Articles

Accueil > Actualités > Du cinéma d’expression populaire au cœur du 93

 

Du cinéma d’expression populaire au cœur du 93

28 février 2011

Depuis 2005, le Centre Média Local de Seine-Saint-Denis, collectif de citoyens bénévoles, amateurs et professionnels de l’audiovisuel, construit un espace collectif de réappropriation des médias et de ses outils, par ateliers de réalisation de films d’expression populaire. Sans filtre ni manipulation politique ou médiatique, des habitants ont fabriqué leurs "Chroniques du Temps Présent", des courts-métrages diffusés en avant-séances de cinémas locaux. Une projection rétrospective de ces chroniques était organisée au local 6b, à Saint-Denis, dans le cadre du festival « Banlieusards et alors ? ». L’occasion d’un bilan de cette expérience hors du commun.


 

JPEG - 56.5 ko

La projection a lieu au 6b, quai se seine, à Saint-Denis. Proche de la gare, le local ne paie pas de mine, un peu perdu entre les grues et les marteaux piqueurs qui offrent un nouveau lifting à la ville. Le lieu a ouvert il y a six mois et accueille associations et artistes en résidence, dont « Culture de banlieue », l’association organisatrice du festival « banlieusards et alors ? ». A la base, l’association est un collectif de graffeurs, mais ils font aussi de la vidéo, du clip, du court-métrage et développent un projet livre : « dicograff », un abécédaire du graff prévu pour le mois de mai. Outre les locaux d’associations, le 6b contient une salle de danse, de concert, un espace pour enfants et une salle de projection, un peu sur le même modèle que l’espace « Mains d’œuvres » à Saint-Ouen. « On a voulu organiser un festival alternatif urbain en Seine-Saint-Denis pour porter la culture hip hop. Avec des conférences, des projections de films, du Vjing, des questions de citoyenneté. On avait l’impression que la culture hip hop oubliait un peu ses bases, c’est à dire faire beaucoup avec pas grand-chose » explique Thierry Grone, l’organisateur du festival. Et c’est un peu l’état d’esprit du centre média local du 93. Dimanche 20 février, le festival lui avait donné carte blanche pour la diffusion de ses OFNI : objets filmiques non identifiés.

JPEG - 48 ko

* La génèse des chroniques

Les chroniques naissent en 2002 de la rencontre de deux structures : Riv’Nord, créée en 2002 à Saint Denis pour travailler avec la population autour de l’audio-visuel, et Rapsod productions, née en 1995 dans le 20ème arrondissement pour fabriquer de l’audio-visuel en prise avec les mouvements sociaux et les problématiques féministes. De cette rencontre naissent donc des ateliers de réalisation, qui s’instituent réellement en 2005 avec des fonds européens, un projet triennal avec le conseil régional et l’appui du conseil général de Seine-Saint-Denis, ainsi que de la fondation franco-américaine FACT. Les ateliers se situent d’abord aux bateaux-lavoirs, un lieu auto-géré à Saint-Denis, puis s’éparpillent. Toute l’année, des stagiaires sont alors accueillis, avec une AG mensuelle pour échanger sur les travaux en cours. Des formations pluri-disciplinaires sont proposées en son, réalisation, montage. Une seule contrainte de production, la durée : les « chroniques du temps présent » ne doivent pas dépasser 10 minutes. Par ailleurs, pour des questions de coût, de faisabilité, d’apprentissage, un court-métrage est davantage accessible qu’un long métrage dans le cadre d’ateliers. « L’idée était de fabriquer des films ensemble. On a accompagné tout type de public. Des jeunes, des salariés, des chômeurs, des étudiants, parfois même des étudiants en cinéma de Paris 8 qui venaient chez nous car ils pouvaient toucher au matériel et s’exercer » s’amuse Patrick Laroche, l’un des deux réalisateurs du centre média local. L’adhésion est de 10 ou 20€ l’année pour rémunérer les professionnels, réalisateurs ou techniciens, qui interviennent. Mais certains n’ont rien payé. A ce jour, le centre média local compte une soixantaine d’adhérents, pour la plupart habitant la Seine-St Denis.

