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En Tunisie le chômage et la répression laminent l’optimisme et l’espoir nés de la révolution

5 mars 2011 - Dernier ajout 7 mars 2011

A Tunis l’ambiance n’est plus à la fête, mais à la réflexion et à l’inquiétude. Après l’immense énergie déployée par le peuple tunisien pour exiger le départ de l’ex-président Zine El abidine Ben Ali, les Tunisiens semblent ne plus avoir le moral, déçus par la tournure des évènements. Chômage et précarité semblent avoir repris le dessus sur l’optimisme et l’espoir nés de ce soulèvement populaire. La réalité est tout autre... Nous étions à Tunis la semaine dernière. Ambiance.


 

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A peine arrivée dans la capitale, les traces et les stigmates de la révolution sautent aux yeux. Nombreux sont les drapeaux qui flottent au dessus des immeubles comme un écho fait aux courage des martyrs tombés au cours de cet évènement historique. Les murs content aussi cette nouvelle page de l’histoire tunisienne et rappellent l’immense énergie déployée par les Tunisiens pendant cette révolution. Les slogans ne manquent pas : « Ben Ali Out », « RCD dégage », « le pouvoir est au peuple », « Vive la liberté » etc.

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L’avenue Bourguiba s’est transformée en champs de bataille. Les militaires et leurs tanks veillent à la sécurité des institutions quadrillées par des barbelés. Le ministère de l’intérieur est tout proche. Malgré tout la rue prend vie. Il n’est pas rare de voir des groupes se former pour débattre avec véhémence et passion autour d’un sujet jusqu’alors tabou : « la politique » et ce face au ministère de l’intérieur. Les Tunisiens semblent désormais prendre leur destin en main. Des jeunes, nostalgiques de la révolution, se réunissent chaque jour par petits groupes pour manifester afin de réclamer le départ de Mohamed Ghannouchi.

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« Game Over Ghannouchi », « Ghannouchi dégage ! », « le peuple veut ta démission » crient-ils sous le regard des policiers pour lesquels une grande majorité des Tunisiens n’ont plus d’estime. « Vous êtes racistes » lance un vieux manifestant aux policiers situés derrière les barbelés. Et à un jeune de justifier : « ce sont eux qui ont servi la répression du régime de Ben Ali. Aujourd’hui plus personne ne les respecte ». Une fois n’est pas coutume, les tunisiens se lâchent, les policiers ne bronchent ... plus et semblent même terrorisés. « Nous ne sommes pas tous corrompus. Les manifestants mettent tout le monde dans le même sac sans avoir d’esprit critique » nous dit en aparté l’un des policiers situé derrière les barbelés.

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Si certaines personnes se réjouissent de cette libération de la parole, d’autres s’inquiètent ou ne savent pas comment prendre part au débat. La peur de s’exprimer est encore très présente sauf lorsqu’il s’agit de dénoncer la précarité et la misère qui sévit au quotidien dans la vie des tunisiens. Le taux de chômage a atteint des sommets. Plus d’un million et demi de chômeurs, la plupart des jeunes diplômés tiennent les murs, faute d’emplois.

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« Je ne sers à rien, mon diplôme ne sert à rien. J’ai perdu mon honneur »

Dans le marché situé sur la « place Barcelone », chacun tente de trouver un job pour survivre s’exclame un sans abri. Les jeunes rasent les murs en attendant de trouver preneur de leur « matière grise » ou de leur diplôme. Accaparé par la caméra, chacun vient raconter son histoire, ses déboires et ses soucis. Mohamed lui, est diplômé en informatique appliqué à la gestion mais est au chômage depuis 10 ans. Mourad D. ayant un diplôme de physique est désabusé et déçu. « Je ne sers à rien, mon diplôme ne sert à rien. J’ai perdu mon honneur » nous explique-t-il. En attendant, il vend des vêtements sur le marché. Pour un autre, il se voit dans l’obligation d’arrêter ses études car sa bourse ne lui est plus versée.

