels sont vos futurs projets ?

On va partir en Angleterre. On a eu des contacts avec des français d’origines étrangères qui sont partis vivre là bas. Ça se passe hyper bien et pour rien au monde ils n’auraient envie de revenir ici. On compte aller les filmer pour faire un documentaire vidéo. Et voir un peu les différences au niveau de la discrimination. Pourquoi en Angleterre, des jeunes étrangers arrivent à trouver un boulot, un logement, à sortir en boîte, à s’intégrer ? Pourquoi en France on n’y arrive pas ? On va projeter ce documentaire par la suite pour notre prochaine manifestation : Osmose 2009.

Site Internet : http://fr.myspace.com/lactecitoyen.

 

 

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