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Journée provençale de la santé humanitaire : « les femmes sont les premières victimes »

22 novembre 2010

La Journée provençale de la santé humanitaire, organisée par Santé Sud a drainé près de cinq cent personnes ce 19 novembre. C’est l’événement sur la santé et la solidarité le plus conséquent en France. Plus de 75 structures d’urgence, de développement et de prise en charge de personnes vulnérables en France ou dans les pays du Sud, ONG ou associations locales ont débattu de « l’autre moitié du monde ». Au cœur des réflexions, la santé des femmes : Droits, violences, santé sexuelle et reproductive.


 

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La moitié de l’humanité est femme. Depuis la nuit des temps, les discriminations envers les femmes sont prégnantes. Les inégalités sont légion. Cette « autre moitié du monde » subit un plus difficile accès aux soins et un état sanitaire déficitaire. La santé sexuelle pose question notamment avec les excisions. Le VIH/Sida est la première cause de décès chez les femmes. La santé reproductive est catastrophique : les complications de la grossesse et de l’accouchement sont la première cause de mortalité chez les jeunes de 15 à 19 ans dans les pays en développement. En particulier, l’Afrique subsaharienne représente 48 % de la mortalité maternelle dans le monde. Les violences envers les femmes qu’elles soient physiques, psychologiques, sexuelles, économiques sont toujours extrêmement répandues, y compris dans nos pays occidentaux. Les Droits des femmes sont souvent bafoués. Les différences hommes/femmes sont présentes partout dans la société : l’éducation, l’emploi, les retraites,…

Droits des femmes… en danger

« Droits des femmes : indicateur de développement ? », premier thème abordé lors de cette Journée provençale. Claudine Blasco, animatrice de la Commission genre et membre du Comité scientifique ATTAC dresse un décor sombre. Dans les pays du Sud, les 3 000 zones franches d’exportation emploient principalement des femmes (80 %). Au Nord, le développement du temps partiel et des contrats précaires fait rage –toujours de l’ordre de 80 %. Elles sont sous-payées, le taux de chômage est plus important, les retraites sont inférieures à celles des hommes. Elles viennent grossir les rangs des réseaux clandestins, de la prostitution.

Pourtant, les femmes ont gagné des droits. Le PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement) a mis en place déjà en 1990 un Indice de Développement Humain, renforcé en 1995. « Si la femme est mieux protégée dans ses Droits, cela contribue à la croissance de l’indicateur de développement global » commente Claudine Blasco. « La justiciabilité est un problème. Les conventions restent lettre morte » déplore-t-elle. Un nouvel outil juridique existe : le Protocole d’application des droits économiques, sociaux et culturels. Auparavant, « un Etat portait plainte contre un autre Etat. Aujourd’hui, un groupe de gens peut porter plainte ».

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Inégalités prégnantes

Au-delà du patriarcat de nos sociétés, se cache la question de la capacité des femmes à accéder à leurs droits. Le constat est unanime parmi les intervenantes : on assiste à une régression des égalités. Sur un plan économique, « rien n’est favorisé pour l’accès au travail pour les femmes dans un contexte de crise » résume Fabienne Devynck, psychologue, vice-présidente de Féminin(s) Pluriel(s) en Pays d’Aix. Et de poursuivre, « on n’a pas l’impression qu’on part dans le bon sens. Rien d’acquis dans le Nord. Dans le Sud, on est dans une autre dimension ».

Marie Viles, sage-femme (Médecins du Monde PACA) souligne « c’est compliqué entre le droit légiféré et l’application du droit civil. On n’est pas toujours en phase avec la société. Par exemple, on a droit à l’IVG mais en même temps, on voit la fermeture de maternités car l’acte n’est pas rentable ». Christiane Giraud, médecin dans les quartiers Nord (Union Régionale des Médecins Libéraux PACA) fait observer un décalage important entre les progrès technologiques de la médecine et les citoyens. « Nous avons une responsabilité particulière pour que les soins soient compris. Se faire comprendre, informer » explique le praticien. L’isolement des femmes ne doit pas les empêcher de se mobiliser « pour que les demandes de Santé émanent d’elles ». Or le Dr Giraud constate « une sorte d’acceptabilité, les évolutions ne se font pas. On doit leur permettre de dire, de rendre visible cet état de fait ». Elle cite l’exemple de Santé Sud. L’ONG marseillaise est au contact des populations, s’adapte à leurs besoins. L’effort est important. Dans notre société « nous avons besoin de nous éduquer, transmettre notre savoir pour qu’il soit accessible. Sinon, nous sommes dans une dérive technologique qui nous éloigne de notre population » reconnaît le Dr Giraud.

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« Les critères sociaux ont une conséquence médicale »

« Les femmes sont les premières victimes » de cette réelle régression des droits, précise Mme Blasco. La démarche globale de leur santé se réduit à la relation maternante/affective…qui n’est pas au mieux. Paul Benos, gynécologue, membre de Santé Sud intervenait sur une autre question « Santé sexuelle et reproductive : vers quelles améliorations ? ». On est très loin des « Objectifs du millénaire pour le développement », fixés par l’ONU. Le scandale perdure en Afrique, recensant la moitié de la mortalité maternelle du monde. L’OMS commence à évaluer les programmes successifs, censés apporter des améliorations. Pour le Dr Benos, « les critères sociaux ont une conséquence médicale ». A contrario, l’évolution du statut de la femme n’est pas forcément exemplaire dans des pays comme l’Iran, l’Arabie Saoudite ou l’Algérie mais la mortalité maternelle est faible.

