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IVG : un droit menacé ?

10 novembre 2010 - Dernier ajout 11 novembre 2010

Plusieurs structures et associations ont appelé à une manifestation nationale, samedi 6 novembre, afin de défendre le droit à l’avortement, selon elles remis en cause. Nous faisons le point avec Claire Ricciardi, présidente du Planning familial de Marseille et responsable du numéro vert* IVG/Contraception en PACA.



 

Comment s’est déroulée la manifestation de samedi ?

En ces temps de contestation de la réforme des retraites (une manifestation unitaire avait lieu le même jour, ndlr), il était difficile de mobiliser. Nous avons donc choisi de faire un point à Marseille : il y a des personnes du Collectif 13 Droits des Femmes qui sont montées à la manifestation nationale, et celles qui n’y sont pas allées ont défilé dans le cortège marseillais contre la réforme des retraites. Nous nous sommes mises sur le pont sous lequel passait la manifestation cours Lieutaud, pour plus de visibilité. Notre mot d’ordre portait bien sûr sur l’IVG, mais également sur les retraites, parce qu’à chaque fois que les droits régressent, les droits des femmes régressent deux fois plus vite.

En quoi le droit à l’avortement vous paraît-il menacé ?

Ce n’est pas tellement en tant que droit qu’il est menacé. Le droit existe, les dispositions aussi. Ce qui commence à poser problème, c’est l’accès. C’est-à-dire que les réformes de la santé, par soucis d’économie, tendent à concentrer les établissements. Et à chaque fois qu’un établissement ferme, que deux établissements – qui concernent notamment la gynécologie obstétrique – fusionnent, cela veut dire aussi qu’il y a un centre d’IVG qui ferme. Ce qui réduit le nombre d’actes potentiellement praticables. Ces concentrations qui visent à réduire les coûts, touchent en premier lieu l’IVG, qui est la partie non « noble », la moins bien rémunérée, des actes chirurgicaux.

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La banderole déployée samedi 6 novembre lors de la manifestation pour la défense du droit à l’avortement. © Planning Familial 13

La ministre de la Santé Roselyne Bachelot avait promis, à l’occasion de la Journée de la femme en mars dernier, de revaloriser cet acte. Apparemment, les associations de défense du droit à l’avortement ne voient rien venir… Etait-ce un effet d’annonce ?

Il semblerait que la veille de la manifestation de samedi, elle ait dit « je vais le faire ». Je ne sais pas si elle va effectivement en revaloriser la prise en charge, mais c’est vrai que cela fait un moment qu’elle le promet. Si on ne leur rappelle pas leurs promesses, les politiques ne les tiennent pas toujours. Mme Bachelot a toujours soutenu qu’elle restait vigilante au droit à l’avortement, néanmoins, on ne voit rien venir pour l’instant. Sachant que les hôpitaux facturent désormais à l’acte, et ce dans un but de rentabilité, ils indiquent que cet acte est déficitaire. Pourtant, c’est un acte relativement simple, qui nécessite certes un petit bloc opératoire lorsqu’il est fait de manière instrumentale, mais qui peut être pratiqué dans une petite structure.

La loi sur l’hôpital public induit donc une diminution des actes pratiqués ?

Le problème c’est que plutôt que de fermer des établissements pour des questions budgétaires, et se dire après « on verra si on pourra toujours assurer ces actes », il vaut mieux regarder ce qui se fait dans un centre, pour voir comment faire, de manière à ce qu’il n’y ait pas de rupture du service. Nous avons une vraie inquiétude là-dessus. Pour attaquer le droit à l’IVG, il n’est pas besoin de le supprimer ; si plus personne ne le pratique parce qu’il n’est pas rentable et qu’il n’y a pas de centres disponibles, le droit existera toujours sur le papier, mais pas dans les faits. Ce matin j’ai eu au téléphone une dame de Salon-de-Provence qui m’a dit que l’hôpital n’avait pas de rendez-vous avant un mois. Avec le risque pour elle de dépasser le délai légal. L’hôpital de Salon n’est pas en cause, mais ils manquent de personnel. Ils préfèrent assurer les accouchements plutôt que les IVG. Donc c’est ce qui passe à la trappe en premier, parce que l’on dit que ce n’est pas une urgence vitale de faire une IVG.

Ce manque de place et de moyens amène-t-il les praticiens à pousser les femmes vers une IVG médicamenteuse, plutôt qu’instrumentale ?

C’est vrai que beaucoup de praticiens préfèrent l’IVG médicamenteuse, dans le sens où eux-mêmes ne sont pas confrontés à l’acte. Qui plus est, cela ne nécessite pas la mobilisation d’un bloc opératoire, d’un anesthésiste. Ceci étant, les femmes demandent souvent elles aussi à avoir recours à l’IVG médicamenteuse, parce que ça leur paraît moins dramatique. Malheureusement ça ne se passe pas comme, ce n’est pas si facile que ça à vivre. Mais de le vivre avec un médecin en cabinet de ville enlève de la gravité à l’acte. Nous sur Marseille, y sommes d’ailleurs plutôt favorables.

