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Egypte : Ces femmes qui ébranlent la société

31 octobre 2011

A quelques semaines des premières élections législatives en Égypte, retour sur un film précurseur du printemps arabe égyptien. Avec « Les Femmes du bus 678 », Mohamed Diab nous plonge dans l’Égypte actuelle, dressant le portrait de la misère sexuelle du Caire, à travers le regard croisé de trois femmes. Une révolte de femmes cairotes contre le harcèlement masculin, annonciateur d’un nouveau souffle sur la capitale égyptienne. Rencontre avec le réalisateur et scénariste : Mohamed Diab dont le film a été diffusé quelques semaines avant les soulèvements en Égypte défrayant la chronique.


 

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Fayza, Seba et Nelly, trois femmes aux vies totalement différentes s’unissent pour combattre le machisme impuni qui sévit au Caire dans les rues, dans les bus et dans leurs maisons. Déterminées, elles vont se venger, ponctuant parfois le film de scènes humoristiques, en humiliant ceux qui les humiliaient. C’est pourtant un film douloureux que réalise Mohamed Diab, en abordant le thème du harcèlement sexuel dont sont victimes les femmes en Égypte. Des attouchements et une forme de « drague » que 83% des femmes subissent régulièrement, selon une étude du Centre égyptien pour les droits de la femme. Et si Mohamed Diab a décidé de s’emparer de ce sujet grave, c’est pour mettre fin à ce tabou gangrénant l’Égypte. Originaire d’Ismailia à l’est du Caire, il signe son cinquième film et premier en tant que réalisateur.

-Med In Marseille : Pourquoi avoir choisi d’aborder ce thème et d’en faire un film ?

Mohamed Diab : C’est un sujet sensible et tabou en Égypte : tout le monde sait ce que subissent les femmes dans les transports publics, mais personne n’en parle et n’a connaissance de l’ampleur du phénomène. Il a fallu une importante médiatisation partie d’un fait divers pour que les lignes bougent. Pour la première fois, une femme a porté plainte pour harcèlement sexuel. Nelly incarne un vrai personnage qui a gagné en 2008 le premier procès dans ce domaine en Égypte. Son agresseur a été condamné à trois ans de prison et l’agression sexuelle est devenue un délit en Égypte. Dans ce pays, les hommes ne sont pas ce que les femmes attendent d’eux et à travers ce portrait de trois femmes évoluant dans des environnements distincts, j’ai voulu montré ici leur quotidien. Représentatives de différentes classes, voilées ou pas, modernes ou traditionnelles, leur seul point commun est l’injustice. Les harcèlements viennent de partout et la répétition d’une scène de Fayza descendant du bus après s’être vengée, est destinée à faire comprendre l’étendue et la gravité de tels comportements. Quand les femmes commencent à se défendre, c’est là que débute réellement le film.

-Med-In Marseile : Comment avez-vous travaillé ?

Mohamed Diab : Je me suis plongé dans l’univers des femmes pendant longtemps, j’ai réalisé de multiples entretiens. J’ai assisté à ce premier procès pour harcèlement et j’ai été rencontrer au tribunal les femmes qui témoignaient. J’ai alors décidé d’explorer la question de la situation des femmes en Égypte et j’ai commencé à en parler aux femmes autour de moi. Moi même, mon rapport à ma femme, à ma sœur a changé avec le film. Il fut cependant difficile de trouver des acteurs pour interpréter ces rôles, c’était une insulte de jouer dans ce film, mais grâce à une nouvelle génération d’artistes, j’ai pu réaliser mon film.

-Med’In Marseille : Comment expliquer un tel harcèlement en Egypte ?

