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Expulsés, deux fois dans la même journée

12 août 2011 - Dernier ajout 13 août 2011

Suite à la décision de justice ayant approuvé mardi le référé engagé par la municipalité demandant l’évacuation du campement de la Porte d’Aix, et malgré une manifestation retentissante au pied de l’Hôtel de Ville mercredi soir, plus d’une centaine de Rroms a été expulsée tôt jeudi matin, sans même avoir le temps de prendre ses affaires. Réfugiés aux abords de la cathédrale de la Major, ils ont de nouveau été délogés par de nombreux CRS deux heures à peine après leur arrivée. Récit d’un exode forcé qui s’est toutefois soldé par une réunion en mairie...


 

Expulsion express. La 90e en moins d’un an, confirme le préfet de police des Bouches-du-Rhône Gilles Leclair. En une paire d’heure, plus de cent personnes ont été contraintes par plusieurs compagnies républicaines de sécurité et policiers en civil de quitter la Porte d’Aix, jeudi aux aurores. Aux Rroms se mêlait une poignée de Tunisiens, immédiatement placés en garde-à-vue.
Si une majorité des « habitants » de la place avaient préparé leurs bagages depuis la veille, d’autres n’ont pas eu le temps de se saisir de leurs affaires et se sont retrouvés sur la route sans rien. Comme cette mamie dont les effets ont fini leur course dans un camion benne de MPM. Elle se désigne, de la tête aux pieds : ses vêtements, voilà tout ce qu’il lui reste.

Direction nulle part

La triste caravane humaine se dirige vers les abords de la Major. A l’abri des regards pense-t-elle, avec le port et la mer pour horizon. Et pourtant si proche, trop proche de l’Evêché. Deux heures plus tard, la cavalerie (re)débarque et (r)embarque des dizaines d’âmes dévastées pour un nouvel exode forcé, direction nulle part.
En réalité, les mots manquent. Tout à été dit. Par les associations, par le maire de Marseille, par le préfet de police et le préfet de région. Par les Rroms surtout, volontaires pour se fondre dans le paysage marseillais. Alors quoi ? Les idées se confrontent, la question de l’accueil de ces hommes, de ces femmes, de ces enfants en grande souffrance économique, sociale, sanitaire, humaine, subsiste. Même les sourds ont le dialogue plus facile. Chacun campe sur ses positions, les uns ouverts au dialogue mais fatigués de jouer les Don Quichotte, les autres hermétiquement fermés, retranchés derrière la loi.

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C’était sans compter sur la fièvre médiatique qui s’est emparée des chaînes télé, des radios et des grands journaux nationaux. Tous ont repris d’une seule voix l’indicible : l’expulsion manu militari sans qu’aucune solution ne soit envisagée.
Sans compter aussi sur la mobilisation massive des associations, des plus petites aux plus costaudes, présentes aux côtés des Rroms depuis des années ou seulement depuis quelques jours. Et enfin le soutien de quelques élus piqués au vif. Avec pour conséquence une manifestation spontanée, mercredi soir, au pied de l’Hôtel de Ville, sur le quai d’honneur. La marque d’une détermination grandissant proportionnellement à mesure que croissait la volonté réaffirmée de la municipalité de bouter ces « intouchables » hors de la ville.

 

Une combinaison du plus mauvais effet pour l’image de la ville : risque de se faire remonter les bretelles par l’Union européenne avertie des multiples infractions au mythique et chimérique « vivre ensemble » marseillais, risque d’enfoncer un peu plus le clou médiatique d’une Marseille déjà bien malmenée par les gratte-papiers, risque de pourrir le climat touristique dont s’enorgueillit tant la commune... Risque, risque, risque. Et menace de voir se prolonger ad vitam æternam les actions coup-de-poing sur le Vieux Port, avec les conséquences sur la circulation que l’on sait.
Quelle que soit la logique qui l’a poussée à le faire, la mairie de Marseille a finalement accepté de recevoir une délégation d’élus, ainsi que le directeur du Samu Social, laissant les associatifs sur le trottoir.

Après la pluie, le « beau temps » ?

Jeudi, 18h : Danielle Servant, adjointe au Maire de Marseille en charge du Droit des sols et des Autorisations de construire reçoit une délégation d’élus de gauche composée de Christian Pellicani (conseiller municipal, PCF), Nathalie Lefebvre (vice-présidente de Région, PCF), Jacques Lerichomme (vice-président du groupe Gauche Unitaire à la Région) ainsi que Me Dany Cohen, avocat des Rroms. A l’ordre du jour : trouver une solution pérenne pour ces êtres humains qui, expulsés de tous lieux et de toutes places, se retrouvent dans les mêmes conditions qu’à leur début, sans rien.
Collectifs, associations et militants n’attendent pas de miracles. Pas de miracles mais une solution qui pourrait laisser le temps aux collectivités d’étudier le problème et calmer l’ardeur des médias. Durant sept jours, 58 personnes vont être « hébergées, nourries et rassurées à l’Unité d’Hébergement d’Urgence de la Madrague », se «  rassure » l’élue au Maire. Les membres de la délégation, sachant pertinemment que l’UHU de la Madrague est exclue pour les mineurs, obtiennent que les familles ne soient pas éclatées.

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Nathalie Lefebvre, vice-présidente Front de Gauche de la région PACA et Christian Pellicani, conseiller municipal de Marseille, groupe communiste républicain et citoyen.

Une solution provisoire a déjà été pêchée, soit. Et sur le long terme ? « La mairie s’est engagée au nom de M. Gaudin à provoquer assez rapidement une table ronde avec les différentes collectivités territoriales (M. le Préfet, M. le Maire, les présidents des Conseils Général et Régional, la Communauté urbaine, ndlr) -, les associations et toutes les personnes pouvant influer sur la question du foncier », annonce l’adjointe au Maire.
La délégation a quant à elle demandé que la durée de sept jours soit revue à la hausse et une meilleure coopération avec les associations, mais se félicite d’« un changement de ton plutôt rassurant ». Et pour la population rrom restante ? « Certains préparent des dossiers pour repartir et pour les autres, nous travaillons avec des associations comme l’Ampil pour leurs trouver un hébergement » assure Danielle Servant « mais nous savons que ça ne va pas s’arrêter là ».

Bernard Eynaud, président de la LDH 13 tient à «  reconnaître la petite avancée même si elle reste minime ». Comme le souligne un militant, « le problème est installé à Marseille depuis quelques années », alors pourquoi cette réaction si tardive de la mairie ? « M. le Maire pensait que certains partiraient au bout de sept jours mais en vain, il a donc pris ses responsabilités de Maire », déclare Danièle Servant. Des responsabilités qui se résument à agir pour mieux réfléchir ? La LDH ne crie pas victoire et même si tout le monde « commence à fatiguer, [leur] combativité sera pleine et entière ! ».
Philippe Dieudonné, vice-président de la Ligue des Droits de l’Homme des Bouches-du-Rhône prévient d’ailleurs : « c’est le résultat de sept années de lutte pour la prise en compte de cette question. Mais rien n’est encore gagné. Il faudra rester vigilant et se mobiliser de nouveau si on ne voit pas venir cette concertation ». Il pense très certainement aux centaines de Rroms tanguant encore sur le fil du rasoir, toujours expulsables de leurs « lieux de vie ». Les moyens et la manière importent peu. Il n’y a que la fin qui compte.

 

 

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