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Expo : le portrait, une énigme ?

11 août 2011

Dans une actualité grise et sang, l’art peut nous réjouir encore. Et pour une fois, c’est à Marseille que nous pouvons voir des œuvres de qualité. Filez au Mac, Musée d’art contemporain de Marseille pour respirer un peu et contempler la très belle exposition « L’énigme du portrait » de la collection de la banque Neuflize. Rappelez-vous, certaines de ces images vous les connaissez par cœur, même si le nom de leur auteur vous échappe encore… 70 pièces photo de renom ont fait escale à Marseille. A ne pas rater.


 

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Le portrait en art a été l’une des grandes interrogations des artistes de tout temps. Depuis que la photo existe, pas une expo qui ne se colle à cette problématique sans fin. Mais le Mac, et c’est tant mieux, y déroge. Pour cette exposition de photos, aucun concept préfabriqué n’a été imposé pour l’occasion. Seul le titre « l’énigme » semble apporter de la cohérence à cette accumulation de photos. Pour le cas, ne nous attachons pas au titre, cherchons les œuvres et quelles œuvres ! Enfin de la qualité à Marseille. Car les 70 pièces que compte l’exposition, soit un dixième de la collection de la Fondation de la banque néerlandaise Neuflize, qui s’est, au fil de dix années, forgé un joli fonds, à savoir 800 œuvres photographiques et vidéo, sont quasi toutes intéressantes. Devenu mécène principal du Jeu de paume, partenaire de la Maison européenne de la photographie et intervenant dans de nombreux évènements consacrés à la photographie contemporaine, on peut reconnaître à la fondation le mérite d’avoir du flaire en matière d’acquisitions.

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Androgynie

L’affiche de l’exposition « L’énigme du portrait », reprend le travail d’une artiste Risk Hazekamp de Rotterdam. Cette image, sur laquelle est photographiée une jeune femme au cheveux coupés court, en jean et chemise à carreaux, devant un champ vert, ressemble à une pub légèrement décalée pour Malboro et singe les poses que l’imaginaire collectif associe à l’idée de virilité chez les cow-boys. Militante de la cause lesbienne, née en 1972, Risk Hazekamp joue volontiers sur l’androgynie de ses sujets et reprend les thèmes de l’imaginaire américain comme le western. Cherchant à explorer les différentes identités du genre humain, son travail étudie la construction sociale de l’identité.

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Désirée Dolron

Dès le début de l’exposition on est frappé par le portrait esthétisant et très connu de Désirée Dolron, « Xteriors II ». Retouché sur ordinateur, ce portrait de jeune fille sans sourcil, à la peau de marbre dévisage le spectateur. Proche de la peinture flamande classique, exposé à Paris en 2006, il avait dérouté le public. « J’aime à me dire que les visages apparaissent comme l’image sur la pellicule, je m’inspire principalement des peintres de la tradition flamande et de la technique du sfumato pour créer cette absence de frontière entre le visage et l’arrière-plan », avait expliqué alors la photographe. Quant aux vedettes de l’art contemporain Nan Goldin, Annette Messager ou Orlan, leurs œuvres proposées ici sont disparates. L’autoportrait de Nan Goldin nous laisse sur notre faim. L’installation d’Annette Messager qui dresse son autoportrait composé de petites photos de fragments de corps de ses proches, yeux, membres, sexes, le tout reconstitué à l’aide de filins noirs censés représenter un sexe féminin pèche par manque d’originalité. Rendons hommage par contre au cliché d’Orlan qui se représente elle-même comme à son habitude, cette fois en statue précolombienne. Peau façon terre cuite, l’effet, toujours mi trash-mi esthétisant, est cette fois étonnant.

