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HK : résister, c’est chanter

14 novembre 2011

Une casquette de gavroche, un sweat noir griffé Abbé Pierre. Un sourire simple et franc, au comptoir d’un café roubaisien. L’ancien de MAP est dans la vie comme il est sur scène. Généreux, révolté, les yeux rieurs et l’oreille tendue. Avec ses saltimbanks, il parcourt les scènes de l’hexagone depuis déjà 3 ans pour chanter son premier album, « citoyen du monde ». Promesses politiques, sans papiers, identité nationale, Palestine, convergence des luttes, gaspillage des ressources, quartiers populaires. HK met ses colères et ses rêves en musique, contant le quotidien et ses invisibles. Le deuxième album est en route. Rencontre avec un altermondialiste indigné qui fait de sa vie une œuvre d’art, et de son art un acte de résistance.


 

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Avant son concert au Nouveau Casino de Paris, mercredi dernier, HK devait faire l’ouverture d’une conférence organisée par le mouvement du 20 février Paris/Ile de France, à la Bourse du Travail de Paris. Suite à des menaces proférées par un pseudo collectif "anti-fasciste" à l’encontre d’un intervenant de la conférence, le journaliste belge Michel Collon, la conférence s’est vue annulée, pour raisons de sécurité. Une vidéo réalisée par les militants du mouvement lui donne la parole.

 

 

Au-delà de cette conférence annulée du 9 novembre, nous avons tendu un micro au chanteur HK pour évoquer sa vision des révolutions arabes, des enjeux de la politique française et de sa conception de l’art.

Quel lien t’unit au mouvement du 20 février Paris/Ile de France ?

On a rencontré certains des militants au printemps dernier, lors d’un concert étudiant. Ils nous ont sensibilisés au mouvement du 20 février. Nous, en tant qu’artistes engagés, on apporte dès qu’on le peut notre pierre à l’édifice. Au Maroc, c’est un peu l’histoire du « tout va bien ». Le roi a des allures d’ouverture, de démocratie. Il l’a jouée fine avec la réforme constitutionnelle. Je m’identifie un peu aux militants marocains du 20 février. Là-bas, le pouvoir a réussi à les rendre minoritaires, à les marginaliser. Ici en France, c’est pareil quand tu es altermondialiste, anticapitaliste. On est des beatniks, décrédibilisés, alors qu’au final on est dans le vrai. Le système s’effondre jour après jour, ça parait tellement évident. Alors quand ils nous ont appelés pour inaugurer leur conférence du 9 novembre, on n’a pas hésité longtemps. Ça a dû être annulé, mais on reste disponibles pour eux.

Tu suis donc ce qui se passe au Maroc. Tu es fils d’immigré algérien, quid de la situation là-bas ?

L’Algérie, c’est encore une autre complexité. Il y a eu, dans les années 80, un soulèvement de la jeunesse, et ils s’en sont pris plein la gueule. Il y a eu une guerre civile avec des dizaines de milliers de morts. A l’époque, le monde regardait ça de très loin, en gros c’était « démerdez vous avec le pouvoir en place ». Alors aujourd’hui, le peuple algérien n’est plus prêt à tous les sacrifices pour changer le système. Un mouvement populaire peut prendre des formes plus ou moins radicales. Ce que demandent les algériens, ce n’est pas forcément de butter le pouvoir en place mais juste de mettre en place une démocratie réelle, pour avoir une réelle emprise sur leur destinée. Officiellement, l’Algérie affiche un pluralisme politique. Dans les faits, le pouvoir est cadenassé par une petite bande de généraux. Cette situation n’est pas satisfaisante. C’est un pays riche, jeune, tenu par une mafia. Aux premiers soulèvements du printemps, Bouteflika a multiplié par 400% les bourses aux étudiants pour calmer les jeunes. Et là, ça m’a vraiment indigné : s’il a pu faire ça d’un claquement de doigts, on s’imagine les réserves qu’il a derrière. Et ça met en lumière tous les leviers qui ne sont pas actionnés au quotidien pour régler les mille et un problèmes du pays. Bon nombre des indicateurs économiques du pays sont au vert, et pourtant on trouve un chômage de masse et une jeunesse qui, quoi qu’on dise, n’est pas bien dans ses pompes. Comme au Maroc, l’illusion du pouvoir en place ne pourra pas durer éternellement. Un jour, les gens ouvriront les yeux et se rendront compte que le rêve vendu n’était que mirage.