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Comme lui, de nombreuses personnes font les marchés, leurs diplômes en main pour tenter de trouver une éventuelle embauche. Autant dire que la tâche n’est pas facile surtout pour les orphelins. C’est le cas de cette femme qui n’a droit ni à une pension, ni de travailler. Son seul tord, que ses parents soient décédés. « Ça dépasse l’entendement. En attendant je suis hébergée chez celui qui veut bien m’accueillir. Si j’avais été un homme j’aurais pu travailler dans les travaux publics mais je ne peux pas » s’indigne-t-elle.

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« Nous perdons patience. Nous n’avons pas confiance en ce gouvernement qui n’est qu’une copie de l’ancien régime. Ce gouvernement ne va rien changer à la situation des chômeurs, des étudiants et des personnes dans la précarité. Il n’arrangera que les riches » peste un jeune homme pointant du doigt Mohamed Ghannouchi, premier ministre de transition. « Il n’a qu’à nous montrer son programme pour qu’on puisse lui faire confiance. On veut plus de transparence, plus d’informations. Qu’on nous montre ce qu’ils sont en train de mettre en place. Qu’on nous en dise davantage sur ces fameux billets » (prés de 21 millions d’euros retrouvés dans le palais de l’ex-couple présidentiel à Sidi Dhrif, ndlr).

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Craignant de se voir confisquer cette révolution, les jeunes n’hésitent pas à organiser des manifestations dont l’objectif est de réclamer le départ de Mohammed Ghannouchi. Les manifestants réunis samedi 26 février, sur l’avenue Bourguiba n’ont pas perdu le nord. Aux cris de « Ghannouchi dégage ! », ils ont défilé avec l’ensemble des drapeaux des pays ayant suivi le soulèvement populaire. Les drapeaux égyptiens et lybiens flottent au dessus de la foule ainsi que celui de la Palestine comme pour nommer cette révolution, « l’intifada arabe ».

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Mais la déception est à la hauteur de la portée de cette révolution semble dire un jeune étudiant ayant ardemment participé à cet évènement historique et encore présent dans la foule samedi dernier pour exiger le départ du premier ministre de transition. Un sujet qui fait débat entre les tunisiens. Il y a ceux qui ne font pas confiance à celui qui a servi le président déchu et ceux qui pensent que seul Mohamed Ghannouchi a la possibilité de remettre le pays sur pied. C’est un débat passionné qui ne cesse d’animer les cafés et les commerces de la capitale et qui ne cesse de diviser les tunisiens inquiets pour l’avenir de leur pays.

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Samedi dernier, des affrontements entre membres des forces de l’ordre et des manifestants ont dégénéré en plein centre de Tunis. La manifestation pacifique qui avait eu lieu toute cette journée a dégénéré devant le ministère de l’intérieur situé dans l’avenue Bourguiba.

Gaz lacrymogène et « cartouches » lancés par des policiers postés sur le toit de l’immeuble abritant le ministère de l’intérieur ont traversé la foule des manifestants qui a répliqué à coup de pierres qui ornaient le rond-point de fleurs où est située la Grande horloge au bout de l’avenue. Trois personnes sont mortes dans les affrontements et « plus de 100 personnes ont été arrêtées ce samedi » a annoncé le ministère de l’Intérieur dans un communiqué.

« Nous sommes inquiets. La révolution n’a servi à rien. Nous assistons toujours à cette même répression. On nous surveille, on nous intimide. L’ombre de Ben Ali plane toujours sur la Tunisie » s’indigne une jeune femme qui attribue cette répression à des policiers en civil ayant fait alliance avec des casseurs.

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N’ayant pas réussi à gagner la confiance de l’opposition, et ne pouvant faire face à la pression populaire, Mohamed Ghannouchi a pris la décision de démissionner dimanche 27 février. C’est désormais Béji Caïd Essebsi, premier ministre du gouvernement provisoire qui le remplace.

En attendant le centre ville est quadrillé par les hélicoptères de l’armée tunisienne et ce week-end s’annonce chargé et crucial.

Un jeune étudiant va même jusqu’à dire que « la révolution n’est pas terminée. Nous en sommes même qu’à la première phase ». Voilà qui en dit long sur l’état d’esprit dans lequel se trouvent les Tunisiens. Le chemin s’annonce tortueux. En attendant, les prochaines élections qui pourraient avoir lieu au mois de juillet prochain, les tunisiens tentent de prendre leur mal en patience.

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