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Journées Nationales Prison : ces citoyens de l’univers carcéral

25 novembre 2009

« La citoyenneté ne s’arrête pas aux portes des prisons ! » : du 23 au 29 novembre, les 16e journées nationales traitent de l’exercice des droits et devoirs des détenus. Le Groupe national de concertation prison (GNCP), collectif de dix associations et aumôneries de prisons pose la question de citoyenneté au travers de nombreuses manifestations tout au long de la semaine. Derrière les barreaux, des citoyens…utopie ou réalité ? A Marseille, samedi 28 novembre, des associations partenaires tenteront de changer le regard du grand public sur le milieu carcéral.


 

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Le monde de la prison conserve une image négative auprès de la population. Le sujet est tabou. Cette sensibilisation vise à ouvrir les portes des prisons : démystifier l’univers carcéral, atténuer les poncifs, modifier son regard sur des citoyens, isolés entre des murs, en marge de la société. Quelle est la vie d’une personne incarcérée ? Peut-elle exercer ses droits et devoirs de citoyen comme à l’extérieur ? Comment agir pour que la peine de prison devienne un temps utile et non un temps mort ? Engager le dialogue sur ces questions n’est pas chose facile, les images apportent peut-être davantage cette ouverture sur l’extérieur, souhaitée par les associations ad hoc.

Interpeller le grand public et le politique

On pense par exemple aux films « 9m² pour deux » -documentaire tourné aux Baumettes- de Jimmy Glasberg et Joseph Césarini (2005) et le très médiatisé « Un prophète », primé au festival de Cannes 2009, de Jacques Audiard. Ces longs-métrages interpellent, bouleversent l’opinion publique et participent de la sensibilisation.

La prison bouscule les valeurs de la République. Au 1er juillet 2009, 63 189 personnes étaient incarcérées pour seulement 53 441 places opérationnelles soit un taux de surpopulation carcérale de 120 à 125 %. A Marseille, au 1er octobre, ils étaient 1 949 dont 158 femmes, le taux d’occupation est de 136 %. Notons que 260 bénéficient du bracelet électronique –mode de surveillance en développement. Les conditions de vie des détenus sont souvent dénoncées, indignes : la surpopulation, une administration pénitentiaire moins humanisée –par manque d’effectifs-, le tout surveillance-vidéo. Alors derrière les barreaux, comment on prépare sa réinsertion ?

La société face à sa propre marginalité

La prison est une micro-société. Elle est « un réceptacle qui montre l’incapacité de la société à régler » ses problèmes, souligne Robert, bénévole du Centre d’accueil des Baumettes (CAB). L’évolution du Code pénal ces dernières années tend à en accentuer les dérives. Les détenus, fragiles psychologiquement « sont reconnus pénalement responsables de leurs actes » par la loi de 1992, modifiée en 1997. La prison révèle les difficultés d’une société en panne : pénurie de logements, quartiers difficiles, chômage,…Les plus défavorisés sont laissés au bord de la route, certains se retrouvent sur le chemin de la prison. Trop de détenus souffrent de troubles psychiques graves. Aux Baumettes, 17 % sont affectés par des pathologies lourdes, près de 30 % connaissent des troubles du comportement et sont sous antidépresseurs ou anxiolytiques -source du Service médico psychiatrique régional (SMPR) rapportée par le CAB. La recrudescence des suicides ne vient que refléter le mal-être ambiant.

Des associations telles le CAB, le GENEPI (groupement étudiant national d’enseignement aux personnes incarcérées), l’association Parents de Détenus tentent d’y remédier en créant un trait d’union entre les familles et les détenus. Les besoins touchent des domaines très vastes. L’administration pénitentiaire représente un parcours du combattant, la première étape commence déjà par l’obtention du permis de visite. « Nous aidons un public fragile, souvent analphabète ou maîtrisant mal la langue française », indique Robert. Toujours une bénévole du CAB, Christiane renchérit « on travaille beaucoup avec des ressortissants des pays de l’Est, de l’Espagne ou l’Italie », en collaborant avec les Consulats. Le turn-over est important, environ 900 personnes sont suivies par la Commission Indigence, regroupant la Direction de l’établissement et les associations. Isolées de leur famille trop éloignée, elles vivent dans des conditions très difficiles. La Commission peut être un facteur de réinsertion même si la question de la sortie est envisagée avec inquiétude. Ou encore le groupe local GENEPI intervient sur des ateliers hebdomadaires (soutien scolaire, activités socioculturelles, sensibilisation du public).