Une illusion soutenue par la France…

Personne n’est dupe, ni naïf. Si Kadhafi avait honoré les contrats pré-signés avec la France, jamais Sarkozy ne serait intervenu militairement contre lui. Les intérêts économiques de la France et des grands groupes qui ont l’oreille du Président s’inscrivaient dans le changement radical. Ça a donc été dans le sens d’un mouvement révolutionnaire, il y a eu convergence. Mais on sait très bien que la France n’est guidée que par ses intérêts économiques. Le reste, c’est de la propagande.

Tu es engagé depuis longtemps pour la cause palestinienne. Quel regard portes-tu sur le conflit régional aujourd’hui ?

Au mois de mai, il y a eu un début de soulèvement en Palestine. Là-bas, le traumatisme est énorme, et pourtant les gens sont encore debouts, pleins d’énergie, d’envie. Avec MAP, on y a été plusieurs fois de 2007 à 2009 en tournée, avec des ateliers. A Ramallah, Naplouse, Jerusalem, Jericho, Bethléem, Gaza. Ce que je ressens, c’est que les palestiniens sont au milieu d’un jeu géopolitico-stratégique mené de main de maître par Israël et les Etats-Unis. Ce que demande Abbas, la reconnaissance de l’Etat palestinien dans les frontières de 1967, c’est la résolution de l’ONU, c’est l’application stricte du droit internationale. Israël et les Etats-Unis ont tout de même réussi à vendre cela comme une « démarche unilatérale d’agression ». Avec tout ce qu’ils se sont pris sur la gueule, les palestiniens sont encore là. Ils ont en face d’eux les plus grandes puissances avec les plus grands alliés, et ils sont encore là. Pour moi ils seront toujours là, et ils finiront par avoir un Etat, c’est inéluctable. Quand, comment, les questions subsistent. Mais à terme, le chemin de l’histoire sera celui d’un Etat palestinien. Il faut tout de même bien se rendre compte de la réalité du gouvernement d’Israël. Le ministre des affaires étrangère, c’est Liberman. A côté de lui, Le Pen c’est du pipi de chat. Dans les réunions des « jeunesses Liberman », on scande « à mort les arabes ! ». Et ce mec est reçu en France avec le tapis rouge, accolades avec BHL etc. Mais je veux croire que les choses bougent, grâce au soulèvement des palestiniens et à celui d’une frange de la population israélienne qui, de jour en jour, se rend compte qu’on lui raconte des histoires. C’est compliqué pour les israéliens de déconstruire ce mythe du grand terroriste palestinien, car on ne leur laisse pas voir la réalité. Il y a bien un chemin pour aller aux colonies, mais le check point ne laisse pas passer les israéliens en territoire palestinien. Ils sont entretenus dans une propagande anti-palestinienne de l’ogre, du terroriste. Et la plupart l’ont intégrée. Mais il y a toujours eu une frange ultra-minoritaire de gens qui comme nous ici, comme le mouvement du 20 février au Maroc, se bat contre sa propre société. Qui lui dit : « Ouvrez les yeux, vous prenez un chemin dangereux, nauséabond, qui fausse la réalité ». Et moi j’ai espoir que ces gens-là deviennent de moins en moins minoritaires. Des ponts se tissent, au sein de la société israélienne, entre les israélo-arabes de 1948 et les israéliens juifs qui se déclarent anti-colonialistes. Il y a des gens mobilisés des deux côtés du mur. Moi je crois beaucoup en ça. Je défends la cause palestinienne, mais je me sens aussi très proche du mouvement des refuzniks en Israël, qui refuse de servir dans une armée d’occupation. J’aime cette résistance qui ne connait pas de frontières. Ces résistants, quels qu’ils soient, réclament les mêmes droits pour tout être humain. Ils ne sont pas du bon ou du mauvais côté de la barrière, ils veulent exploser la barrière.