JPEG - 51.8 ko

* L’éducation populaire à l’image

« On travaille sur une acculturation. Beaucoup de jeunes regardent énormément la télé, 3h45 par jour, en moyenne, c’est une vraie machine à laver. Chaque citoyen reçoit un taux d’image hallucinant, par la pub, la télé, le cinéma, les photos, on est environnés d’images, de sons et c’est important d’avoir une formation pour les décrypter » explique Patrick Laroche. Plus de lucidité sur la fabrication, la construction des images pour apporter du sens critique. « Certains sont venus avec une idée précise en tête, un projet, d’autres simplement pour découvrir un monde inconnu. Avec certains, on a pensé un projet de A à Z lors des réunions mensuelles » continue le réalisateur. Les chroniques se situent pour la plupart en Seine-Saint-Denis, par souci pratique, mais surtout pour contribuer à produire des points de vue, des regards différents sur un territoire environnant, qui concerne directement les spectateurs. Car le 93, département particulièrement maltraité par l’information, dispose de peu d’info de proximité, même si la récente ouverture d’une antenne de France 3 à Bobigny va dans le bon sens. « Les journalistes ne sont pas en banlieue, ils sont à Paris, et le déplacement est à faire à la fois physiquement et mentalement » souligne Patrick Laroche. Les ateliers ont donc œuvré à accompagner un travail cinématographique d’investigation, ancré physiquement sur le département. Il poursuit : « L’idée était d’utiliser l’outil cinématographique dans son essence et puissance la plus profonde : celle de filmer le temps et l’espace dans leurs changements. Les auteurs, citoyens anonymes ou presque, décident de suivre des personnes, d’enregistrer des instants de la vie, conscients de la nécessité de les sauver de la perte, de l’oubli, voir de la possibilité que tout ce qu’ils filment, s’ils ne le faisaient pas, n’existerait pas. Il n’y a pas de prétention esthétique ou philosophique, juste une humble attestation de présence, pour pouvoir dire « tout cela a existé, existe – regardez – c’est juste à côté de chez nous ».

JPEG - 67.7 ko

* La diffusion

Quel réseau de diffusion pour ces films d’atelier de 10 minutes ? Le cinéma l’Ecran à Saint-Denis, l’Etoile à la Courneuve, et plusieurs cinémas classés « art et essai » ont joué le jeu. Ils ont diffusé au moins une journée par semaine les court-métrages en avant-programme de certains films, sur le modèle des anciennes « actualités cinématographiques », alors réalisées par les grandes major compagnies. L’expérience a duré deux ans à la Courneuve et 3 ans à Saint-Denis. Les court-métrages ont aussi été diffusés lors de soirées spéciales ou dans des festivals à Paris, Tours, Marseille. A la rentrée, on a décidé d’arrêter les diffusions hebdomadaires, car le rythme devenait trop soutenu pour nos possibilités de production. Si le dispositif s’est arrêté, c’est aussi un problème politique, comme l’explique Patrick Laroche : « les salles indépendantes sont en fait largement soutenues par les municipalités, à hauteur de 20 à 30%, et leur positionnement est délicat, car ces films produits par des habitants de la localité portent à conséquence sur les choix politiques menés localement, parfois les critiquent, souvent les mettent à mal. Alors mis à part la décision courageuse de l’Etoile et de l’Ecran, peu de cinémas nous ont suivis. Car la parole populaire fait peur ». En guise de conclusion de ces 4 ans d’ateliers, le centre média local a organisé en novembre dernier le festival Immediat (http://festivalimmediat.fr), pour donner une visibilité momentanée à toute cette production et élargir à une production équivalente hors 93. Pour mettre en valeur les « films d’expression populaire », un cinéma qui ne passe ni par la CNC ni par la télé, hors visa d’exploitation, ancien visa de censure dans les années 70. « On a voulu faire exister ces films hors cadre, atypiques, avec une plus grande liberté de point de vue, ces OFNI » explique le réalisateur. Pour la première édition du festival, l’an dernier, l’association a reçu plus de 200 films.

JPEG - 54.4 ko

* Banlieusards et alors ?

Désormais, le centre média local travaille sous forme de partenariats. L’an dernier avec la maison de quartier de la Plaine Saint-Denis et le théâtre de la belle étoile, pourquoi pas demain avec le local 6b. Dans le cadre du festival « banlieusards et alors ? », plusieurs chroniques réalisées dans le cadre de l’atelier citoyens reporteurs de Plaine ont été projetées. Notamment « entre hier et aujourd’hui » de Mourad Hamiti, qui montre les bouleversements du quartier de La Plaine Saint-Denis à travers les témoignages d’ouvriers retraités. Autre projection, « On va tout cafter » de Lina Wallis, qui s’intéresse à la CAF de Saint-Denis et questionne le taux d’attente de 5h aux guichets. Par ailleurs, ont été projetés des regards de jeunes de Seine-Saint Denis sur leur vie et leur quartier, réalisés dans le cadre de l’atelier « saisir/construire le réel » avec Cinéma 93 et Passeurs d’Image. Notamment « Hymne à la banlieue », une réalisation collective de jeunes du quartier Orgement d’Epinay, dans lequel Marouane, 14 ans, s’interroge sur le regard négatif porté sur la banlieue et propose sa vision plus poétique. Autre exemple, « L’envers du décor », un docu-fiction qui a reçu le prix du meilleur film média Europe 2010 contre la discrimination, et qui a été réalisé collectivement par des jeunes des quartiers populaires de Saint-Denis. Il décrit le parcours de jeunes hommes, entre décrochage scolaire et engagement politique.

