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Kader Atia : « Ne pas reconnaitre ces chibanis, c’est ne pas nous reconnaitre nous »

25 février 2010

La question des Chibanis reste trop souvent invisible car trop souvent ignorée dans les débats publics. Les associations qui luttent depuis de nombreuses années pour la reconnaissance des droits de ces travailleurs immigrés maghrébins s’activent chaque jour pour porter une attention particulière à ces immigrés retraités qui depuis de longues années n’ont jamais osé s’exprimer et qui souffrent en silence. Aujourd’hui, les associations passent à une toute autre vitesse en tentant de monter un projet particulier. Leur objectif est de créer un diagnostic faisant office d’argumentaires pour porter auprès des politiques la cause des Chibanis dont les droits sont sans cesse bafoués. Puis dans un second temps, créer une Rencontre Nationale des Luttes de l’Immigration dans la Région PACA qui aurait également pour ambition de mettre en avant les chibanis. Pour en savoir un peu plus, nous avons interrogé, Kader Atia, directeur de l’AMPIL (Action Méditerranéenne Pour l’Insertion sociale par le Logement) très attaché à la lutte pour la reconnaissance des droits de ces travailleurs immigrés.


 

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En quoi consiste le projet que vous êtes en train de monter avec les associations qui travaillent autour de la question des Chibanis ?

C’est la construction d’une initiative collective qui a pour intitulé, on pourrait dire : « Le droit et la reconnaissance des chibanis ». Chibani qui veut dire « personne âgée », qui est un mot arabe, un mot de déférence et de respect. Dans le monde arabe, on dit les chibanis pour les hommes et les Chibanias pour les femmes. Ce projet est une initiative collective avec plusieurs structures : le centre social de la Gavotte Peyret à Septèmes les Vallons, « Contacts » qui est une association gardannaise qui s’occupe des Chibanis, le centre social Agora dans les quartiers Nord de Marseille ainsi que l’association « Chéba » qui s’occupe essentiellement de femmes âgées (chibanias) ou encore l’association Nejma à Salon. Il y a aussi des structures ressources telles que : Med’in Marseille, la Fédération des associations pour la promotion et l’insertion par le Logement en PACA (Fapil). La fondation Abbé Pierre est plutôt un partenaire financier et technique sur le projet. Il y a aussi des syndicats avec notamment la présence de Charles Hoareau (CGT), qui mène un travail important depuis des années sur ces questions là. Et puis, d’autres partenaires nationaux comme l’association des Mineurs Marocains à Lille, chez qui les premières rencontres nationales des luttes de l’immigration ont été organisées et où on a tous participé, mais aussi ATRIS (l’Association des anciens Travailleurs de Renault Billancourt) ou encore l’Association des Travailleurs Maghrébins de France (ATMF).

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L’idée est de travailler sur un diagnostic social de nos pratiques par rapport à ces vieux immigrants autour desquels on mène tous (associations, ndlr) des actions au quotidien à travers des espaces « personnes âgées », comme l’AMPIL (Action Méditerranéenne Pour l’Insertion sociale par le Logement) à Marseille ou des cafés sociaux comme « Contacts » à Gardanne.

Ce travail de diagnostic va permettre la construction d’un argumentaire destiné à être montré aux élus, notamment le Conseil Général des Bouches du Rhône, pour une reconnaissance de droits et pour que des moyens soient donnés à ces vieux migrants afin qu’ils n’aient pas un traitement spécifique mais faire en sorte que le droit commun, les finance, les reconnaisse comme toutes ces personnes âgées qui ont contribué à la construction de ce pays au même titre que les autres.

Et en deuxième temps, nous souhaitons faire une action de sensibilisation à travers l’organisation de rencontres nationales où l’objectif est de faire parler, à la fois dans la région PACA mais aussi au niveau nationale, ces personnes âgées et migrantes qu’on a jamais entendues.

A travers ça, il y a une autre initiative à laquelle l’AMPIL participe. C’est avec le collectif « Tactik » de Toulouse dont fait parti « Origines Contrôlées » : (un festival engagé qui donne la parole et la musique aux thèmes de la mémoire de l’immigration et de la mémoire coloniale, ndlr) et dont sont membres Mouss et Hakim, anciens du groupe Zebda. Ce collectif fait actuellement une campagne nationale qui est juste consacrée aux Chibanis.

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Quels sont les difficultés rencontrées actuellement par les chibanis ?

L’objectif est la reconnaissance des Chibanis car leurs droits sont spoliés aujourd’hui à travers : titre de séjour, le titre de retraités, le problème des avis d’imposition ou l’association « Un Centre Ville pour Tous » a fait un gros travail à Marseille pour la reconnaissance des droits des Chibanis. Par exemple la CRAM (Caisse Régionale d’Assurance Maladie) est assez scandaleuse sur le département des Bouches-du-Rhône, elle refuse carrément leurs dossiers de retraites. A l’AMPIL, on en est quand même en un mois, à plus de 150 recours. Cela veut dire des lettres recommandées renvoyées à toutes ces administrations car les chibanis reviennent chaque fois dans nos locaux en nous disant on nous donne pas nos droits à la retraite. C’est quand même scandaleux se sont des gens qui ont travaillé ici toutes leurs vies.