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Tu définis ton art comme une résistance. Sur quels fronts te bats-tu ?

On est des artistes, des saltimbanques. C’est ce qu’on aime faire, ce qu’on sait faire. On est engagés, mais notre tribune est artistique. Quand on peut servir, converger sur une cause, que des gens nous appellent, on le fait. On apporte notre petite pierre à l’édifice, de là où on est. On a cette philosophie : « faisons de nos vies une œuvre d’art et de notre art un acte de résistance ». C’est notre manière de voir la vie, de faire les choses. On cultive ce grain de folie, de divergence, de diversion, de déviance. On tente de ne pas oublier qu’on se bat autant contre des choses qui nous indignent que pour des utopies, des rêves, qui peuvent parfois prendre des formes toutes simples. Quand on est fatigués, usés par cette grande route de compétition mondiale où il faut aller plus vite, plus haut, plus loin que l’autre, et regarder toujours droit devant, on prend ce chemin de traverse un peu bancal. On prend le temps de se faire plaisir. C’est aussi une façon d’incarner tous nos combats.

Qu’est-ce qui t’inspire lors de l’écriture des paroles des chansons ?

Il n’y a pas de règle. On est un peu dans l’état d’esprit du conteur urbain. On raconte des histoires de notre époque, de nos « voyages », qui peuvent se révéler très courts. La distance qui te sépare du clodo en bas de chez toi est énorme. Tu le croises tous les jours, mais sans le voir. Il est un peu invisible. Je suis fasciné par ces invisibles qui peuplent nos sociétés. Quand tu grandis à l’ombre d’une cité HLM, tu es caché, la société « normale » ne te voit pas et s’en porte bien. On se fout de l’état de nos prisons, on ne se soucie pas des mecs cachés derrière les barreaux. Pourtant, nous ne pouvons juger du degré de civilisation d’une nation qu’en visitant ses prisons, comme le disait Camus. Et aujourd’hui, les prisons françaises sont délabrées et destructrices. Les idées de base de la prison, c’est la protection de la société, la punition et aussi l’amendement. Il faut en ressortir meilleur. Combien d’histoires j’ai entendu, de gars qui rentraient pour trafic de shit et qui ressortaient avec le Sida ? Les prisons sont devenues des machines à produire des multi-récidivistes. Donc voilà, j’aime raconter à la fois des histoires publiques, que tout le monde connait, et ces histoires invisibles, cachées. Le rôle d’un saltimbanque, c’est aussi de montrer la réalité sous un angle nouveau, surprenant, décalé, qui décèlent toujours une part de vérité.

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crédit : Vincent Bouvier

Qu’est-ce que ça te fait que tes chansons, notamment « On lâche rien » soit devenu un hymne de manif ?

Si on arrêtait aujourd’hui, qu’est-ce qui resterait de ce qu’on a fait ? Au moins ça. Cette chanson dépasse le simple cadre musical ou artistique. Elle entre dans celui d’un mouvement de société(s). Elle ne nous appartient plus, et c’est ça qui est fort. Quand des gens me demandent s’ils peuvent l’utiliser, je ne me sens presque plus légitime pour dire non. Ça nous a dépassés, ce n’est plus à nous. Et c’est la plus belle chose qu’il puisse t’arriver quand tu écris des chansons. C’est une chanson qui aura marqué, accompagné son petit bout d’époque. Et c’est là qu’on est utiles. Ça nous prouve un peu qu’on n’est pas totalement dans le faux, qu’on doit continuer. C’est une vraie fierté. Ça me fait penser au mouvement du 20 février aussi. Lors d’une tournée avec MAP au Maroc, on avait rencontré une militante d’Attac. Récemment, elle nous a appelé pour nous raconter l’histoire de Muhad, ce rappeur casablancais militant du mouvement aujourd’hui enfermé en attente de procès. Muhad aimait chanter « On lâche rien » aux jeunes de son quartier. C’était un slogan qu’ils reprenaient tous. Cette histoire nous a d’autant plus rapprochés du mouvement du 20 février. Muhad est pareil que nous. Saltimbanque sans frontière, utilisant son art comme moyen de résistance face au pouvoir en place. Sauf que lui, il l’a payé cher.