* Surprendre, provoquer le débat

« Un film n’est pas un objet fini, il doit être regardé dans sa globalité, avec ses imperfections, ses manques, ses aspérités, le débat qu’il provoque » lance Patrick Laroche. Et le mode de diffusion des chroniques, en avant-séance de films classiques au cinéma, avait l’avantage d’introduire une surprise, un décalage, auprès d’un public plus passif, des gens qui ne venaient pas spécifiquement pour ça. Aller voir un film de Tarantino et voir une chronique du temps présent sur la CAF de Saint Denis, c’est intéressant. « ça a forcé des gens à les regarder, à s’y confronter, à apprendre des choses qu’ils ignoraient sur leur propre territoire » explique-t-il. Car l’éducation populaire, au-delà de l’aspect technique et de réalisation, se prolonge dans le débat provoqué par les films. La démarche a permis de faire se rencontrer habitants, réalisateurs, formateurs, diffuseurs. Les chroniques ont aussi amené dans les salles des gens qui n’y avaient jamais mis un pied. « Je me souviens de ces femmes victimes de marchands de sommeil qui avaient monté un camp de protestation en face du cinéma. Une chronique leur a été consacrée, et elles sont rentrées dans le ciné pour voir ce film. C’était une rencontre très forte, très riche » termine le réalisateur.

Plus d’informations en ligne sur http://cml93.free.fr

 



 

 

Autres articles Actualités

 

Brèves Actualités

  • 17 octobre

     

    La ville de Marseille a voté un plan à 1 milliard d’euros de reconstruction des écoles, par des partenariat public-privé

    Un plan massif, à un milliard d’euros, pour reconstruire les écoles de Marseille Régulièrement épinglée pour le délabrement de certaines écoles publiques, la ville de Marseille a voté lundi un plan massif de reconstruction d’un montant d’un milliard d’euros, via des partenariats public-privé (PPP) contestés par l’opposition. "Le projet que nous nous apprêtons à lancer est considérable, c’est un véritable plan Marshall qui n’a aucun équivalent ni dans l’histoire de la ville de Marseille ni dans aucune autre ville", a vanté le maire (LR) Jean-Claude Gaudin, devant le conseil municipal. Le plan prévoit la destruction de 31 établissements obsolètes des années 1960, et leur remplacement par 28 nouvelles écoles, (...)

     

  • 16 octobre

     

    MARSEILLE POUBELLE LA VIE Collectif citoyen contre l’insalubrité à Marseille lance une pétition

    MARSEILLE POUBELLE LA VIE Collectif citoyen contre l’insalubrité lance une pétition en ligne, avec une lettre ouverte à Jean-Claude Gaudin " Nous nous sommes mobilisés pour vous apporter les preuves de ce triste constat à travers le Livre Noir de Marseille : Etat des lieux de chaque quartier de la cité. Vous y observerez les rats que côtoient les usagers chaque jour. Ils s’attaquent aux câbles des voitures et pénètrent chez nous. Leurs cadavres trainent dans les rues et dans les parcs….Leur prolifération est vectrice de maladie comme la leptospirose…La gale et la teigne sont revenues dans nos parcs et nos écoles !" (...)

     

  • 9 octobre

     

    Droit de retrait reconduit ce jour au lycée Saint-Exupéry, lundi 9 oct

    Lundi 9 octobre 2017 Droit de retrait reconduit ce jour au lycée Saint-Exupéry Pour la troisième journée consécutive les personnels ont décidé d’exercer leur droit de retrait, les conditions de sécurité n’étant toujours pas assurées, ni pour nos élèves, ni pour nous. Dans un communiqué, les professeurs et personnels, leurs sections syndicales, FSU, CGT, FO, SUD, CFDT précisent :"Vendredi, la direction académique a dit réfléchir à la possibilité d’affecter à l’année 4 ou 5 AED supplémentaires sur notre lycée pour la vie scolaire. Il y a urgence ! Nos élèves doivent pouvoir reprendre les cours au plus vite, dans des conditions de sécurité restaurées. Il nous est insupportable d’être une nouvelle fois (...)