Sophie Calle et son hasard en boucle

Retrouvons Sophie Calle enfin, filée par un détective privé et qui narre son aventure à partir de deux points de vue : celui du compte-rendu écrit, photos à l’appui, du détective et du journal personnel de l’artiste relatant sa journée. Ceux, familiers de son oeuvre, retrouveront son travail avec plaisir. Les autres pourront s’immerger dans un cheminement qui fait œuvre autant littéraire qu’artistique et crée des situations qui provoquent une sorte de boucle du hasard, même si le systématisme de la démarche peut parfois lasser.

La présence de Philippe Ramette, dont les photos qui déclinent l’horizon dans tous les sens jouent avec les lois de l’apesanteur et proposent une vision du monde surréaliste et poétique est une bonne surprise. Ici on verra un homme sur un balcon renversé. Archi connues aussi sont les images du chinois Liu Bolin qui place l’homme face à son environnement au cœur de ses recherches et qui fond littéralement l’humain dans le décor. Maquillant les corps et les visages de ses personnages au même motif que l’arrière-plan et prenant ainsi des clichés, le Chinois nous livre des éléments de notre humanité-objet. Le public ne voyant au début qu’un mur de briques, s’aperçoit peu à peu que ces briques abritent aussi un homme et son torse fondu par la peinture sur la peau dans le décor. Toujours surprenant.

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Mohamed Bourouissa

La Madone de Rio

Notons aussi les portraits de la salle « l’homme urbain » et l’œuvre du jeune artiste algérien Mohamed Bourouissa qui saisit en instantané la beauté dans les quartiers difficiles comme sa « madone de Rio », jeune fille enceinte, d’une beauté toute classique, tout droit sortie d’un tableau de maître. Lumineuses également sont les images du malien Malick Sidibé sur les années d’indépendance de son pays. Il fut le témoin de la jeunesse malienne des années 1960 et a shooté les nouvelles distractions de sa population à l’occasion de mariages, de soirée au bar ou de surprises-parties, et de sorties sur les bords du fleuve Niger. Révélé en occident par les premières rencontres africaines de la photographie à Bamako en 1994 son travail a été largement exposé et diffusé. Nous le retrouvons au Mac avec ses noirs et blanc, « Danseur méringué » de 1964 ou « Dansez le twist », retraçant l’euphorie de cette période.

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Ari Versluis et Ellie Uyttenbroek

A découvrir en urgence, le travail d’Ari Versluis et Ellie Uyttenbroek, deux artistes de Rotterdam qui intègrent le thème de la série dans leurs photos. Particulièrement déroutant, il semble traquer dans chaque micro société que forment des individus d’un même quartier ou d’un même statut social, d’un même âge, d’un même métier, la gémellité d’aspect. Sur une seule photo, ils assemblent une vingtaine de petits clichés de personnages vêtus de façon similaire. Ainsi, qu’ils prennent des clichés des bouchers de Rotterdam en tablier blanc, des musulmans en burnous de Casablanca, des grannies de Rotterdam en imperméables beiges, des tekno hippies habillés de couleurs bariolées ou des jeunes filles du VIIe arrondissement de Paris vêtues de leur éternel jean et sacs griffés, les individus sériés de la sorte apparaissent comme des sortes de clones. Ces étranges répliques à l’identique nous ancre dans la conformité de nos sociétés et de nos rites vestimentaires.

Portrait époustouflant de Lucian Freud

Si une photo devait être retenue de toute l’exposition, c’est peut-être celle du peintre britannique Lucian Freud de Koos Breukel. Assis sur un lit monacal, accompagné d’un chien, le visage pâle du génial peintre, un œil planté dans l’appareil photo, nous apparaît dans toute sa réalité, rappelant le réalisme de ses propres portraits peints. En noir et blanc, cette image aussi épurée qu’époustouflante restitue tout le magnétisme du personnage. Hommage est donc rendu au petit fils de Sigmund, grand marginal de son état et dernier peintre de la chair qui vient de disparaître cet été à l’âge de 88 ans.

« L’énigme du portrait » au Mac Jusqu’au 18 septembre.

 



 

 

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