Tu as rencontré Stéphane Hessel à plusieurs reprises. Tu as été jusqu’à mettre en chanson ses textes. Un hommage, une convergence ?

Il y a eu une rencontre avec ce vieux monsieur. Quand tu le connais pas, il paye pas de mine. Il a l’air plus rigolo qu’autre chose, un petit quelque chose de Bourvil. Puis tu l’entends parler, et là tu te dis qu’il envoie. Mais un peu l’air de rien. Et ça, ça me plait. Dans tous les mouvements révolutionnaires, tu peux avoir cette image du mec devant, qui lève le poing, crie fort, et souvent retourne le premier sa veste une fois le mouvement passé. Je préfère les chemins de traverse. Ce petit vieux, l’air de rien, c’est presque le gars banal des BD comics de super héros, le gars qui paye pas de mine, mais derrière, bim ! Il se transforme et casse la baraque. L’image est un peu décalée, mais il m’a fait penser à tout ça. J’ai lu son livre « Citoyen sans frontières », j’ai constaté qu’on parlait de la même chose à notre façon, dans nos chansons. A force de s’entendre dire à longueur de journée qu’on est marginaux, ultra-minoritaires, naïfs de ne pas accepter le monde « tel qu’il est », ça réconforte. Finalement, on disait la même chose à Jaurès alors qu’il voulait faire barrière à la première guerre mondiale. On lui disait : « mais mon pauvre Jaurès, ils vous auront tué bien avant ». Et effectivement, c’est ce qui s’est passé. Nous, on se dit qu’on fait partie de cette histoire-là. Alors ça fait peut-être un peu prétentieux en face du grand monsieur, grand résistant qu’est Stéphane Hessel, mais on se sent un peu les enfants de ce chemin-là. Ça rebooste, ça rassure, ça nous dit qu’on n’est pas dans le faux. Ça nous redonne cette force de conviction. Après, je ne suis pas d’accord à 300% avec tout ce que dit ou fait Hessel. Quand il s’affiche dans le meeting d’investiture de François Hollande, je pense que c’est en désaccord avec le propos qu’il développe dans « Indignez-vous ». Pour moi, le changement n’est pas possible au sein de cette gauche-là, une gauche d’accompagnement du capitalisme. Je ne dis pas que je ne peux pas discuter avec eux, qu’on ne partage rien. Ils ont des convictions, mais je pense qu’ils se trompent. Pour le coup, ce sont eux qui ont été naïfs de penser pouvoir accompagner cette grande machine cannibale qu’est le capitalisme. L’histoire récente de la social-démocratie le prouve. Certains discours se durcissent, mais Hollande est quelqu’un de très prudent, très dans le système. Or le système dans lequel on vit est celui de la compétition mondialisée, c’est une machine cannibale. Tu ne peux pas demander à un cannibale de manger de l’herbe, lui dire « tiens, je vais te ramener de la salade, tu vas voir ça va être super ».

Tu parles d’un durcissement de certains discours à gauche. Tu penses à Montebourg, qui a fait une percée au sein des primaires du PS ?

