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Karim Zeribi, du Parlement des banlieues au Parlement européen ?

14 mars 2009 - Dernier ajout 5 juin 2009

La figure politique marseillaise (qui en connaît un rayon côté chemins de fer et de croix) semble devoir quitter le train de banlieue pour devenir une « Euro Star ». Placé en troisième position sur la liste socialiste pour les européennes de juin prochain, emmenée dans le Sud-est par le parachuté Vincent Peillon, Karim Zeribi paraît en bonne voie pour gagner un siège en first class. Alors que Martine Aubry souhaite enterrer les éléphants du parti pour faire place notamment aux jeunes loups minoritaires mais visibles, la « grande gueule » avignonnaise ne souhaite pas apparaître comme un « candidat de la diversité ». Sans candeur, ce « candidat tout court » a répondu à nos questions.


 

Qu’est-ce que ça fait de passer du Parlement des banlieues au Parlement européen ?

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Karim Zeribi au 1er parlement des banlieues en 2001

Alors d’abord, je ne suis pas encore au Parlement européen. Je crois qu’il faut faire preuve d’humilité, qu’il faut raison garder. Il y aura une campagne, donc je serai présent sur le terrain pour battre campagne et essayer de convaincre de la nécessité de relier le local à l’Europe. On va essayer d’être présents au parlement dans une posture que je qualifierais de combat constructif pour une Europe plus sociale, plus citoyenne, plus humaine, plus proche des gens. Parce qu’aujourd’hui elle apparaît plus technocratique que politique. Et je crois qu’il faut une Europe politique mais qui ait du sens, de la force, pour donner aux services publics la place qui est la leur, que nous ayons une communauté humaine harmonieuse, apaisée, des règles économiques de même, harmonisées, équilibrées, qu’on ait une Europe qui puisse parler d’une voix face aux autres blocs. Voilà l’enjeu. Moi, je suis profondément européen, français aussi mais profondément européen. Cette Europe, elle doit nous apporter, pas nous enlever. Et aujourd’hui je crois que, malheureusement, dans l’esprit de bon nombre de concitoyens, l’Europe déshabille des acquis sociaux, n’apporte pas un plus dans la vie quotidienne. Et moi, je veux prouver le contraire.

Vous venez de présenter la seconde édition du Train pour l’emploi et pour l’égalité des chances. Aux dernières élections législatives, en ce qui concerne le parti socialiste, la diversité est plutôt restée sur le quai. Combien pensez-vous qu’il y aura de candidats PS « issus de la diversité » élus en juin prochain au Parlement européen ?

Je ne fait pas ce calcul là, moi. Je ne suis pas un candidat de la diversité, je suis un candidat tout court. Je suis un homme politique, je veux être traité de la même manière que les autres, pas mieux, pas moins bien, mais sous le sceau de mes compétences, de mon charisme, de ma capacité à agir. J’en ai assez de ces approches de diversité qui devraient faire passer les uns au détriment des autres. Je veux une démocratie des forces vives. Et je considère que depuis quinze ans, je m’active sur le terrain pour l’emploi, pour lutter contre la délinquance, pour favoriser le vivre ensemble, je milite pour la citoyenneté républicaine à laquelle je crois. C’est ça la citoyenneté : je m’appelle Karim, mais si je m’appelais David, ce serait quoi la différence ? Est-ce que mon combat devrait être regardé différemment, je ne crois pas. Ce qu’il faut regarder, c’est le combat. Si on ne faisait que ça, franchement, la diversité elle serait partout et pour tous.

Mais ne dénonciez-vous pas il y a quelques années le fait qu’à l’Assemblée nationale, il n’y avait pas d’élus dits des minorités visibles ? Est-ce toujours votre combat, ou est-ce que le côté « Nouvelle France » tourne un peu le dos aux aspirations du Parlement des banlieues ?

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Le public à la Sorbonne du parlement des banlieues 13/10/2001

La « Nouvelle France » [1], c’est la France de tous ceux qui ont envie de construire ensemble. D’ailleurs, notre leitmotiv c’est « 100% ensemble ». Donc la « Nouvelle France », ce n’est pas une France des uns contre la France des autres. Je veux une France réconciliée, apaisée, qui se regarde en face mais qui fait aussi avec l’ensemble de ses enfants. Et je me bats pour ça depuis des années. Aujourd’hui je ne vois pas pourquoi je serais un porte-drapeau de la diversité en oubliant d’autres de nos concitoyens qui souffrent.
Moi, j’ai toujours lutté contre les inégalités. Bien sûr, elles frappent plutôt ceux qui habitent certains quartiers difficiles et qui ont une certaine origine. Mais demain, est-ce qu’il faudra que ça change parce que je m’appelle Karim et que ça ne concernera plus les Karim ? Non, mon combat sera le même, pour d’autres. C’est la roue qui tourne, on a des vagues d’immigration successives qui ont fait la France d’aujourd’hui, qui ont souffert. Les Italiens, Français aujourd’hui, ne doivent pas oublier les combats menés par leurs aïeux, les Français d’origine polonaise à l’identique, et nous, les Français d’origine maghrébine de même. Nous devons mener un combat à l’échelle de la nation mais pour tous.
Faire la comptabilité de ceux qui ont une couleur de peau différente à l’Assemblée nationale me semble être un combat stérile. Je veux avoir des gens qui se mobilisent sur le terrain et qui ne décrètent pas avoir le droit de siéger dans une assemblée parce qu’ils sont blancs, noirs, ou jaunes. Ce n’est pas ça le débat, le débat c’est qu’il faut avoir les meilleurs représentants à l’Assemblée nationale ou au Parlement européen. Et dans quelque assemblée que ce soit. C’est-à-dire des gens qui s’impliquent, qui s’engagent et qui méritent d’être reconnues comme telles.

Un mot sur la devise européenne « Unis dans la diversité » ?

Je crois que c’est bien d’insister sur « Unis », parce que c’est ce que l’on a à partager. Je pense qu’en France on parle trop de ce qui nous différencie et pas assez de ce qui nous unit. La République permet de ne pas renier ce que nous sommes, dans le rattachement aux liens naturels. Moi je suis un Français, fier de l’être, mais je suis aussi fier des origines de mes parents, je ne fais pas état d’amnésie. C’est une force pour la France que les uns et les autres puissent avoir des origines différentes. Par contre, qu’avons-nous à partager comme valeurs communes ? Ça, il faut qu’on en parle un peu plus que ce qu’on ne le fait. Au delà de nos différences on a des liens et des points communs. Il faut qu’on se le dise.

 

 

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