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Génétique et politique d’immigration, la pente dangereuse

3 octobre 2007

Méler la génétique à la politique d’immigration entraîne le gouvernement sur une pente dangereuse, dont on voit les effets. Les évêques et Pasqua, la gauche, une partie de la droite humaniste crient au feu. Le Front national n’a jamais osé , dans les années 1990, quand il était au meilleur de sa forme, proposer une pareille mesure, s’il l’avait fait, on entend d’ici les mises en garde de la droite républicaine de l’époque, crier au fascisme et s’élever contre le retour aux pires procédés du nazisme.


 

L’amendement ADN plus un autre qui autorise les "statistiques ethniques" - il passe presque inaperçu dans le brouhaha des tests génétiques - c’est la République qui prend coup sur coup du plomb dans l’aile. Est-elle en danger ?

Au delà des avis différents que chacun peut avoir, est-ce bien cela qu’il faut faire ? Compter les Noirs, les Blancs, pourquoi pas les Bretons et les Catalans, les Musulmans, les Juifs, les Corses. Bref faut-il découper le peuple de France en tranches, mesurer les communautés ? Devrons-nous répondre un jour à ces questions : " A quelle religion appartenez-vous ? Êtes vous athée ? Etes vous blanc ou noir, cochez la bonne case ?

Le débat occupe assez les grands médias pour que nous ne nous étendions pas plus sur le malaise qui, on le voit bien traverse la société française. Les lois sur l’immigration se succédent et rien n’est réglé. Le regard posé sur l’autre n’est pas plus apaisé qu’il y a dix ans ou trente ans. La notion de diversité de mode de vie, d’apparence, de culture, dans un même creuset social, n’est pas acquise.

Pour contribuer au débat et l’aborder sous un autre angle, nous vous proposons de lire un extrait d’une tribune de Dany Laferriere, parue il y a quelques jours dans le quotidien québécois " La Presse".

Dany Laferrière est Haïtien. Il est né dans un petite village de l’île, Goâve en 1953. Il vit depuis depuis plus de vingt ans au Québec où il s’est exilé après avoir été menacé par la dictature haïtienne. Il est journaliste et écrivain. " Je suis né physiquement en Haïti, dit-il, mais je suis né comme écrivain à Montréal." Il sait la double culture et livre ce beau message sur l’immigration et cet immigrant biodégradable que l’on veut maintenant soumettre à des tests génétiques.

L’immigrant biodégradable

" C’était, il y a très longtemps, à Petit-Goâve, j’avais peut-être 7 ans, quand j’ai vu pour la première fois quelqu’un qui vivait hors de son pays natal. Elle ne séjournait pas dans un hôtel, ni ne se promenait dans la rue avec un interprète. Elle était pieds nus, en train de travailler à côté de son mari, un ébéniste de la rue Desvignes.

Cette rue qui monte jusqu’à la rivière du même nom. Elle avait choisi d’être là. Elle avait des cheveux longs et blonds descendant jusqu’à la taille, comme la déesse Simbie qui hante l’imaginaire des enfants d’Haïti. On nous racontait que, pour voir Simbie, il fallait suivre l’arc-en-ciel jusqu’à l’endroit où il touche la terre. Là on verrait Simbie dans la rivière en train de se coiffer avec un peigne d’or. Si on parvenait à lui voler son peigne, on aurait alors la richesse, la gloire et la sagesse. Les adultes qui racontent ces histoires font semblant d’y croire, mais les enfants y croient vraiment.

J’avais devant moi Simbie sans son peigne. J’étais encore dans le conte mais, voyant mon désarroi, cette femme m’amena dans un coin de l’atelier pour m’expliquer ce qu’elle faisait si loin de chez elle. Elle était là, me disait-elle, à cause de l’amour. Et elle me montra le fruit : un enfant aux cheveux d’or qui courait un peu partout à travers les planches, sans souci de se blesser. Elle était là parce qu’elle aimait cet ébéniste que je voyais toujours en train de scier des planches, de vernir des meubles qu’on retrouvait après dans les maisons de la ville. Elle me tenait par la taille, et je la regardais avec de grands yeux éblouis par le souffle de l’aventure. Je ne disais rien, mais je me demandais comment elle faisait pour ne plus voir les gens qu’elle aimait. Elle savait lire dans mes pensées et répondait tout de suite qu’elle retournait parfois voir sa famille et ses amis. Le soir, ma grand-mère évoquait souvent le pays lointain. Elle venait sûrement de là. Mais elle s’empressait de m’expliquer que je ne devais pas la plaindre, car elle était heureuse ici avec son mari et son fils. Votre culture, c’était formulé d’une autre manière, ne vous manque pas alors ? Ma culture, c’est aussi celle que j’ai choisie, disait-elle simplement. La nourriture, la danse, la musique, la langue, les moeurs, tout était différent pourtant. Elle a eu l’intelligence de ne pas chercher à m’expliquer si tôt cette énigme épinglée d’angoisses et de douleurs enfouies qui n’empêche nullement l’ensoleillement de l’amour. Je n’avais jamais pensé que j’allais me retrouver, un jour, dans sa situation. Ce n’est pas pour me vanter, mais je crois que c’est la plus grande aventure humaine : vivre quotidiennement dans un univers différent de celui où l’on est né. Mourir ailleurs qu’au pays natal. Certains n’ont même pas la force d’imaginer un tel destin. C’est pourtant celui de millions de gens, de ceux qui forment aujourd’hui la main-d’oeuvre taillable et corvéable à merci des grandes villes. Les domestiques qui tricotent dans le sous-sol de la vie. Les nouveaux porteurs d’eau de cette planète."

Dany Laferriere

 

 

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