Les discours politiques sont assez talentueux pour dire aux gens ce qu’ils ont envie d’entendre. Alors Montebourg, je trouve son discours très intéressant, notamment sur la démondialisation ou sur la sixième république. J’ai beaucoup de points d’accord avec lui. Mais 24h après son discours, il va se rallier à Hollande. Je trouve cela étrange. En tout cas, force est de constater qu’il a trouvé un écho dans la société. Si tu additionne cela avec la gauche anti-capitaliste, les écolos, ceux qui tiennent un discours de réelle démocratie, de changement profond, radical, il y a une demande de changement palpable. « La terre ne tourne pas rond, le monde marche sur la tête et on nous demande à nous de garder les pieds sur terre », dit une de nos chansons. Après, est-ce qu’il y a dans le système politique actuel une réponse à cet écho, je ne pense pas. Les candidats sont tous tenus les uns aux autres par un système. Mélenchon sera dans l’obligation de trouver un accord avec le PS pour les législatives. Idem pour les écolos sur la sortie du nucléaire. Je ne verse pas dans le « tous pourris », ces gens peuvent être de conviction, mais nous sommes dans un système de double parti, d’alternance, avec des barons installés, déconnectés, qui cumulent les mandats et ne pensent qu’à conserver leur siège

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Les alliances semblent pourtant nécessaires pour battre la droite.

Oui, mais ce n’est pas l’alpha et l’oméga. Ce n’est pas satisfaisant. Plus que des alliances, il faut davantage de consultation du peuple sur les sujets importants. La guerre en Lybie, le nucléaire. Le peuple a son mot à dire. Quand le peuple dit non à la constitution européenne, tu ne la fais pas repasser par en dessous. Or aujourd’hui, le système dans lequel on évolue a peur de la démocratie réelle, peur que le peuple se prononce. L’assemblée nationale est un peu consanguine, les députés ont le même profil, viennent des mêmes milieux, des mêmes partis, ils ne sont pas du tout représentatifs de la société française en termes de diversité, de générations, de mixité. C’est un truc de dingue. Nos élites ne sont pas représentatives du peuple. Et une élite, ce n’est pas quelqu’un qui est né avec une petite cuillère en argent dans la bouche. C’est quelqu’un à qui on a donné un crédit, à un moment donné. Qui l’a mérité.

Si on avait toujours écouté le peuple, on n’aurait jamais aboli la peine de mort…

Ça dépend ce qu’on est. Moi, je suis démocrate. La démocratie c’est un chemin. C’est donner le droit au peuple d’avoir tort comme d’avoir raison. De se tromper un jour et de pouvoir ensuite se rattraper, car il a son destin en main. Comme nous, dans nos vies. C’est comme ça qu’il va grandir. A un moment donné, la question c’est qui décide ? Qui a la légitimité de savoir mieux que le peuple ce qui est bon ou non ? Ça renvoie par exemple à l’Algérie, aux élections de 1988 où le FIS l’emporte. Moi, je n’aurais jamais voté FIS. Mais quand tu es démocrate, tu te dis « ils ont gagné des élections, il y en aura d’autres dans 5 ans, et s’il se plante comme nous le pensons, le peuple aura l’occasion de changer de chemin ». C’est ça la démocratie. Etre garant de la démocratie, c’est être garant des prochaines élections, des prochaines consultations. Etre garant que le peuple gardera la main mise sur son destin. Quand tu cadenasses la démocratie, quand tu la voles au peuple, il arrive des choses. Je suis un acharné contre le FN, mais il a raison là-dessus. D’un point de vue démocratique, ce n’est pas normal que des gens qui représentent 15 à 20% de la population n’aient pas d’élus à l’Assemblée. Soit tu interdis l’existence du parti, soit tu l’autorise et là, tu dois pouvoir l’affronter démocratiquement dans l’hémicycle. Sinon, il y a escroquerie démocratique. Montebourg parle de sixième république, et sur ça je le rejoins totalement. On a besoin d’une nouvelle, d’une réelle république. La république, c’est le bien commun. Aujourd’hui on vit dans une société au solde des intérêts privés. Une loi est passée pour réglementer le lobbying à l’Assemblée. Mais ça devrait être interdit ! L’assemblée nationale devrait être le lieu du bien commun, pas des intérêts privés. C’est incompatible. Il y a un système à changer, et ça ne va pas se faire tout seul. Il y a des intérêts multiples : politique, économique, médiatique. C’est une « guerre » qui doit s’engager. Et des gens qui sont dans l’accompagnement du système n’ont soit pas saisi l’ampleur du combat à mener, soit ils s’en arrangent. Je repense à un débat lors des primaires, quand Ségolène Royal taxait François Hollande de « notable ». Avant de reconnaître qu’ils étaient tous « des notables ». Pour moi, quelqu’un qui se met au service du bien commun peut faire son mandat de 5 ans puis retourner à son ancienne vie. Faire sa part à un moment donné, avant que d’autres ne prennent le relai. Personne n’est irremplaçable. Si on pense le contraire, ça mène à une déresponsabilisation, une infantilisation du peuple. Et là, on sort de la démocratie.