Plusieurs expérimentations n’ont pas donné satisfaction : développement de consultations prénatales, non suivies d’actions ; intervention en milieu rural auprès des accoucheuses professionnelles. Comment agir ? Par exemple, Santé Sud avait fait une évaluation en Mauritanie sur trois ans, « nous investissons beaucoup sur la formation. Nous avons fait tout un travail de sensibilisation avec les autorités locales, la DRASS ». Résultat, « nous avons réduit de plus de moitié la mortalité maternelle sur le centre de Néma ».

Transversalité des compétences

Le gynécologue reste très optimiste car aujourd’hui, « le domaine médical va rencontrer les compétences des sciences humaines et des sciences sociales ». Il s’agit de s’armer de patience selon le médecin. Il observe par ailleurs une prise de conscience politique, les Ministères de la Santé locaux s’impliquent davantage. Autre facteur positif est la mobilisation des femmes, assurant un rôle de relais auprès des populations.

Françoise Bouchayer, chercheur au CNRS à Marseille nous propose un autre regard sur la santé, celui du sociologue. Ses travaux portent sur le secteur de la santé et en particulier des soins, « qu’est-ce qui se joue dans les rapports de femmes, demandeuses de soins et les professionnels de santé ? ». Sociologues, anthropologues peuvent établir un lien entre les professionnels de santé et les femmes. «  Le contact n’est pas toujours facile dans les pays du Sud. Les professionnels de santé sont mal reconnus, pas toujours bien accueillis dans les structures de soins. Le système de santé a une place bien particulière dans la société » explique la sociologue. « Les programmes généraux de Santé Sud vont dans le bon sens : travailler à la fois, la solidité, la compétence professionnelle et l’humilité sociale » analyse Mme Bouchayer.

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Violences : « il faut briser la loi du silence »

Autre débat concernait les « violences envers les femmes : fatalité ? ». Le sujet est longtemps resté tabou, « on saisit à peine maintenant l’ampleur du phénomène. Il faut briser la loi du silence » affirme Esther Fouchier, économiste, fondatrice du Forum Femmes Méditerranée. En Europe, 48 % des femmes ont un jour subi des violences ; une sur dix, des violences sexuelles. Une femme décède tous les 2.5 jours, un homme, tous les 14.5 jours. Le département des Bouches-du-Rhône a l’un des taux les plus élevés pour les faits de violences volontaires, constatés par la police et la gendarmerie.

Certes, 2010 est déclarée Grande Cause Nationale pour la lutte contre les violences faites aux femmes. Des avancées significatives sont enregistrées. Les violences conjugales, les mariages forcés, les excisions sont reconnus. Néanmoins, selon Mme Fouchier, les moyens mis en place sont maigres, la politique menée n’est pas ambitieuse.

Christiane Bellas Cabane, pédiatre au Sénégal aborde le problème des mutilations sexuelles. L’excision n’est pas un acte bénin, les conséquences sont médicales, psychologiques, sexuelles. Pourtant, « bien qu’excisée, une femme peut avoir une vie normale » précise le Dr Bellas Cabane. 130 millions de femmes en Afrique de l’Est et subsaharienne, en Indonésie sont soumises à cette pratique traditionnelle. La lutte contre l’excision se poursuit. « La loi est nécessaire mais pas suffisante » ajoute la pédiatre. Des actions doivent être mises en œuvre : éducation des filles et des garçons, sensibilisation des femmes et des hommes et surtout, l’accès aux soins.

Droits, violences, santé : les femmes sont les premières victimes.

Santé Sud, 1ere ONG de santé du Sud-Est

Santé Sud est une ONG de solidarité internationale. En 1984, des professionnels de la santé se sont trouvés confrontés aux limites de l’aide d’urgence. Ils ont préféré le développement durable, unis par une même conviction : il faut renforcer les ressources humaines en santé des pays du Sud et « agir sans remplacer » -devise de l’association. L’objectif étant de renforcer les compétences locales pour faciliter l’accès aux soins de qualité et un développement durable de la santé pour les populations les plus vulnérables. L’association compte 300 membres bénévoles et 55 salariés dont la majorité dans ses 8 délégations locales dans les pays du Sud. Son budget est de 1.8 millions d’€. 85 % des fonds sont affectés aux actions de terrain. Santé Sud a obtenu le Prix de la Transparence Associative, garantie de rigueur financière et de qualité de l’information et le Prix de la coopération internationale du HCCI en 2006. Pour plus d’informations, voir le site : http://www.santesud.org

Ariane Ascaride, ambassadrice de Santé Sud

Santé Sud vient de lancer une nouvelle campagne de sensibilisation et d’appel aux dons avec une ambassadrice sympathique, Ariane Ascaride. La campagne repose sur plusieurs supports dont une série de 6 clips TV à partir d’images de films tournés sur le terrain et mettant en scène Ariane Ascaride. L’AP-HM TV réalise ces clips gratuitement ainsi que la bande son, diffusée en radio. La comédienne parraine les actions de Santé Sud depuis 2003.

 



 

 

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