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Fille de...

6 octobre 2007 - Dernier ajout 6 novembre 2008

Dans l’ouvrage de sa vie Fille de harki, Fatima Besnaci-Lancou témoigne de souvenirs enfouis. Son histoire, sa mémoire de la Guerre d’Algérie encore à vif. Et toujours d’actualité : le Président algérien parle de « génocide identitaire », Georges Frêche qualifie les harkis de « sous-hommes »... La blessure rougeoie de plus belle. L’abcès colonial gagnerait à crever. L’enfant de la déchirure veut cicatriser. Et avec ce livre, « lutter contre toutes les injustices de la colonisation ».


 

Fatima Besnaci-Lancou. Née en 1954 près de Cherchell. A huit ans, quitte l’Algérie pour la France. Fatima, fille de harki. Ce n’est pas inscrit sur sa carte d’identité (fort heureusement), mais bien gravé à la lame d’un couteau dans son être tout entier. Son inconscient avait pourtant élaboré tout un système de défense, engouffrant aux tréfonds de l’âme les meurtrissures du passé. Jusqu’à ce jour de juin 2000, où Abdelaziz Bouteflika - en visite en France - prononce un discours dans lequel il estime que « les conditions ne sont pas encore venues pour des visites de harkis (...). C’est exactement comme si on demandait à un Français de toucher la main d’un collabo ». « Pour la première fois », Fatima Besnaci-Lancou se sent « apatride », car oui, elle vit en France mais est Algérienne.
S’ensuit une série de questionnements et ce livre, Fille de harki, pour léguer le récit de sa vie à ses enfants. Comme un sursaut vital, comme un pansement anti-placebo. Pour retisser l’humanité, « divinité divisée dans son apparence, harmonieuse dans son intime ». La pensée de l’écrivain libanais Gibran Khalil Gibran figure en ouverture de la préface, signée de Jean Daniel et Jean Lacouture.

Har... qui ?

Fatima Besnaci-Lancou biographie toute une période de son existence, une enfance et une jeunesse volées, de l’exil aux camps français, où étaient regroupés des « familles de harkis ». L’auteur revient nécessairement sur le pourquoi du départ, les conditions et les circonstances accouchées de la guerre. Les massacres perpétrés par les deux camps. Des fratries entières scindées entre maquisards et combattants de l’armée française. Aucune structure familiale ou presque n’est épargnée. La complexité même de la notion de « harki » : enrôlé de force ou pour protéger les siens, ancien combattant de la deuxième Guerre Mondiale,... Un jour maquisard, le lendemain harki. Harki un jour, maquisard le lendemain. Puis le coup d’arrêt, les accords d’Evian, l’Indépendance. Les uns d’un côté, les autres de l’autre.
Les harkis et leur famille ne fêteront pas la souveraineté retrouvée de l’Algérie. Ils devront partir, haïs et rejetés par le pays qui les a vus naître. En France, les autorités n’en veulent guère plus et les parquent dans des camps misérables.
Etre harki ne se revendique pas. Au contraire, en Algérie comme en France, il semble préférable de cacher cette « identité » apparemment honteuse, synonyme pour certains de « traître ». Y compris pour la descendance.

Une « réconciliation » rendue difficile

Des enfants de harkis, devant l’infect traitement qu’ont subi leurs parents, créeront pourtant des collectifs et associations visant à la reconnaissance du statut de harki et à entamer un travail de mémoire, tant sur eux-mêmes que sur la guerre d’Algérie. Car les non-dits enveniment l’histoire - certes encore récente - et les relations de deux pays voisins. En début d’année, Georges Frêche, le président du Conseil régional de Languedoc-Roussillon, invectivait un représentant des harkis : « vous êtes des sous-hommes ». Propos qui, même s’il s’en est excusé, font remonter à la surface un épisode peu glorieux pour la France. Le Président algérien Abdelaziz Bouteflika, après avoir qualifié la colonisation de son pays de « génocide identitaire », demande aujourd’hui des « excuses solennelles » de Paris. Preuve que la page de la guerre d’Algérie n’est pas tournée.
Fatima Besnaci Lancou espère participer à cet effort historique, sans rancœur ni hostilité, afin de réunir l’unique et divine humanité sous un même dessein, un destin commun.

Fille de harki de Fatima Besnaci-Lancou. Editions de l’Atelier, collection La vie au Coeur, 2005. 127 pp., 13 €.

 

 

 

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