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« Il y a nécessité à produire un antiracisme de type politique »

15 novembre 2012

C’est à Echirolles, les 10 et 11 novembre derniers que se sont déroulées les 4èmes rencontres nationales des luttes de l’immigration, organisées par Le Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires (FUIQP). Ces rencontres placées sous le signe du 50ème anniversaire de l’indépendance de l’Algérie, avaient pour but de rassembler politiquement, au-delà de leurs divergences les militants et populations issues de l’immigration,. L’enjeu est d’autant plus grand, que la période actuelle est marquée par un climat délétère, dans lequel sévit un racisme d’Etat, érigé en système destructeur de la cohésion sociale et en arme de domination. Les idéologies et les discours nauséabonds se transformant souvent en actes. Violences policières, crimes racistes, Islamophobie, marginalisation et mépris des quartiers populaires, égalité des droits à géométrie variable. Au cours de cette première table ronde, Kamel Badaoui, membre du FUIQP, Houria Bouteldja, porte parole du Parti des Indigènes de la République et Saïd Bouamama, sociologue ont tenté d’expliquer « le racisme comme étant un système et un instrument de domination qui trouvent ses origines dans le passé esclavagiste et colonisateur des pays riches.


 

Pour contrer le chômage endémique qui sévit dans les quartiers populaires, les discriminations, le racisme, les violences policières, autant de maux qui minent la société française, les populations issues de l’immigration tentent depuis quelques années de débattre et de s’organiser dans le cadre des Rencontres Nationales des luttes de l’Immigration. Les premières rencontres ayant débuté en 2009 dans le Nord Pas de Calais , pour être ensuite organisées en 2010 à Marseille, en 2011 à Créteil et cette année à Echirolles. « L’acte de naissance de ces Rencontres nationales n’avait pas d’objectif de structuration et de projet politique » indique Saïd Bouamama. Ce n’est qu’à partir des troisièmes rencontres, qu’est né le FUIQP. « Jusqu’à aujourd’hui on ne peut pas dire que la mayonnaise ait pris. Il y a 3 régions de France dans lesquels des collectifs fonctionnent. Pour le reste beaucoup sont restés dans l’attente et l’observation » poursuit-il. Les enjeux sont pourtant de taille. En effet, le temps passe et le racisme ne cesse de s’exacerber.

« La définition du racisme est obsolète, inefficace »

Selon Houria Bouteldja, on assiste depuis quelques années, à la disparition de l’antiracisme traditionnel, représenté par de grandes assos telles que la Licra, la LDH, la MRAP, qui défendent l’idée de l’antiracisme, qui existe depuis la fin de la seconde guerre mondiale. La porte parole du PIR affirme que cet anti racisme ne répond pas aux exigences de ce qu’est réellement le racisme. « La définition du racisme est obsolète, inefficace parce qu’on a comme tradition de considérer le racisme comme une question morale et répondant à la définition de la haine de l’autre. Le chant de l’antiracisme est en train de se restructurer autour des questions liées au racisme réel. Dans l’entre deux guerres, l’anti-racisme se mobilisait contre l’antisémitisme car c’était le racisme réel du moment. Aujourd’hui, le racisme réel et structurel est celui qui vise les habitants des quartiers populaires, les musulmans, les noirs, les Rroms. Ces populations sont visées par le racisme d’Etat et les institutions, ce que les associations de l’antiracisme traditionnel ne dénoncent pas. »

C’est dans ce sens qu’elle affirme que le racisme est un système de domination dans lequel quelqu’un qui subit le racisme ne peut pas s’en sortir individuellement. L’exemple du contrôle au faciès est à ce titre révélateur. « Personne ne peut échapper individuellement au contrôle au faciès parce que ce sont des agents de l’Etat qui nous demandent nos papiers, trois, quatre, cinq fois par jour. Soulignant ainsi la nécessité de prendre en charge de manière politique la question du racisme, qui n’est rien d’autre qu’un système de domination. Est-il nécessaire de rappeler que ce racisme est historiquement datable ? « Il est daté de l’expansion au monde d’un système social : le capitalisme et qui va pour s’étendre, utiliser une arme : la colonisation » explique Saïd Bouamama.

« Ceux qui bénéficient de la discrimination raciale des Indigènes ne sont pas coupables en tant qu’individu. Ils naissent dans des sociétés qui leur donnent des privilèges dés leur naissance. Parmi eux, il peut y avoir des gens parfaitement anti racistes, qui rejoignent le combat contre leur privilège, contre un système de domination » explique Houria Bouteldja. Selon elle, pour dépasser la race comme système structurant, encore faut-il le regarder en face « car ce sont les institutions, les politiques racistes et l’Etat qui assignent l’Indigène dans sa race. »

« Le racisme est lié au pouvoir »

Malcom X affirmait que seuls sont ceux qui ont le pouvoir d’influer négativement sur la vie d’un individu, ont la possibilité de produire un racisme systémique. Autrement dit, « on ne peut pas parler de racisme lorsqu’on n’a pas affaire à quelqu’un qui a accès à un pouvoir... au pouvoir de nuire en particulier » résume le sociologue qui insiste également sur le fait que « c’est parce qu’il y a un racisme, qu’il y a des préjugés ».