Pourquoi ? Quels sont les raisons évoquées par les administrations ?
les arguments utilisés sont toujours les mêmes. C’est : « on ne les comprend pas ou leur dossier ne rendre pas dans les cadres canoniques de l’administration ». Ces personnes n’ont pas de recours, n’ont pas de structures de défense comme les syndicats, les partis politiques, ou des lobbys administratifs comme il existe dans la société française. Se battre pour les droits c’est une bataille comme pour la liberté. Et il y a là il y a une grosse bataille à mener. Aujourd’hui ce n’est pas qu’un travail socio-éducatif où l’on fiance une activité pour des vieux. Ce n’est pas ça. La bataille c’est une reconnaissance des droits et c’est cette bataille qu’on essaie modestement de mener avec nos moyens, avec nos ambitions et nos espoirs.

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Et les politiques, prennent-ils en compte la question des chibanis ?

Les politiques bougeront par rapport à une réalité : le bassin électoral. Le politique, lui voit son électorat. Après, il faut faire comme tous les autres. C’est une société où l’on nous rabâche aux oreilles : « liberté, égalité, fraternité », en fait c’est une société qui fonctionne avec des lobbys, des corporations. Les avocats ont un lobby, les communautés les plus en vues aussi, on ne va pas les citer... Je pense que ces vieux là, comme pour les femmes et les enfants, ont besoin d’un lobby mais un lobby intelligent qui s’inscrit dans la République. Ce n’est pas un lobby communautaire, qu’on ne se trompe pas, c’est un lobby pour la défense de leurs droits et ils ont besoin de militants mais aussi de gens comme nous qui se battent à leurs côtés. Et ce n’est pas un hasard si on se trouve dans ce combat là. Parce que c’est notre histoire, nos origines sont là. Et ne pas reconnaitre ces vieux, c’est ne pas nous reconnaitre nous. La reconnaissance de ces vieux c’est notre reconnaissance à nous. Il faut que nos enfants sachent que c’est vieux là ont été l’histoire de cette immigration.

Il faut les imaginer quand même, il faut savoir ce qu’est cette immigration. Etre un immigré ce n’est pas : « deuxième et troisième génération ». Etre immigré c’est une condition sociale, c’est un déchirement avant tout. Je ne vais pas reprendre les termes d’Abdelmalek Sayad (sociologue) qui les avait très bien expliqués. C’est quand même des gens qu’on a déchiré à leurs pays et à qui on leur a demandé de travailler et de fermer leur gueule, de ne pas exister. L’existence était leur force de travail pendant des années er les quatre sous qu’ils pouvaient avoir c’était pour faire vivre leur famille qui se trouvait de l’autre côté de la Méditerranée. Et même leur famille et leur pays les ont rejetés parce que loin du cœur on est loin de tous. Au fur et à mesure, en étant loin de tous, eux même se sont isolés psychologiquement. Quand vous allez à Belsunce, vous les voyez marcher dans la rue, on dit : que ce sont des zombis vivants. Ma femme avait écrit un beau mémoire à Belsunce, elle a été directrice du centre social Belsunce. Et son mémoire s’intitulait : « Les transparents de Belsunce ».

Aujourd’hui ce qu’il faut faire, c’est de retravailler à cette dignité, mais aussi de retravailler avec eux pour qu’ils s’expriment. Donc les associations font des ateliers de mémoire, d’écriture, des films, des expo-photo et on essaie de reconstruire mais c’est très dur. Parce que quand on en a pris plein la figure toute sa vie, c’est très difficile de s’exprimer. Alors il faut recréer une relation de confiance et de bien leur montrer qu’on n’est pas là pour se foutre de leur gueule que ce ne sont pas des zombis.

Avez-vous quelque chose à ajouter ?

A Lille, les mineurs marocains avaient mené la première lutte des travailleurs immigrés en France dans les années 60. Ce fût la première lutte nationale du mouvement ouvrier d’origine immigrée qui a bloqué les houillères du Nord. Il faut s’imaginer ce que sont les houillères du Nord, c’est la multinationale du Charbonnage. Y a de l’espoir et y a des gens mais pour qu’il y ait eu cette expression, il y a eu un travail de fond avec Saïd Bouamama (sociologue et militant engagé dans les luttes de l’immigration pour l’égalité réelle des droits en France, ndlr) et d’autres. On doit poursuivre ce travail pour exhumer cette mémoire, cette vie. Aujourd’hui, les chibanis sont comme ces gens qu’on a mis dans un hôpital psychiatrique et à qui ont a donné des neuroleptiques, on les a complètement endormi, et bien aujourd’hui il faut les réveiller et leur dire : « vous existez ». D’ailleurs, les chibanis du nord ont écrit un livre : « Du bled au Corons ». Aujourd’hui, le deuxième tome de leur livre est significatif : c’est : « Le poing levé ». Et nous, on va essayer d’arriver là.

 



 

 

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