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Kélétigui Coulibaly : « je suis partisan du bonheur du peuple ivoirien »

15 décembre 2010 - Dernier ajout 16 décembre 2010

Kélétigui Coulibaly est né dans la capitale ivoirienne en 1961. Il a quitté un pays en guerre pour venir vivre à Marseille en 2002. Il est directeur d’une association de promotion et de diffusion de l’art et de la culture africaine, Afriki Djigui Théatri. Ses parents, sa sœur sont restés à Abidjan. La Côte d’Ivoire est plongée dans un marasme politique avec à sa tête, deux présidents, deux gouvernements. Alors que le peuple était dans l’expectative d’une sortie du tunnel à l’issue des élections présidentielles, le voilà projeté de nouveau dans une crise d’une gravité extrême. Kélétigui témoigne.


 

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Le 28 novembre se déroule le 2e tour des élections présidentielles en Côte d’Ivoire. Le 2 décembre, la Commission électorale ivoirienne proclame les résultats : Alassane Dramane Ouattara est vainqueur avec 54.1 % des voix contre 45.9 % pour Laurent Gbagbo. Le président sortant conteste et dépose un recours au Conseil constitutionnel, présidé par l’un de ses proches, Paul Yao N’Dré. Le 3 décembre, coup de théâtre : le Conseil constitutionnel déclare Gbagbo, gagnant avec 51.45 % des suffrages. Cette différence serait due à l’annulation des votes dans plusieurs départements du Nord pour fraudes. Les deux hommes prêtent serment chacun de leur côté, nomment deux Premiers ministres et deux gouvernements distincts.

Pourtant, tous les observateurs internationaux –ONU, Union Africaine (UA), Union Européenne, Cédéao (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest),…- s’accordent à dire que le scrutin s’est déroulé dans de bonnes conditions. La communauté internationale apporte son soutien par conséquent à Ouattara. L’ex-président sud-africain, Thabo Mbeki est envoyé en mission les 5 et 6 décembre en Côte d’Ivoire par l’UA mais ne trouvera aucune issue au conflit.

Le 14 décembre, le camp Gbagbo annonce la venue d’un nouveau facilitateur. Une nouvelle médiation africaine serait en élaboration pour régler la crise politique. Le même jour, le Premier ministre de Ouattara, Guillaume Soro –ancien Premier ministre de Gbagbo- confirme sa décision de s’installer ce jeudi 16 décembre au siège du gouvernement. Avec ses ministres, il a la ferme intention de se rendre à la « Primature » pour tenir un Conseil. Il accuse le président sortant de recruter des mercenaires du Liberia -d’anciens guérilleros du Model. Le 15 décembre, le Rassemblement des Houphouëtistes pour la démocratie et la paix, regroupant notamment des partisans d’Ouattara, demande l’appui de la population. Au risque de provoquer des débordements violents.

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Gbagbo va-t-il céder aux pressions internationales et de la rue ?

Quelle position adoptez-vous ? La diaspora est importante sur la région ?

Kélétigui Coulibaly. Je ne suis pour personne, je ne suis pas encarté. Je ne fais pas de politique pour garder un maximum d’objectivité. Je vote pour un programme non pour un parti, une personne. Je suis seulement partisan du bonheur du peuple ivoirien.

Finalement, je n’ai même pas pu voter ici. (Pourtant) On s’est inscrit à Marseille. Une délégation de l’Ambassade de Côte d’Ivoire à Paris était présente le jour du vote, des représentants de la Commission électorale indépendante attendaient les électeurs. Mais ils n’ont pas pu nous (pour certains) remettre la carte d’électeur et la nouvelle carte d’identité. A Marseille, nous étions 1 200 inscrits sur la liste électorale.

Une partie de votre famille est à Abidjan. Que pensez-vous de la situation actuelle ?

KC. Laurent Gbagbo n’avait aucune chance de gagner contre ses opposants, qui en plus étaient ensemble. Il ne respecte pas la Constitution : la population était privée d’élections depuis dix ans. Il faut être honnête : vu le passif de violences politiques, il est normal que ses rivaux refusent de désarmer.

Les gens ne se sentent pas en sécurité avec Gbagbo, leur vie va de mal en pis et ils ont peur. J’ai toujours dit que quand Laurent Gbagbo sera vivant, il n’y aura pas d’élections en Côte d’Ivoire. Malheureusement, je ne suis pas le seul à le penser. Ouattara a raison, il fait son travail, il forme son gouvernement.

C’est dommage car il y a une réalité. La Côte d’Ivoire est un pays où il fait bon vivre, n’a besoin de rien du tout pour exister (il fait allusion notamment à la belle époque, aux années Houphouët-Boigny).

Les événements de cette dernière décennie vous ont amené à vous exiler en France. Racontez-nous votre parcours.

KC. Je suis venu en France pour la première fois en 1983 pour mes études. En 1990, je rentre en Côte d’Ivoire : chef de publicité, directeur de communication chez Philip Morris, responsable marketing à Chocodi, puis j’ai créé mon agence en 1997, Marketing Animation Service.