Tu as grandi dans un quartier populaire de Roubaix. Un de tes textes dit : « Mon quartier c’est le monde ». Tu peux nous raconter ?

J’ai grandi dans le quartier de la Potennerie. Un quartier prolo. Pauvre, délabré par certains égards mais pas une cité. Les politiques de ghettoïsation créent des ravages. Moi ma chance, c’est d’avoir grandi dans ce quartier où il y avait une grande mixité. Ce n’était pas une cité enfermée, comme aux Trois Ponts qui est en cours de destruction. A la Potennerie, les gens étaient certes pauvres, mais riches de l’histoire de l’autre. Le quartier était composé de petites courées et j’ai grandi avec les voisins portugais, italiens. Derrière chez moi, c’était les jeux olympiques : combien de matchs de foot France/Algérie, Portugal/Algérie ou Clandos/reste du monde j’ai pu faire ! Un tel mélange est une vraie richesse. A Roubaix, on s’est retrouvés en plein tsunami hip hop. Des gars se sont découverts un peu athlètes, ils dansaient comme des automates. D’autres se sont trouvés plus artistes peintres et ont redécoré la ville à leur manière. Et les grandes gueules, qui avaient la tchatche, qui ne savaient faire que ça, ont pris le micro, ont chanté leurs textes en se la jouant un peu gangster, sur le devant de la scène. J’étais de ceux-là.

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crédit : Vincent Bouvier

Dans tes textes, on trouve beaucoup de références aux quartiers populaires, beaucoup de questionnements autour de la politique de la ville, des discriminations.

J’aimerai que la problématique des quartiers populaires se soit pas enfermante. Qu’elle s’inscrive aux côtés d’autres. Qu’elle ne soit pas un parent pauvre, qu’on zappe dès qu’un enjeu important fait surface. Il n’y a pas qu’un seul et unique problème, celui des quartiers populaires et des discriminations. C’est un combat qu’il faut porter au sein d’une lutte plus globale. Celle pour une démocratie et une égalité réelle. Dans ce cadre-là, ça a un sens de pencher sur les quartiers populaires. Une société qui a pour devise « liberté, égalité, fraternité » ne peut pas se bâtir sur l’acceptation des discriminations. La discrimination doit être considérée de manière légale comme un crime. Elle brise le destin de milliers d’habitants notamment des quartiers, et elle empêche tout projet de société collectif. Quand tu refuses à quelqu’un l’un des droits les plus fondamentaux, tu peux pas lui demander derrière d’accomplir ses « devoirs » républicains. Il y a rupture de contrat claire, nette et précise de la part de l’Etat. Ce combat, je n’ai jamais voulu le porter de manière victimaire. En tant qu’enfant des quartiers, on avance contre vents et marées. Je ne regarde pas l’Etat d’en bas en le suppliant. Ces droits-là, on va aller les prendre, ils sont à nous. Les choses ne changeront pas par un esprit de solidarité de nos gouvernants. Elles changeront quand on explosera individuellement et collectivement les barrières, quand on prendra tous les espaces, médiatiques, politiques, économiques, sans jamais oublier d’où on vient et pourquoi on s’est battus. Exploser les barrières et passer seul de l’autre côté n’a pas de sens. La soif de réussite ne doit pas juste être individualiste. Elle doit viser à rétablir un équilibre, pour que personne ne naisse plus « perdant à la base ».

