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Journalist(m)es en crise

29 mai 2008 - Dernier ajout 18 septembre 2008

On savait la « corporation » des gens des médias dans une mauvaise passe. Débouchés limités, déséquilibre financier des entreprises de presse, déstabilisation par les gratuits et le « tous journalistes » des nouveaux média,... Désormais, les symptômes d’une crise profonde et durable s’étalent à longueur de grève, de dégraissage salarial et de conflit avec le pouvoir. No future ?


 

A qui, ou à quoi, la faute ? C’est la première question, aux multiples réponses, qui s’impose aux observateurs, journalistes, et aux lecteurs. Aux lecteurs, parce que la presse écrite semble touchée de plein fouet par la « récession » – des ventes, des recettes publicitaires, de la confiance – alors que l’audiovisuel paraît (seulement) plier mais ne pas rompre.

La presse écrite

L’alarme est tirée depuis bien longtemps. Ce n’est un secret pour personne, le quotidien des quotidiens n’est pas un long fleuve tranquille. Celui des magazines plus, à la rigueur. Mais voir les plumes du Monde poser le stylo, à plusieurs reprises, pour manifester leur désapprobation du plan adopté par la direction pour « sauver » le journal français de référence, impliquant la suppression de nombreux postes ; voir les invisibles de l’AFP descendre dans la rue, pour rugir contre les attaques répétées de Nicolas Sarkozy et ses affidés et leur vœu de contrôler l’information ; voir la télévision (bientôt mobile) et Internet grignoter sagement des parts aux canards ; voir le secret des sources remis en cause par un projet de loi entouré de trop rares précautions… Et même le quotidien sportif l’Equipe, pourtant si populaire, que l’on voit au bord de l’asphyxie ! Tout cela n’augure rien de bon pour l’avenir de la presse et de ses gratte-papier.
L’avènement des « gratuits » reste plus ou moins hors de cause dans cette dégringolade : Metro, 20 Minutes et autres Direct Soir et Sport ne piquent apparemment pas les lecteurs assidus de la presse payante, mais n’en attirent pas non plus vers elle, pour approfondir l’info brute délivrée. Leur financement « Girardiniste » [1], où règne le tout publicitaire, porte néanmoins un coup aux revenus de la presse dite traditionnelle qui autrefois se partageait seule le marché restreint de la propagande commerciale.
A cela s’ajoute une perte inextinguible de confiance. Tandis qu’il ne touchait guère que les plumitifs peu soucieux de livrer une information qui, faute d’être strictement objective, ne se plierait pas aux injonctions d’investisseurs (industriels par exemple), le manque de crédibilité gagne toutes les instances du journalisme. L’hebdo Le Nouvel Obs et la radio Europe 1 en tête de gondole : l’histoire du SMS de Nicolas à Cécilia, alors que Carla était déjà là, puis des propos orduriers sur les journalistes attribués « par erreur » au chef de l’Etat pour l’un, et l’annonce prématurée du décès de Pascal Sevran pour l’autre… Véhiculer la rumeur, plutôt que la vérifier, ne pas se détourner de la Sarko-sainte vie privée : de quoi faire passer le plus sérieux des média pour du papier toilette peoplesque auprès des lecteurs/auditeurs/téléspectateurs (et ce, même s’ils en sont friands).
Leur désamour s’en trouve accentué, et ils tournent leurs yeux et leurs oreilles davantage encore vers les petits écrans – de la télé et de l’ordinateur. Pour la défense des journalistes, notifions des conditions de travail de plus en plus pénibles, et une pression temporelle et sensationnelle accrue.

L’audiovisuel

Côté audiovisuel, la situation tourne aussi vinaigre. Le privé se porte plutôt bien – quoique l’ouverture à la concurrence publicitaire liée à l’arrivée de la TNT, et bientôt de la télévision mobile – entraîne une redistribution des recettes. « Heureusement », l’annonce par le gouvernement de la potentielle suppression de tout ou partie de la réclame dans l’audiovisuel public, a fait flipper les annonceurs qui se sont illico reportés sur les chaînes hertziennes ne dépendant pas de l’Etat. TF1, M6 et Canal + se sont quand même constituées en une association de « défense des droits et intérêts des chaînes privées », au cas où.
Sans pub, comment faire vivre l’audiovisuel public ? La question fait toujours l’objet d’études et de débats (ce qui aurait dû constituer un préalable à toute annonce éthérée). La commission Copé, sensée se pencher sur la question du financement de l’audiovisuel public rame complètement. Principal point d’achoppement : la redevance télé. Dans ses premières conclusions rendues le 21 mai, la commission n’exclut pas de rehausser la redevance ? Le 27, sur RTL, Nicolas Sarkozy dément : il n’est pas question d’y toucher. Et les membres socialistes participant à la réflexion de claquer la porte, devant tant d’incohérence et de manque de concertation.
Pour signifier son ras-le-bol, le microcosme de l’audiovisuel public appelle à la grève, le 18 juin prochain. Celle lancée par France 3 récemment n’a été que peu suivie. Est-ce à dire que les personnels sont résignés ?
Il y en a qui ne le sont absolument pas, résignés. Ce sont les partenaires étrangers de TV5 Monde. Car, autre « étourderie » présidentielle, l’annonce d’une fusion de l’audiovisuel français de l’extérieur (RFI, France 24, TV5) en une entité unique appelée France Monde a causé bien des remous. D’abord France Monde, ce n’est pas possible. Déjà pris. Nous avons donc désormais droit à l’appellation malsonnante de « société de l’audiovisuel extérieur de la France ». Ensuite, TV5 Monde ne constitue pas à proprement parler une société strictement… franco-française, mais francophone. Rebuffade, donc, des partenaires suisses, belges et canadiens. Qui finissent par obtenir gain de cause, sous la forme d’un accord fraîchement paraphé, leur assurant une certaine indépendance financière et éditoriale.