Mohamed Diab : Ce n’est pas propre à l’Égypte ni à la religion. En Indonésie, au Mexique, on assiste aux mêmes dérives. C’est un problème de législation et aussi de banalisation. Dans la conscience collective, c’est devenu un jeu de tous les jours, on le voit à travers cette scène, où un enfant adopte le même comportement que les hommes à l’encontre de Seba qui, prise de colère, le poursuit. Le harcèlement est vu comme « normal » et le film veut expliquer aussi ce danger de la banalisation. A cela s’ajoute un problème de frustration sexuelle en Égypte. Les hommes doivent refouler leurs désirs depuis l’adolescence jusqu’au mariage, alors que tout autour d’eux les pousse à penser à leur désir, c’est un facteur d’agression sexuelle. Le problème est aussi socio-économique : les hommes n’ont plus les moyens de se marier avant 35 ans et les rapports sexuels hors mariage sont interdits en Égypte. Il faut aider les jeunes à pouvoir se marier plus tôt. Il ne s’agit pas d’imposer une révolution sexuelle dans le monde arabe. Ce n’est d’ailleurs pas un problème uniquement masculin, mais aussi de société dû au poids de la tradition et de la religion, car les femmes blâment aussi d’autres femmes voilées ou pas.

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-Med’In Marseille : Quelles ont été les réactions du public lors de la projection du film en Égypte ?

Mohamed Diab : En Égypte, il n’y a pas une œuvre née avant la révolution qui ne parle des malaises dans la société égyptienne, même de manière indirecte. Le film a entraîné beaucoup de réactions, il a été très critiqué, mais non interdit. Libéraux comme islamistes sont montés au créneau. Il montre surtout l’origine des coupables et c’est ça qui a choqué. Beaucoup en ont parlé, que ce soit en bien ou mal, car ça touche un sujet vraiment tabou. 99 % des femmes ont emmené leur mari pour leur dire ’regarde ce qui se passe là, ça m’arrive aussi !’.

Beaucoup d’hommes sont aussi allés voir le film car ils pensaient au début qu’il contenait des scènes sexuelles, mais à la fin de la séance, on pouvait déjà assister à un changement de comportement : ils se levaient et laissaient passer les femmes. Les gens commencent davantage à aller porter plainte, ils ont davantage conscience du problème, même si cependant, les dépôts restent peu courants.

-Med’In Marseille : Le fait que le le film soit signé par un homme a t-il entraîné un plus grand impact au sein de la population ?

Mohamed Diab : Le fait que ce soit un homme qui soit à l’origine de ces scènes a permis surtout que le sujet soit davantage pris au sérieux. Les femmes avaient besoin que quelqu’un prenne position et leur défense. La femme en Égypte est dans une position de faiblesse, donc ça doit changer. Les gens pensaient d’ailleurs que le film avait été réalisé par une femme. C’est une œuvre militante sur l’égalité des femmes, je suis fier de l’avoir fait. S’il avait été fait par une femme on aurait dit qu’elle était féministe, or il s’agit juste ici de défendre une injustice dans une situation. Je défends une cause, celle du droit des femmes, comme j’aurai pu défendre celle des enfants pour toucher les gens.

-Med-InMarseille : « Les femmes du bus 678 » aborde aussi une importante question : celle de l’honneur. On assiste à une agression sexuelle, mais il est important de sauver l’honneur, on le voit à travers le personnage de Nelly, dont la famille refuse qu’elle porte plainte.

Mohamed Diab : La plainte pour agression sexuelle porte atteinte à la réputation de la famille de Nelly et du pays. Il y a en Égypte, une mauvaise définition de l’honneur. Il faut rectifier cette définition et briser ces tabous.

Le film aborde en effet également le thème de la honte. « Être harcelé sexuellement n’est pas une honte, ce sont les hommes qui doivent avoir honte », affirme Seba, prodiguant des cours d’auto-défense aux femmes. Le personnage de Faiza pose ainsi cette question à plusieurs reprises à Séba auprès de qui elle vient trouver un appui après s’être vengée dans le bus, blessant un homme avec une épingle : « ils le méritent ou pas ? », s’interroge cette dernière. Le film met ainsi aussi en avant le problème de la culpabilité de la femme profondément ancré dans les esprits et dans les mœurs.

=> Ce film a reçu de nombreux prix. Le dernier en date étant le prix du public et du Jeune public Midi Libre lors du festival Cinéméditerranéen à Montpellier, en octobre dernier. Il sera distribué en France en mai prochain. A ne pas rater !

 

 

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