Donc l’idée, c’est d’aller soi-même occuper les espaces, les postes pour arracher les droits. Il ne faut donc rien attendre des politiques ? Quid du programme du PS vis-à-vis des quartiers populaires ?

J’ai beaucoup de potes au PS, je discute avec eux, je ne suis pas sectaire. On a des désaccords, mais je comprends leur combat. Un combat « de l’intérieur ». Ce n’est pas mon combat à moi, mais je le respecte. Je n’oublie pas, tout de même, que pendant 30 ans, le PS a acheté la paix sociale dans tous les quartiers de France. Ils ont saupoudré, ils ont pris quelques têtes, en disant : « tiens ! Toi, viens ici, je vais te prendre sous ma botte, et puis tu me calmeras tes petits jeunes ». Après, sur les idéaux, clairement, je suis socialiste. Jaurès, citoyen du monde, je dis oui. Jaurès qui allait voir tous les opposants à la guerre en Europe pour créer un front internationaliste contre la guerre, ça me parle. Par contre, concrètement, ce qu’a fait le PS pendant 30 ans dans les quartiers populaires, je ne le cautionne pas. Du côté droit, c’était le bleu et les matraques. Et du côté gauche, les assistantes sociales et les installations d’aires de jeux. Quelle ambition a été portée par nos dirigeants politiques pour les quartiers populaires ? On ne demandait pas des milliards, ni des « plans Marshall ». Ce qu’on demandait, c’était juste de rétablir l’égalité réelle. Et ça, ça veut dire combattre de manière intransigeante toute forme de discrimination. Si tu dis ça, tu ne peux plus t’inviter à la table des grands patrons sans leur dire : « maintenant, tu arrêtes tes conneries de discrimination ». Il suffisait juste de faire ça. Si tu parles de tolérance zéro pour le petit délinquant, montre-moi cette même intransigeance vis-à-vis du gars qui pratique ou cautionne tout acte de discrimination. Mais tu ne peux pas mener ce combat si tu as peur de te fâcher avec les grands patrons. Ils ont des pratiques criminelles. Dans les quartiers, le taux de chômage avoisine souvent les 40, 50%. Les gens ne se sentent même plus français, ils ne se sentent plus partie prenante d’un destin commun. Ils ne votent plus. La délinquance n’en est que l’effet boule de neige.

Des projets artistiques en cours et à venir ?

On termine la tournée comme on l’a commencée, avec un grand concert à Paris et un à la maison. C’était le 9 novembre au Nouveau Casino de Paris et ça sera mercredi 16 novembre à Wattrelos. On commence à préparer le deuxième album pour le printemps prochain. On essaye de se renouveler tout en restant nous-même. Il y aura la chanson « Indignez-vous ». On va retrouver à peu près l’univers du premier album, mais cette fois centré sur le concept de l’étranger. C’est peut être notre façon à nous de peser autrement dans le débat politique électoral. Une manière de rappeler qu’à chaque élection, « l’étranger » est placardé en gros sur les affiches, avec un bonus de voix pour celui qui en renverra le plus au pays natal. On tente de chanter un garde-fou, une vigilance. Une tournée est déjà prévue pour le printemps-été 2012. La scène, c’est notre jardin, notre tribune, notre maison. On ne sait faire que ça, on n’aime faire que ça. On a la chance de vivre de beaux moments de scène, on a trouvé un public, il se passe des choses. Ça peut aller vite, dans un sens ou dans l’autre, alors on en profite !

