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L’Acsé à l’histoire de l’immigration en PACA

28 octobre 2008

Réputée pour être un territoire d’immigration ancien et important, la région PACA fait l’objet depuis plusieurs années d’une attention particulière de la part des chercheurs. Dans le cadre de l’étude sur l’histoire et les mémoires de l’immigration au sein des régions de France, dirigée par l’Agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances (Acsé), l’historien Yvan Gastaut qui s’est penché sur cette région, était à Marseille vendredi dernier pour faire part du fruit de ses recherches. Parfois inattendus, les résultats de ses travaux ne manquent pas de saper certaines idées reçues et susciter des interrogations. L’historien propose également des ouvertures, avec l’idée notamment d’une collaboration plus étroite avec les associations.


 

Des mémoires pour l’Histoire

Achevé en Mai 2008, ce travail inclus dans le programme « Histoire et mémoires des immigrations en régions », financé et piloté par l’Acsé avec la collaboration de l’Université de Nice Sophia-Antipolis pour la région PACA offre un compte rendu dense et exhaustif sur la région PACA et ses particularités. La région PACA dont la population immigrée se situe selon l’INSEE, autour de 10% en 2004, a toujours été une terre d’immigration. Ce n’est qu’à partir du milieu du XIX eme siècle que les mouvements migratoires connaissent une ampleur inhabituelle avec une forte affluence italienne. Les italiens constituent alors au début du XX eme siècle, 25% de la population de Nice et de la Seyne, 30% à Cannes, 20% à Marseille. La plupart d’entre eux sont ouvriers ou occupent des fonctions tels que pêcheur, commerçant ou encore agent portuaire, nourrice pour les femmes. Bien que l’immigration dite de travail ou économique soit particulièrement notable et majoritaire dans la région, une autre immigration a néanmoins eu lieu, celle là dite de « luxe ». Elle connaît un formidable essor à partir des années 1870-1880 grâce aux Lords anglais, aux Allemands, aux Russes, ou aux Slaves qui s’installent sur la côte d’Azur. Accolée à un phénomène de « masse », la première a souvent rendue quasi invisible la seconde.

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Fresque représentant l’activité portuaire passée de Marseille durant la période coloniale.
Préfecture de Marseille, salle de conférence.

Ce travail de recherche n’a pas été de tout repos si l’on en croit Yves Gastaut : « Il a fallu traquer l’infos : Rassembler et découper différentes sources provenant de plus de 500 titres. Parmi eux, des thèses, des mémoires de DEA ou de Maîtrise d’étudiants. Ou encore des revues et des ouvrages publiques ». De plus continu t-il : « Les archives sont nombreuses en région PACA, ce qui ne veut pour autant pas dire que tout a été écrit ».

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Yvan Gastaut, historien et Maitre de Conférences

Mais sur ce sujet qui tient à montrer que les populations migrantes font l’histoire de leurs régions, une histoire « non exempte de discrimination et de racisme », l’historien et Maître de Conférences à l’Université de Nice a néanmoins de la matière et une précieuse connaissance à transmettre. Ce sont plus précisément les spécificités de la région étudiée ou des villes qui la constituent qui l’intéressent. Les lieus de vie sont à son sens un creuset de mémoire. Quartiers, bidonvilles, appelés anciennement : « baraques », rues… mériteraient une attention toute particulière et les recherches en cette direction commencent seulement à émerger. Une documentation iconographique jusqu’alors peu répandue et qui se développe peu à peu est également considéré comme un précieux outil de recherche et de mémoire par l’historien. Les approches par nationalité ou par groupe minoritaire comme les Russes, les Suisses, les italiens ou les Maghrébins devraient être également plus approfondies. Des études sur les réfugiés sont tout restent tout autant à entreprendre et à développer.

Marseille, entre cosmopolitisme et racisme

Dans les études abordant l’immigration, le cas de Marseille suscite toujours un vif intérêt. Un intérêt « largement justifié », selon Yvan Gastaut. Dépositaire des travaux des deux historiens Emile Temime [1] et Ralph Schor [2] , lesquels ont produit des ouvrages de référence, notamment sur Marseille, Yvan Gastaut s’est à son tour lui-même penché sur cette histoire avec une approche globale mais également particulière.

Au début du XXème siècle, Marseille compte parmi sa population 1/5 de travailleurs migrants, principalement italiens. Avec près de 50% d’ouvriers, Marseille gagne à cette époque sa réputation de ville « populaire ». Ainsi, depuis le XVII ème siècle, elle a accueilli successivement trois grandes vagues migratoires importantes : les italiens, les arméniens et les maghrébins. Connue et vantée pour son aspect cosmopolite, (aujourd’hui « diversité ») et pour sa capacité d’accueil et d’intégration, la ville n’en a pas moins connue ses heures noires. En témoigne la fameuse affaire des « Vêpres marseillaises » en 1881 illustrant une xénophobie à l’encontre des immigrés italiens, victimes à l’époque de préjugés, de rejets et de violences physiques. Un siècle plus tard, c’est au tour des maghrébins tout particulièrement des algériens d’éprouver la légendaire hospitalité de la ville. L’histoire des ratonades en 1973, à propos de laquelle la presse titrait : « Marseille capitale du racisme » marque encore les mémoires. Elle montre toutefois de manière non pas seulement symptomatique mais physique, tout le poids de l’histoire coloniale qui pèse encore sur la ville à cette époque. Marseille fut également à l’origine d’importantes actions militantes avec par exemple un fort mouvement des travailleurs arabes en 1970 pour la lutte des acquis sociaux. Elle catalyse aussi des alliances : des travailleurs immigrés en 1980 se lient les uns aux autres à l’écart des syndicats. Yvan Gastaut ne manque pas au passage de faire remarquer l’usage politique de l’aspect cosmopolite de la ville selon les besoins du moment :
« Un jeu politique entre imaginaire et réalité mettant en avant l’aspect cosmopolite de villes comme Nice ou Marseille a souvent lieu. C’est la conséquence de la volonté des élus, ils sont dans l’air du temps. On est pourtant loin des réalités. Il y a un comportement qui masque une réalité discriminatoire ».

La ville de Marseille est également définie comme « un cas unique », connaissant une impressionnante croissance démographique qui déséquilibre la région avec : 100 000 habitants à la fin de l’Ancien Régime, 300 000 à la fin du second Empire, plus de 800 000 au début des années 2000. La position géographique de la ville dont le port bénéficiait encore vers la fin du XIX ème siècle d’une importance et d’une reconnaissance européenne et internationale ; son industrialisation, bien que tardive ; l’arrivée du chemin de fer ; l’émergence d’un système capitaliste moderne avec l’installation de plusieurs banques et la création de la Société Marseillaise de crédit en 1865 ont fortement contribué à la l’arrivée des premières vagues d’immigrations.

Malgré la profusion des recherches menées sur la cité phocéenne, Marseille demeure encore aujourd’hui, incontournable sur le sujet, suscitant toujours de nombreuses interrogations.
Des recherches sur le sujet dont la voie à été ouverte par des précurseurs comme le sociologue Abdel malek sayad ou d’autres chercheurs restent alors à poursuivre sur la ville et dans l’ensemble des régions françaises. Reste néanmoins à savoir si elles verront le jour auprès du grand public.
La situation actuelle de l’Acsé PACA qui est en phase de disparaître laisse en effet dubitatif sur la question.

 

 

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