L’Union européenne avait lancé un appel d’offres, elle cherchait un opérateur, ayant un projet culturel en direction des masses populaires. Mon projet est retenu, il s’appelait Akwaba (signifie « bienvenue »). Il avait pour objet de mettre en réseau des salles de quartiers comme les maisons de jeunes en France. Des artistes connus pouvaient contribuer à l’éducation des cultures populaires. En parallèle, je développais une autre structure, Djigui Arts Productions avec entre autres, Naky (Sy Savané, fondatrice de Afriki Djigui Théatri). Je la connaissais depuis mon retour en Côte d’Ivoire.

Je voyage à partir de 1999 par épisodes en Europe : la France, Belgique, Italie. Je produis des spectacles. A la faveur de plusieurs projets, l’Union européenne propose un renouvellement de la convention mais à un niveau supérieur. Le projet Akwaba touche un espace régional plus important et essaime dans cinq pays : Sénégal, Burkina Faso, Togo, Guinée, Mali. L’Union européenne organise une rencontre internationale et prévoit des formations sur le réseautage. En 2000, on devait passer à l’action mais la guerre éclate en Côte d’Ivoire. 2002, je viens directement à Marseille.

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Pouvez-vous nous donner des éléments de compréhension sur le chaos actuel, l’Histoire récente de la Côte d’Ivoire ?

KC. Il faut remonter en 2000. Henri Konan Bédié (président depuis 1995) est renversé (en décembre 1999) par des soldats. A la tête de ce coup d’Etat, le général Robert Guéï. Il s’occupe de mettre en place un gouvernement d’union nationale avec des gens compétents, en introduisant toutes les forces politiques.

Tout le monde semblait s’en satisfaire sauf Laurent Gbagbo. Il n’est pas content, estimant que les membres du camp Ouattara sont trop nombreux dans ce gouvernement de transition, « si c’est un coup d’Etat RDR (Rassemblement des Républicains de Côte d’Ivoire) qu’on nous le dise » ! Commence alors un rapprochement entre le général et Gbagbo. Le gouvernement provisoire doit organiser les élections en 2000. Des candidats du PDCI (Parti Démocratique de Côte d’Ivoire) sont empêchés de se présenter comme Bédié ou Ouattara au motif qu’il n’était pas ivoirien. Curieux, il peut être Premier ministre (ce fut le cas sous la présidence de Félix Houphouët-Boigny) mais pas Président ! A la mort de Houphouët-Boigny (1993), il aurait pu garder le pouvoir, il n’y a eu aucune obstruction à la Constitution.

2000, Gbagbo fait des manipulations pour arracher la victoire aux élections, il incite la population à descendre dans la rue pour chasser le général. C’est le plus grand déferlement de gens dans la rue en Côte d’Ivoire. Pour eux, c’était surtout l’occasion de recommencer l’élection avec leurs candidats favoris (les personnalités écartées du PDCI). L’affrontement entre les militants des deux camps FPI (Front Populaire ivoirien, parti de Gbagbo) et RDR est tragique : les autorités donnent l’ordre de tirer sur les manifestants. Il y aura 5 000 morts. Gbagbo installe ensuite un système de terreur, des expéditions punitives sont ordonnées sur des groupes ethniques précis.

2002, c’est la rébellion (elle se présente sous le nom MPCI, Mouvement Patriotique de Côte d’Ivoire). Ce nouveau mouvement FN (Forces Nouvelles, le parti de Guillaume Soro) occupe progressivement plus de la moitié Nord du pays.

Compte tenu de l’instabilité politique, en 2005 il n’y aura pas d’élections. Gbagbo continue.

Vous restez résolument optimiste. Vous gardez espoir d’une vie nouvelle en Côte d’Ivoire. Pourquoi ?

KC. Sincèrement, toute chose a une fin, un homme finit toujours par mourir. (Il fait allusion à la réputation de manipulateur de Gbagbo, surnommé Le Boulanger). Je pense qu’on peut tromper une personne, sa propre famille, votre village, les habitants de votre région, de votre pays mais pas de votre planète.

La Côte d’Ivoire a demandé que l’élection soit supervisée par l’ONU, l’UE, l’UA ; le monde entier est témoin.

Franchement, les ivoiriens ont la possibilité d’agir, le système Gbagbo s’est verrouillé tout seul. Je suis optimiste, jamais je n’avais imaginé de vivre cette situation-là. Le scénario est positif, l’étau se resserre.

Pour quel dénouement ? Le peuple est fatigué, il ne se soulèvera pas. Les leaders politiques font attention. J’espère que la sortie de crise ne se fera pas dans un bain de sang. Je suis persuadé que le plus dur est derrière nous. Nous avons une chance historique de nous engager dans une voie de véritable démocratie. Le pays en a besoin.

Propos recueillis par Myriam Mounier

 



 

 

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