Les violences policières sont à ce titre, révélatrices. Saïd Bouamama rappelle qu’on a plus de chance d’être tué par un policier quand on est noir et arabe. Et le comportement de la police n’est en effet pas le fruit du hasard. L’appareil d’Etat est donc à questionner. Depuis 1977, plus de 300 morts du fait de la police et le recensement n’est pas exhaustif. « Le contrôle policier n’est qu’une phase apparente du racisme. On a l’impression que le policer n’est pas un justiciable comme les autres » souligne Kamel Badaoui, membres du FIUQP. « Qui nous protège de la police lorsqu’elle tue et discrimine. » C’est en ces termes que s’interroge le collectif de familles « Vies Volées » dénonçant les violences policières et les contrôles au faciès.

Le sociologue va jusqu’à affirmer qu’à chaque fois qu’une institution, qu’un homme politique doté d’un pouvoir, qu’un journaliste médiatique ou qu’un écrivain met en avant un discours de légitimation du racisme, c’est une autorisation à tuer, à brimer. Affirmant que le propre d’un système c’est qu’il n’y a pas de coupure entre les actes et les idées. Et la phrase a des effets matériels : des effets de meurtres. « Si nous regardions aujourd’hui comment va se traduire dans la quotidienneté, la phrase de J-F Copé sur les pains au chocolat et qu’on fait le bilan dans deux ans, et bien, elle aura tué des jeunes dans nos quartiers populaires ».

Le racisme anti-blanc : « une arme redoutable » pour remettre à sa place le dominé qui s’insurge ?

Nous sommes dans une période particulière où l’on assiste à l’émergence d’une thèse : le racisme anti-blanc.
Houria Bouteldja a été l’une des premières militantes politiques à avoir été poursuivie pour racisme anti-blanc. Comme le sont également le sociologue Said Bouamama et Said, le chanteur du groupe ZEP, poursuivis pour avoir écrit un livre et une chanson intitulés « Nique la France ».

Frantz Fanon a été l’un des premiers à en parler. « Lorsque le colonisé commence à refuser sa place de dominé, la thèse du racisme anti-blanc apparait ». Malcom X lui, affirmait que c’est lorsqu’ils ont commencé à avoir leurs propres organisations, qu’ils ont été accusés de racisme anti-blanc. C’est une façon d’inverser la logique et mettre en analogie les choses qui ne peuvent pas être comparables. Houria Bouteldja affirme de son côté l’absurdité de cette notion de racisme anti-blanc. « On ne peut pas être raciste car est raciste celui qui est en haut de la hiérarchie raciale. [...] Il ne faut pas confondre le racisme et les réactions au racisme ». Or, cette notion de racisme anti-blanc reste « une arme redoutable » affirme la porte parole du PIR qui craint que cette idéologie ait du succès et trouve écho au sein de la société française. De son côté Kamel Badaoui affirme également que le développement de cette campagne sur l’existence d’un racisme anti-blanc a pour objectif de construire une partie de la société comme dangereuse, comme un ennemi de l’intérieur. C’est l’un des objectifs des dominants.

Organiser une riposte politique nationale

Pour le sociologue, il y a une fonction économique au racisme à l’image de l’organisation d’une segmentation raciste du marché du travail en France. Parce qu’il y a des discriminations racistes, les personnes issues de l’immigration sont contraintes d’accepter des postes avec des droits en moins, d’accepter une surexploitation. Selon lui, le racisme comme système aboutit également à éparpiller les combats. « Ce n’est pas parce que nous sommes mauvais, qu’on arrive pas à organiser une riposte nationale. Devenir militant dans un quartier populaire, c’est encore plus difficile » ajoute Saïd Bouamama. La précarité étant un frein majeur à la riposte politique. La dégradation sociale des quartiers populaires reste grande. Le chômage y est deux à trois supérieurs à la moyenne nationale. « L’enjeu est aussi une opération de salubrité publique que d’organiser les quartiers populaires » assure-t-il.

« Il y a donc nécessité à produire un antiracisme de type politique. Il n’y aura pas de perspectives égalitaires dans ce pays, si on ne pose pas les questions qui fâchent. C’est-a-dire des questions d’égalité avec ces héritiers de la colonisation. Au-delà de nos identifications politiques, si nous sommes unis sur un certain nombre de repères politiques (lutte contre l’Islamophobie, violence policière, question des sans papiers, guerres coloniales) faut qu’on trouve les moyens d’être dans une convergence d’actions » conclu Said Bouamama.

Lire l’article de notre confrère Emmanuel Riondé sur la revue Regards

 



 

 

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