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« J’y suis, j’y reste » : un autre regard sur le quotidien des sans-papiers

4 décembre 2011

Durcissement des conditions de séjour et d’acquisition de la nationalité française, réforme du droit d’asile, alors que les annonces se multiplient et en pleine controverse sur la bataille menée par le ministre de l’Intérieur contre l’immigration, Cyril Zannettacci revient sur un des derniers épisodes marquants de la lutte du collectif des sans papiers : l’occupation de la Caisse Primaire d’Assurance Maladie (CPAM) en 2010. A travers son objectif, le photographe nous fait pénétrer dans le quotidien de ces hommes et de ces femmes qui ont élu domicile pendant plusieurs mois, rue Beaudelique, jusqu’à leur évacuation en août 2010. Il présentait ses photos, vendredi, au centre culturel Confluences, dans le 20 ème arrondissement de Paris.


 

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Des gamelles jouant les équilibristes sur des réchauds, des bidons d’eau entassés dans les couloirs, quelques vêtements accrochés à un coin de porte, des fenêtres redessinées au scotch, une paire de chaussures abandonnée aux pieds d’un matelas posé sur une paillasse de fortune, Cyril Zannettacci s’est immergé pendant trois mois dans le quotidien des habitants de la rue Beaudelique, à la rencontre du collectif des sans-papiers qui a investi l’ancienne CPAM rebaptisée pour l’occasion, « Ministère de la régularisation de tous les sans papiers ». Un lieu qui abrite d’anciens bureaux de la Sécurité sociale, dont une partie désaffectée, et qui se compose de plusieurs étages répartis dans d’immenses hangars. 1500 sans-papiers y ont trouvé refuge en juillet 2009, après leur expulsion de la Bourse du travail.

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Scrutant chaque objet et chaque détail de ce lieu de vie devenu l’ultime repère avant la rue, l’œil du photographe se pose également sur chaque visage, révélant les traits graves et les regards hagards de ses habitants dont certains attendent d’être régularisés depuis presque 10 ans. Ils sont en majorité maliens, sénégalais ou ivoiriens, en tout, 25 nationalités se sont croisées rue Beaudelique : « des Africains qui sont là, pour beaucoup depuis longtemps, qui ont travaillé, payé des impôts et qui ne voient pas leur titre de séjour renouvelé et qui par conséquent ne peuvent plus retrouver ni job ni logement. Ils se retrouvent sans argent, à vivre dans l’ illégalité, comme des vagabonds. Certains ne sont pas sortis depuis des mois, de peur d’être arrêtés », commente le photographe indépendant.

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Une illégalité qui conduit indéniablement à l’enfermement. Les conditions de vie de ces hommes dépeintes sur l’image ne sont pas sans rappeler l’univers carcéral, sentiment le plus dur et prégnant quand on pénètre dans ce lieu et quand on plonge dans cet univers, souligne Cyril Zannettacci. « On veut juste travailler pour recouvrer la liberté », confient plusieurs sans-papiers dans un témoignage présenté sous forme de diaporama sonore. « L’enfermement, les autorités m’ont mis au repos forcé pour une période indéterminée. Si je n’obtempère pas, il y a de grandes chances que je sois reconduit. J’ai hâte de quitter ce corps malade, me redresser, et leur montrer quel valeureux guerrier je suis. Je longe les murs des couloirs, puis traverse une ironie, passe des jours et des nuits interminables sur un lit sans jamais trouver le sommeil. Je suis Robinson, et ma terre d’accueil est une île flottante. », écrit Jean-Charles Lopy, ami du photographe, dans un texte accompagnant l’exposition.

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Derrière les palissades, je vois....

Le reportage a été réalisé au printemps 2010, un an après la forte médiatisation du collectif de sans-papiers. « J’ai toujours suivi leur histoire et je voulais intervenir à un moment où les gens en parlaient moins et où ça retombait un peu dans l’oubli. Je suis aussi toujours curieux de découvrir ce qui se cache derrière les palissades. J’avais un contact, puis j’ai poussé des portes et j’y suis allé de manière instinctive. Une fois entré, j’ai passé mon temps à frapper aux portes, à rencontrer des gens, à les photographier et à les enregistrer. Ils ont compris que je n’étais pas là pour faire quelque chose de spectaculaire pour la presse, mais que j’étais là, à titre de photographe-auteur pour raconter leur vécu à ce moment là, précis », raconte le photographe. Loin de n’être seulement qu’une nécessité matérielle, il rappelle que le rassemblement de ces sans-papiers au sein d’un collectif et dans un même lieu, était une manière de fédérer le mouvement et d’organiser la lutte. Leur objectif : sortir de l’ombre et obtenir des papiers afin de vivre dans la dignité.

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Lorsque le scénario de la Bourse du travail se rejoue en août 2010, après presque un an d’occupation, certains sans-papiers se font régulariser, au compte goutte, tandis que d’autres s’évaporent dans les quatre coins de la capitale. Les occupants avaient dû quitter les lieux, après une décision de justice les sommant de partir. Ils avaient accepté, en échange de la promesse de la préfecture d’examiner les dossiers dés l’évacuation du bâtiment. « Beaucoup se sont éparpillés dans Paris, parfois ils se rassemblent à République pour essayer de fédérer quelque chose. Mais ce qui leur manque désormais, c’est un lieu pour organiser leur combat », regrette le photographe, qui reconnaît avoir troqué pour cette exposition, sa casquette de poète contre celle de militant, afin de dévoiler au grand public ce qu’il a entrevu derrière cette palissade...

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Exposition « J’y suis, j’y reste », photographies de Cyril Zannettacci, texte de Jean-Charles Lopy, à découvrir du 2 au 30 décembre, à l’espace Confluences, dans le 20ème arrondissement de Paris, au 190 boulevard de Charonne.

 

 

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