Mais n’y a-t-il pas un risque finalement que quasiment toutes les IVG se fassent de cette manière, faute de place en hôpital ?

C’est vrai que cela peut devenir ennuyeux quand, comme c’est le cas à l’hôpital de Strasbourg, toutes les IVG se pratiquent par voie médicamenteuse, et ce jusqu’à 14 semaines d’aménorrhée. Là cela devient plus compliqué. Et puis il y a le risque que plus aucun médecin ne sache pratiquer l’acte.

A combien s’élève le nombre de femmes ayant dépassé le délai légal des 14 semaines, se rendant chaque année à l’étranger afin d’avorter ?

Les chiffres varient entre 5 000 et 6 000 femmes. Elles peuvent avoir dépassé le délai légal parce qu’il leur a été difficile dans leur région de trouver un établissement les prenant en charge à temps.

La situation en PACA vous paraît-elle satisfaisante ?

Nous avons mobilisé les acteurs en 2004 afin de remédier à la situation qui était intenable et depuis il y a un mieux. Mais tout dépend des territoires. Sur Marseille, la situation est à peu près correcte. Si vous appelez le numéro vert, on vous trouve une place rapidement. Les deux hôpitaux répondent présents et réservent des créneaux aux personnes un peu limites. Cependant, si la femme a dépassé les 14 semaines, ils ne le font pas à un jour de plus.
Par contre, selon les endroits, comme à Toulon ou à Avignon par exemple, il peut y avoir jusqu’à un mois d’attente. A Toulon, qui est un territoire de l’extrême droite, il n’y aucun médecin qui pratique l’IVG en cabinet de ville, l’hôpital n’ayant passé aucune convention. A Avignon, ils ne vont pas au-delà de 12 semaines d’aménorrhée. Donc après il faut aller ailleurs, dans la Drôme, à Salon,… Les cas qui posent le plus problème, nous tentons de les orienter au mieux, quitte à faire se déplacer la personne dans un autre établissement de la région.

Y a-t-il de la part de la population française un retour à des valeurs morales ou religieuses qui ferait que l’IVG soit plus mal perçue encore qu’auparavant, alors que le nombre d’interruptions de grossesse reste plutôt stable ?

Il y a toujours eu, du temps du vote de la loi, des luttes des femmes, un contre-courant qui disait que l’IVG était un méfait. La preuve encore aujourd’hui : je reviens d’une réunion préparatoire à un colloque sur les grossesses non prévues, et il y en a toujours pour dire que trop d’IVG sont pratiquées, etc. Une grossesse serait toujours merveilleuse, et un avortement quelque chose de contre nature. C’est une vision très répandue en France. Nous avons une stagiaire qui revient du Viet Nam où l’avortement a valeur de régulateur de naissance, faute de contraception.
En France, il y a des avortements inévitables. On peut agir à la marge, faire des campagnes de prévention, des pass contraception, délivrer une meilleure information en post-accouchement, parce que beaucoup de femmes tombent de nouveau enceinte après l’arrivée d’un bébé… Mais les résultats demeureraient faibles. De plus, la pilule n’est pas un moyen contraceptif fiable à 100 %, puisqu’il arrive très souvent de l’oublier. On pense toujours aux jeunes qui seraient inconscientes, qui ne prendraient pas de contraception. Mais une femme dont le mari deviendrait violent alors qu’elle est enceinte, peut avoir recours à un avortement.

Que préconisez-vous, afin que le droit et l’accès à l’IVG soient respectés ?

Nous pensons qu’il faut d’abord former les médecins, puisque pour eux, grossièrement, une femme qui en arrive là est soit bête, soit elle l’a fait exprès. Or les accidents de contraception existent, et il y a des circonstances dans la vie qui font qu’on peut y avoir recours un jour ou l’autre. Il y a un rapport récent de l’Igas (Inspection générale des affaires sanitaires) qui dit que « l’interruption de grossesse est une donnée structurelle de la vie des femmes et donc il faut le prendre en charge de manière normalisée ». Le gouvernement, en plus de revaloriser l’acte, devrait également s’attacher à communiquer autour de la prise en compte de ce fait.

* N° vert pour tout renseignement sur l’IVG et la contraception : 0800.105.105.

Après avoir connu des problèmes majeurs en 2008, notamment liés à l’insalubrité de ses locaux historiques du boulevard d’Athènes, le Planning familial de Marseille a trouvé une nouvelle adresse. Une fois que les travaux seront terminés (le permis de construire n’a pas encore été validé), soit à l’horizon 2011, le Planning familial ouvrira ses portes au public au boulevard national. En attendant, les personnes le désirant sont reçues au 1, rue François Moisson, dans le 2e arrondissement. "La fréquentation a chuté suite à notre départ du boulevard d’Athènes, explique Claire Ricciardi. Beaucoup de gens pensent que nous sommes fermés, alors que pas du tout !"

 

 

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