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Un citoyen comme tout le monde

L’association Parents de Détenus privilégie le maintien du lien familial. Jacqueline, sa présidente témoigne « mon fils était toxicomane. Dans la famille, c’était la première fois qu’on parlait de prison. Il faut énormément de courage pour l’accepter. C’est une injustice car le toxicomane est un malade grave ». Le passage en prison est parfois compliqué, « c’est une école de la délinquance. Tu apprends à faire des coups, des braquages ou tu es introduit dans des réseaux » nous dit-elle. « On vit la situation comme on peut, je l’ai vécu dans l’association, ça m’a permis de continuer de vivre, d’avancer » confie Jacqueline. Préserver à tout prix le contact familial est primordial pour préparer la sortie. Il est donc aussi nécessaire d’anticiper sa réinsertion et d’être vigilant sur le contexte socio familial extérieur du détenu.

Araxie Gagachian, responsable Structure du CAB revient sur le thème des Journées nationales : la citoyenneté. La privation de liberté entraîne des conséquences inévitables, néanmoins la sanction ne doit pas être vécue comme une double peine (extrait de propos de M. Delevoye, Médiateur de la République). Araxie pose la question des droits fondamentaux. Le droit à la santé, le droit au travail, le droit de vote, le droit à l’information demeurent compliqués, aléatoires.

Imbroglio de lois

Dans le cadre des quelque 300 articles, relatifs aux recommandations européennes sur la Prison et la Justice, elle déplore qu’ « on en retire de petits grains. Les quartiers arrivants ont un agrément, une charte de qualité. C’est positif. Ce que je critique est le fait de prendre par petits bouts (les règlementations) et de les mettre en évidence ». Marion, bénévole de GENEPI complète que la loi bientôt promulguée compte une grande avancée pour les droits des personnes incarcérées. Les normes européennes bénéficient d’une réinterprétation au niveau du Droit français. Mais dans les faits, « pas grand-chose ne change. Concernant le droit au travail, l’établissement n’a pas un devoir de proposer des activités » aux détenus.

Ce 24 novembre, l’Assemblée nationale a adopté le projet de loi contre la récidive (sanctionnant notamment les condamnés pour crimes sexuels), « c’est la quatrième. On se retrouve avec une strate de lois souvent impraticables » s’insurge Robert. Une autre loi datant du 13 octobre dernier pourrait acter une expérimentation en cours depuis 2000. Cette démarche porte sur le classement des détenus selon leur degré de dangerosité. « Les critères ne sont plus définis en fonction de leur peine mais de leurs comportements en prison » dénonce-t-il. Dans l’immédiat, un recours parlementaire a été déposé devant le Conseil Constitutionnel. Et de s’enflammer, les conséquences « des lois sont plus en plus lourdes pénalement avec des peines plancher. Le sursis tombe, de plus en plus de monde subissent des peines de plus en plus longues ».

« L’incarcération devrait être une exception »

Dommage, pense le bénévole, le rapport Canivet –éponyme de son auteur Guy Canivet, membre du Conseil Constitutionnel depuis 2007, 1er président honoraire de la Cour de Cassation- préconisait de bonnes réponses. Reste « la volonté d’appliquer des choix politiques ». Actuellement « la prévention est naufragée. L’incarcération devrait être une exception, le dernier recours. Nous sommes dans le tout carcéral ».

La prison est un miroir accentué de tous les maux de la société. Pourtant, depuis l’abolition de la peine de mort en 1981, tout condamné sort un jour de prison. C’est sans doute pourquoi il est indispensable que le détenu reste un citoyen à part entière. Marginalisé à un moment de sa vie, il doit continuer à avoir sa place dans la société lors de sa libération. A ce titre, une réinsertion pensée est tout simplement essentielle.

16e Journées Nationales Prison, « La citoyenneté ne s’arrête pas aux portes des prisons », rencontre, samedi 28 novembre de 14 à 18h, Espace Canebière, 6 rue Sénac, 13001 Marseille. Au programme :interventions de Me Olivier Giraud, avocat sur « Les Droits fondamentaux », de Caroline Touraut, sociologue sur « Prison : Rester ou devenir citoyen ? », Christian Grua, délégué du Médiateur de la République, sur « Quels droits réels pour les détenus ? ». Avec la participation active de la Ligue des Droits de l’Homme et de la Cimade.

Les partenaires de l’événement : CAB, Le Relais-Enfants-Parents, GENEPI, Les Equipes de St-Vincent, Le Secours Catholique, Le Courrier de Bovet, Les Aumôneries Catholique, L’association Parents de Détenus (unique association en région PACA), L’entraide protestante, la section locale de l’ANVP (association nationale des visiteurs de prison).

 



 

 

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