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Immigration : quand les pays européens brandissent le panneau danger

29 juillet 2011

Un taux de chômage quasi nul, un pays épargné par la crise, un Etat providence au service de tous,... On pensait que la Norvège, ce pays à l’image idyllique, était bien loin des relents nationalistes et des discours populistes. Pourtant ni plus ni moins que les autres pays d’Europe, ce pays scandinave est aussi en proie à ce regain de néo-nationalisme. En Norvège, comme en France et dans le reste de l’Europe, le constat est le même : on assiste à un repli des populations et à la montée des extrémismes. Analyse de ce phénomène en France et en Norvège, deux pays aux traditions d’immigration bien différentes, mais dont l’histoire semble s’écrire de façon similaire.


 

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Dans son manifeste, Anders Behring Breivik, auteur présumé du massacre qui eu lieu en Norvège le 22 juillet dernier, explique avoir voulu « éveiller les masses » face « au multiculturalisme qui pourrit la Norvège ». Un discours extrémiste remis sur les devants de la scène en Norvège, pays qui voit, depuis quelques années, le climat d’inquiétude autour de l’immigration, s’intensifier. « Partout en Europe, la rhétorique en matière d’immigration a changé et c’est une question importante en Norvège, comme ailleurs en Europe », analyse Rojan Ezzati, sociologue et chercheuse norvégienne au Peace Research Institute d’Oslo. Les mêmes interrogations, le même constat dressé en France et en Norvège, en dépit d’un passé bien différent en matière d’immigration. D’un côté, la Norvège se distingue par une vague d’immigration récente, alors que la France caractérisée par une tradition d’immigration remontant à plus de cent cinquante ans, est toujours à la recherche de son modèle.

D’un pays homogène à une population hétéroclite en quelques années

En Norvège, ce n’est en effet que depuis quelques années, que les habitants doivent composer avec ce nouveau phénomène. Entre le milieu des années 1990 et 2010, le nombre d’immigrés et d’enfants d’immigrés a doublé. Il atteint aujourd’hui 500 000 personnes, soit environ 10 % de la population. « L’immigration est assez récente en Norvège, il y avait encore peu d’immigrés avant les années 1960-1970. La Norvège à cette époque était encore un pays pauvre. Quand le pétrole a été découvert, le pays a changé, on avait besoin d’une force de travail étrangère, rapporte Rojan Ezzati. D’une population très homogène, on est passé en quelques années à une population hétéroclite avec des langues, des religions différentes qui sont arrivées. On avait besoin de cette force de travail, mais on pensait qu’elle était temporaire. Cependant, quand les femmes et les enfants sont arrivés aussi, le discours a changé ».

Une posture que Jean-Jacques Jordi, historien et spécialiste des migrations marseillaises partage : « Si les femmes et les enfants investissent l’espace public, il y a un phénomène de rejet. En France, dés 1974, alors que Valéry Giscard d’Estaing instaurait l’immigration zéro, on a en même temps autorisé le regroupement familial pour les ouvriers algériens arrivés pendant les trente glorieuses : la part des immigrés a donc fortement augmenté et est devenue très visible ».

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On parlait déjà de « la régulation des flux migratoires » dés la fin du 19ème siècle, rappelle Jean-Jacques Jordi.

Le marché du travail n’étant pas en proie au chômage en Norvège, c’est davantage dans la sphère sociale que les tensions se font le plus sentir face à ces immigrés, des demandeurs d’asile venus de pays en guerre comme l’Afghanistan, ou le Kurdistan, puis de Pologne. « La Norvège est un état providence et les gens ont peur que les immigrés exploitent les services sociaux », souligne Rojan Ezzati. A cela se greffe bien sûr la peur de l’étranger, de l’inconnu qu’alimentent les partis de droite. Un changement culturel et social rapide s’est opéré dans ce pays sans passé colonial mais qui a, au contraire, été successivement colonisé par ses voisins scandinaves avant d’obtenir sa souveraineté en 1905. « On fait donc d’autant plus attention à ces problèmes de racisme qu’on a été colonisé », indique Rojan Ezzati.

En France, le discours anti-immigrés se déplace davantage sur le terrain économique, même s’il investit aussi l’espace social. Il ne faut pas oublier que les discours les plus virulents à l’encontre des immigrés datent de plus d’un siècle. On parlait déjà de « la régulation des flux migratoires » dés le XIXe siècle, rappelle Jean-Jacques Jordi : « ces discours visaient les Italiens au début du XXe siècle essentiellement, puis il y a eu les Polonais qu’on trouvait trop religieux et donc impossibles à assimiler et enfin, la figure de l’Italien a laissé place à la figure du Nord-Africain, de l’Algérien, dans les années 1960 qui a pris les traits d’un suspect, d’un terroriste, suite aux évènements de 1973* et de la guerre d’Algérie ».

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Des arguments qui séduisent fortement une population très nationaliste, mais à relativiser pour Rojan Ezzati

De cette immigration de plus en plus perçue comme un danger, se sont nourris les discours des partis populistes puis extrémistes de droite. Le Parti populiste du progrès (FrP), deuxième formation politique de la Norvège depuis 2009, entretient ainsi la figure de l’étranger qui bouleverse la société norvégienne en l’islamisant. Des arguments qui séduisent fortement une population très nationaliste, mais à relativiser pour Rojan Ezzati : «  Le parti du progrès est un parti surtout populiste plus qu’extrémiste. La preuve : le tueur présumé a appartenu à ce parti mais il l’a quitté car il ne le trouvait pas assez virulent. Il y a certes beaucoup de petits partis extrémistes en Norvège, mais ils ne sont pas au pouvoir, on est bien loin des partis d’extrême droite actifs aux Pays-Bas, au Danemark ou en France ». Des discours néo-nationaliste et islamophobe qu’on retrouve dans les pays voisins de la Scandinavie qui connaissent une importante vague d’immigration depuis une vingtaine d’années.

Cette spécialiste de l’immigration admet cependant que ces idées, qui trouvent de plus en plus d’écho au sein de la population, ont une influence sur la politique d’immigration du gouvernement. Ce dernier a en effet instauré des mesures de restriction en matière d’immigration et développé des dispositifs de retour au pays. « Mais même si des tendances d’extrême droite existent aussi en Norvège, il ne faut pas penser qu’elles sont davantage présentes ici qu’ailleurs, met en garde la sociologue. Ce qui s’est passé pourrait arriver en France », nuance-t-elle. Pour la chercheuse, le tueur présumé a voulu envoyer un message fort au gouvernement, qui selon lui, « menace la démocratie et ne sanctionne pas assez ». « D’ailleurs l’opposition dit souvent des travaillistes qu’ils sont naïfs sur cette question de l’immigration, qu’ils veulent juste être politiquement correct », ajoute la spécialiste.

Si cette crainte de la population vis-à-vis de l’immigration est aussi bien présente en France, gageons au moins que le passé colonial mouvementé du pays lui serve d’avertisseur et qu’elle soit ainsi mieux préparée à toutes les éventualités car, comme le souligne Rojan Ezzati : « On pensait le terrorisme islamiste, on voit qu’il n’est pas seulement l’apanage de cette religion et qu’au-delà d’être religieux, il peut être nationaliste », conclut la spécialiste.

*Le 25 août 1973, à Marseille, le meurtre d’un conducteur de bus par un immigré algérien fait les gros titres des quotidiens. Dans les jours qui suivent, les Algériens sont pris pour cible par la population et meurent, victimes de crimes racistes.

 

 

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