Et le Web dans tout ça ?

Sur Internet, la pratique du journalisme prend une tout autre dimension. Sans refaire le débat sur « Qu’est-ce qu’être journaliste », « Journalistes et blogueurs, la guerre ? », ou encore « Internet, le média du futur ? », on peut admettre quelques faits.
Un, Internet a effectivement bouleversé les journalistes, et le journalisme, notamment sur la forme [2]. Deux : certains journaux papier trouvent un écho favorable sur le net. Leur site surpasse souvent en terme d’audience leur diffusion réelle et constitue en outre un moteur, une vitrine indéniable. Ainsi, Lemonde.fr affiche une santé de fer, alors que sa maison mère prend l’eau. Volonté du premier, les deux rédactions sont d’ailleurs distinctes.
Tertio, l’éloquente pluralité des contributions webistiques confère à la Toile un aspect « démocratisation de l’information ». Cette même pluralité conduit cependant à une masse informe de news, dont il est malaisé de délier le vrai du faux.
Quant aux journalistes (non strictement blogueurs) officiant sur le Web, ils n’ont pas trente-six solutions : soit ils en vivent (néanmoins extrêmement rares sont les sites d’information à rémunérer – décemment s’entend, pas en reversant quelques roupies tirées du nombre de clics sur les bannières commerciales – leurs rédacteurs), soit ils travaillent par ailleurs. Même les sites les plus visités, comme Rue89, MediaPart, Bakchich,… ne publient que des textes écrits « bénévolement ». Passe encore quand on est étudiant stagiaire (les grands média traditionnels eux aussi ne rémunèrent pas ou peu leurs stagiaires. En contrepartie, l’étudiant affiche un CV brillant, se disent-ils). Dès lors que ce stade est franchi, difficile de joindre les deux bouts en ne se nourrissant que d’encre et de papier – ou plutôt de clics et de frappe sur le clavier. Enfin, le flou gouvernant aux statuts des sites informatifs, gouverne également au statut des journalistes y travaillant.

Alors…

Alors il est temps de prendre des décisions. Nicolas Sarkozy (on ne peut nier une certaine… omniprésence), s’étant invité à l’improviste aux 2es Assises du Journalisme [3] qui ont eu lieu du 21 au 23 mai à Lille, a prôné la tenue d’« Etats généraux de la presse » [4]. Pour lui, outre le Web [5], ce qui tue à petit feu la presse réside dans un problème de distribution : insuffisance des points de vente et du portage à domicile. Faux, rétorque vertement le SNJ (Syndicat National des journalistes) [6].
Tant qu’à s’immiscer dans la vie des média, Jean-François Kahn, le père de Marianne, invite le président de la République à intervenir en faveur du maintien à flot du Monde. Dans un Point de Vue publié par l’hebdomadaire (en date du 17 mai et intitulé « A ceux que ne révolte plus l’assassinat possible de la presse quotidienne »), JFK le révolté ne dicerne pas dans « l’asservissement croissant » des média une raison suffisante pour « laisser crever les quotidiens ». Pour lui, « la disparition, ou la mise sous tutelle du Monde constituerait un crime contre la République ». On est d’accord. Pour l’occasion, l’interventionnisme étatique ne ferait pas de mal. Toutefois il est inimaginable de maintenir sous perfusion de fonds publics une entreprise de presse.
Programmée, la mort du journalisme de presse écrite, du journalisme complètement indépendant de tous business ou public angels ? Condamnés, les journalistes, à être mal-aimés, à servir du scoop chaud-bouillant ? Le SNJ espère encore un sursaut de la qualité de l’information offerte, une confiance retrouvée. Sera-ce suffisant pour enrayer la marche vers toujours plus de fusions, de monopoles, de productivisme, de discrédit, de précarité ? Laissez-moi en douter…

 

 

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