 

 

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  • Juin 2015

     

    Youpi ! C’est la reprise

    1,2% l’Insee dit Youpi ! C’est la reprise. Hollande c’est maintenant....maintenant...enfin il a Gayet...! Gagné je veux dire au débarquement. Et les ménages consomment.... du Nutella. Pour boucler la boucle, les armes à feu sont toujours en libre circulation ?! "Ça tue !" dit Obalbasse (Obama). "Ah bon ?!" Répondent en cœur les Yankees. Sarko le reconnaît : "C’est une grosse fuite d’eau" les migrants....Moi je dis c’est pour compenser la grosse fuite de pétrole...demandez par exemple à Total et de matières premières...demandez à Areva. C’est pour compenser l’APD liée....C’est pour compenser ce que perdent ces territoires...je n’ai pas dit pays....ces territoires STRATEGIQUES de la France. Allez ! Prenez leur (...)

     

  • Juin 2015

     

    Pierre Stambul co-président de l’Union Juive Française pour la paix réveillé à 1h30 par le Raid

    Le RAID essaie de tuer RAID les opposants au sionisme ou comment le co-président de l’Union Juive Française pour la Paix finit en slip capturé par notre unité d’élite comme un terroriste retranché et armé tout cela dans le quartier difficile du Bd d’Haïfa dans le 8ème arrondissement de Marseille. Voilà comment s’est retrouvé un pionnier de la lutte pour le boycott des produits israéliens à 1h30 ce matin, payant sa solidarité avec le peuple palestinien. Pierre Stambul, professeur de son métier, homme de paix et de dialogue est-il la nouvelle victime de l’activiste Grégory Chelli, alias Ulcan, mercenaire farceur peut-être à la solde du Mossad ou de quelques officines peut catholiques qui joue au zorro pour (...)

     

  • Septembre 2014

     

    Traque aux chômeurs par François Rebsamen : la solution pour faire baisser le chômage vue par le gouvernement !

    Le ministre du travail François Rebsamen vient d’inventer une solution pour faire baisser le chômage. ! Eliminez les faux chômeurs…. C’est beaucoup plus facile que de faire baisser le chômage. Ce matin, mardi 3 septembre 2013 sur Itélé, il déclare : « En France, 350 000 emplois ne trouvent pas preneurs ». Et poursuit : « Je demande à Pôle Emploi de renforcer les contrôles pour être sûr que les gens cherchent bien un emploi », Et si ce n’est pas le cas, « il faut qu’il y ait, à un moment, une sanction », « c’est négatif, pour ceux qui recherchent des emplois, d’être à côté de personnes qui ne cherchent pas d’emploi ». Cette mission de contrôle nécessite un « état d’esprit différent, des convocations et des (...)

     

  • Mai 2014

     

    La rentrée scolaire est prévue pour le 2 Septembre 2014

    Le ministre de l’Education, Benoît Hamon, a précisé ce vendredi le calendrier de la prochaine rentrée scolaire. Les élèves ne débuteront pas leur année le 1er septembre mais le mardi 2 septembre. Ce qui évitera aux enseignants de faire leur pré-rentrée en fin août.

     

  • Avril 2014

     

    Lettre ouverte à mon collègue Manuel Valls par Fréderique Dutoit

    Cher Manuel, Tu nous refais le coup de la dette publique. Mais saches qu’« Une rengaine, c’est un air qui commence par vous entrer par une oreille et qui finit par vous sortir par les yeux », Raymond DEVOS. Tu nous dis que « Nous ne pouvons pas vivre au-dessus de nos moyens. Il faut casser la logique de la dette qui nous lie les mains ». Et tu veux réduire celle-ci de 50 milliards par des économies d’ici 2017 en diminuant les dépenses de 18 milliards pour l’Etat, 11 milliards pour les collectivités locales et 21 milliards pour la protection sociale dont 10 milliards d’euros sur les dépenses de l’assurance-maladie et 11 milliards sur la gestion du système social. Conséquences, presque toutes les (...)

     

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