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Esprit de Tahrir, es-tu - encore - là ?

29 mars 2011

Esprit de Tahrir, es-tu - encore - là ? Plus assez au goût de "Mohamed", qui dans un entretien avec l’AFP publié dans Masry el Youm du 26 mars 2011 ( Egyptian joins ’jihad’ on Libyan front - http://www.almasryalyoum.com )raconte pourquoi il a rejoint ses frères arabes à Ajdabiya sur le front libyen. Il en veut à l’armée et à sa reprise en main de la situation, qui a stoppé net son espoir dans l’élan révolutionnaire. "On aurait dû tout révolutionner". Ici, les armes à la main, il dit mener "le jihad pour les droits, contre les voleurs, les tueurs, les traîtres". Pour autant, il ne se définit ni comme islamiste, ni comme un "pro-démocratie", des identités selon lui trop réductrices. "L’Islam prend ce qu’il y a de mieux, y compris dans le libéralisme et le capitalisme, comme la propriété privée". "Je suis venu ici pour être avec eux ( les Chababs libyens ), pour être un révolutionnaire" conclut-il.


 

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Crédit photo : ShaimaaAtef

Ce portrait de révolutionnaire approximatif aux allures de pistolero tout droit sorti des westerns américano-mexicains résume bien le double écueil de la fuite en avant dans l’aventurisme guerrier pour la bonne cause et la confusion idéologique ambiante. Il faut dire que sur la place Tahrir même, des voix ont incité les gens à rentrer chez eux aux lendemains de la chute de Moubarak sur le mode "Khalass, la fête est finie, maintenant il faut retrousser nos manches pour reconstruire le pays". Un patriotisme démagogique a vite surfé sur le sentiment de fierté nationale et populaire retrouvée.
Des sermons comme celui prononcé le 18 février par le célèbre prêcheur Youssef El Quaradawi devant deux millions de personnes, ont contribué à alimenter cette orientation. Dans son sermon, il a mis en garde les autres dirigeants arabes, appelé à pouvoir aller prier en Palestine, à Al Quods. Il a aussi recommandé la patience aux jeunes révolutionnaires, et a exhorté les travailleurs, les paysans et les employés en grève, ou regroupés dans des sit-in de protestation, à travailler pour la reconstruction de l’Egypte, tout en faisant confiance à l’armée qui saura répondre pas-à-pas à leurs légitimes revendications.

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Crédit photo : ShaimaaAtef

"Nous sommes des partisans de la liberté, pas des baltaguis !"

Par la suite, l’’armée mais aussi le cabinet de transition ont fait du retour à la normale leur priorité. Le 9 mars, les occupants de Tahrir ont été violemment chassés. Des campus universitaires évacués ou menacés. Le 24 mars, un projet de décret-loi adossé à l’état d’urgence prévoit de criminaliser quiconque appelle ou incite à bloquer l’activité économique ou la circulation. Des peines de prison ou des amendes exorbitantes sont annoncées.

Retournement pervers : les "ennemis de la stabilité" sont assimilés aux baltaguis, ces miliciens para-policiers partisans du régime Moubarak accusés de semer le chaos, et ce en l’absence d’une police récalcitrante soupçonnée - y compris par l’armée - de fomenter des troubles contre-révolutionnaires. "Nous sommes des résistants de la liberté, pas des baltaguis !", s’indignent les amis de Rami Essam, figure artistique de Tahrir torturé par des éléments de la police militaire au musée du Caire, tandis que des femmes ont été battues, humiliées et traitées en "prostituées" lors de leur détention. "Baisse la tête, tu vis dans un pays démocratique", persifle Rami Essam dans une nouvelle chanson désabusée.

Face à ce nouveau tournant autoritaire, certains seront tentés d’aller guerroyer en Libye ou ailleurs, ignorant sans doute les expériences d’articulation entre mouvements sociaux et solidarité internationale menées sur place, dans les usines en grève. Pas question de déserter le terrain des luttes sociales et politiques, rétorquent les militants, nouveaux venus ou acteurs chevronnés, engagés dans la transformation de l’essai révolutionnaire du 25 janvier. Ils n’entendent pas céder à l’intimidation. Les manifestations continuent donc, y compris contre le projet de décret-loi censé les dissuader ( cf. http://www.arabawy.org )

Dimanche 27 mars, la nouvelle fédération indépendante des syndicats libres défile ainsi avec les jeunes révolutionnaires pour le droit de grève et de manifestation, articule revendications économiques et exigences politiques. On retrouve là les chauffeurs de bus et les cheminots directement menacés : n’avaient-ils pas bloqué le trafic, donnant une impulsion décisive à la révolution à la veille de la chute de Moubarak ? Ils viennent de créer leur propre syndicat libre et indépendant, qui réclame aussi le "grand nettoyage" pour dégager les "petits Moubarak" toujours à la tête de nombreuses entreprises. Ils rejoignent ainsi naturellement les manifestants qui entendent purger les médias d’Etat des collabos et des managers corrompus. Tous ensemble, ils en reviennent aux fondamentaux de la révolution du 25 janvier et en particulier à une de ses revendications centrales : la fin de l’état d’urgence, et non son ( cf. réaménagement ! et http://www.arabawy.org)

Au lieu de criminaliser les gens en lutte, négociez avec eux sur la base de leurs revendications, jugez Moubarak et ses acolytes pour leurs crimes ! C’est le cri de révolte à l’intention du conseil suprême des forces armées et à son patron, le maréchal Tantawi, qui commence à être publiquement mis en cause. L’armée n’est pas encore assimilée au clan Moubarak. Des contradictions majeures persistent entre eux, mais justement, les révolutionnaires ne veulent pas être otages de divergences d’intérêts et de règlements de comptes obscurs !

Comment articuler nouvelles perspectives politiques et transformation sociale ?

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Crédit photo : ShaimaaAtef

Alors, reconstruire. Bien sûr qu’il faut rester constructif, et ne pas se cantonner dans la protestation incantatoire. C’est le sens même des efforts actuels d’auto-organisation des jeunes et des travailleurs, tant sur le plan syndical que politique, pour se projeter dans l’avenir. Les nouvelles ouvertures dans le jeu politique, avec la perspective d’élections démocratiques en septembre, amènent les militants à accélérer le processus de recomposition autour de programmes qui restent à élaborer.
Beaucoup ont déploré la précipitation avec laquelle ces nouvelles échéances ont été décidées, soupçonnant les forces déjà organisées de vouloir confisquer à leur profit les acquis démocratiques de la révolution. Mais s’il faut aller dans l’arène politique, il faut y aller, disent nombre de militants. Au risque d’être intégrés dans le jeu politicien, d’être cooptés par lui et d’adopter ses formes traditionnelles ? N’y a-t-il pas aussi d’autres manières, de nouvelles manières de faire de la politique, davantage en phase avec la révolution culturelle vécue par la société civile en ce "printemps arabe" ? Le processus d’institutionnalisation de nouvelles forces politiques doit-il être privilégié par rapport aux mobilisations sociales ?
Signe pratique de ces interrogations, le Forum Social prévu en Egypte pour Cham En Nessim ( autour du 25 avril ) a été reporté à plus tard, afin de mieux se concentrer sur la formation de nouveaux partis politiques prêts à participer aux prochaines échéances électorales...

Mogniss H. Abdallah

 

 

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