     

  • 6 octobre

     

    Lycée Saint exupéry, les enseignants font valoir leur droit d eretrait, suite à des violences

    DROIT DE RETRAIT AU LYCEE SAINT-EXUPERY DE MARSEILLE "La rentrée chaotique du lycée continue … En grève le 5 septembre, les personnels dénonçaient déjà les conditions de travail fortement dégradées suite à la perte de 30 contrats aidés (CUI), assurant notamment l’encadrement des élèves et l’entretien des locaux. De façon prévisible, les 10 postes reconduits n’ont pas suffit à assurer la sérénité du travail dans l’établissement. Depuis un mois seulement, les incidents se multiplient, les actes de violence sont récurrents :- 315 exclusions de classe- 6128 absences d’élèves- 490 passages à l’infirmerie- 9 évacuations par les pompiers … Suite à une bagarre d’une violence extrême ce mercredi, l’ensemble des (...)

     

  • 4 octobre

     

    Fête de l’Automne soutien au Manba, migants 13, Marseille. dimanche

    Fête de l’Automne soutien au Manba, migants 13 Un repas de soutien au collectif Al Manba , soutien migrant-es 13 ; est organisé aux jardins partagés de l’Annonciade, quartiers nord, les Aygalades, à partir des récoltes. Discussions, musique, buvette, chaleur humaine par Collectif Soutien Migrants 13 / El Manba dim 12:00 · Chemin de la Mûre, 13015 Marseille Page FB Collectif Soutien Migrants 13 / El Manba

     

  • 4 octobre

     

    Recours au Conseil d’Etat , contre le gel des contrats aidés

    Emplois aidés : La justice va-t-elle suspendre le gel décidé par le gouvernement ? TRAVAIL Le Conseil d’Etat examine mardi 03 octobre, un recours déposé par des élus écologistes et plusieurs associations contre la remise en cause des contrats aidés décidée par l’exécutif... http://www.20minutes.fr/economie/2143331-20171003-emplois-aides-justice-va-suspendre-gel-decide-gouvernement

     

  • 25 septembre

     

    La Ville de Marseille lance une enquête sur des « comportements supposés répréhensibles » dans les musées.

    La Ville de Marseille lance une enquête sur des « comportements supposés répréhensibles » dans les musées Depuis plusieurs semaines, des agents des musées dénoncent dans des courriers anonymes des passe-droits, voire les emplois fictifs dont bénéficieraient d’autres agents. La Ville a décidé de diligenter une enquête interne de l’inspection générale des services. A lire sur marsactu https://marsactu.fr/avis-de-tempete-dans-les-musees-de-marseille/

     

  • 25 septembre

     

    Selon la porte-parole de l’ONG Oxfam, Manon Aubry, avec les réformes fiscales engagées, "le gouvernement offre 24 milliards d’euros de cadeaux fiscaux aux plus riches".

    Réforme fiscale : "Les plus riches bénéficieront d’une hausse de revenus 18 fois plus importante que les plus pauvres" note Oxfam Selon la porte-parole de l’ONG Oxfam, Manon Aubry, avec les réformes fiscales engagées, "le gouvernement offre 24 milliards d’euros de cadeaux fiscaux aux plus riches". L’ONG de lutte contre la pauvreté Oxfam publie lundi 25 septembre, un rapport critique sur le projet de loi de finances 2018, intitulé Réforme fiscale : les pauvres en paient l’impôt cassé. Selon le rapport, les ménages les 10 % plus riches bénéficieront "d’une hausse de revenus au moins 18 fois plus importante que les 10 % les plus pauvres", alors que les 10% les plus riches possèdent déjà "56% des richesses (...)

     

  • 20 septembre

     

    CONTRE LA SUPPRESSION BRUTALE DES CONTRATS AIDES, RASSEMBLEMENT unitaire DEVANT LA PREFECTURE LE MERCREDI 20 SEPTEMBRE A 13H.

    Depuis la rentrée, l’annonce par le gouvernement de la fin programmée de tous les emplois aidés a réactivé la colère dans l’éducation, premier employeur de ces contrats. Les associations de parents d’élève se sont jointes à l’intersyndicale 1er degré en cette rentrée car elles sont bien conscientes des difficultés tant sur le plan humain que dans la dégradation de l’accueil des familles dans les écoles où les AADE sont devenues indispensables au bon fonctionnement. Le second degré de l’éducation, touché aussi par ces suppressions se joindra aussi à notre action le mercredi 20 septembre à 13h devant la Préfecture, à Marseille et l’action s’élargit en interprofessionnel. L’intersyndicale a demandé à être (...)

     

  • 14 septembre

     

    Emmaüs Pointe Rouge lance une collecte de dons pour les migarnts

    La Collecte de dons alimentaires pour les migrants de la Vallée de La Roya, est ouverte. départ du camion lundi 16 octobre. Le camion d’Emmaüs partira le lundi 16 octobre. Voir sur le site emmaus-pointerouge.com

     

Articles récents

Articles au hasard