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Dogad Dogoui quitte l’UMP... et relance France Diversité

31 mars 2011

L’ancienne cheville ouvrière du Cercle de la diversité républicaine s’est peu à peu désolidarisé de la politique du gouvernement, avant de quitter définitivement il y a quelques jours le parti majoritaire. Il rompt avec la politique visant à « diviser la population » à coup de petites phrases et de débats, fait le point sur la diversité au gouvernement, escompte transformer France Diversité en une force politique à part entière, et lance des perches pour 2012... Entretien.


 

La semaine dernière, vous avez quitté avec force fracas l’UMP. Quelles sont les raisons de ce départ ?

Mon départ et mon guère de soutien à la ligne de l’UMP étaient sous-jacent depuis 2009. Après le discours du président de la République à Polytechnique en 2008, il y a eu au mois de mars le changement de l’équipe dirigeante de l’UMP, avec Xavier Bertrand à sa tête. Et déjà à l’époque on avait commis un communiqué qui disait que la diversité était en panne. Il y avait des signes, mais là je me suis rendu compte que tout ce que voulait faire le candidat Sarkozy en 2005-2006, la ligne diversité, le projet « action positive », avait été éliminé. Confer la nomination du commissaire Yazid Sabeg [commissaire à la Diversité et à l’Egalité des chances, ndlr], que j’ai rencontré à plusieurs reprises, dont le rapport dense est resté dans les tiroirs. Donc on s’est rendu compte un peu tard, mais il n’est jamais trop tard pour bien faire, qu’en fait la diversité, la promotion de la diversité, le fait d’ouvrir les portes aux talents, ce n’était que partiel. Il n’y avait pas de vraie volonté politique.

A cela s’est ajouté un certain nombre de déclarations que vous avez dénoncées ?

Bien sûr. Des déclarations et des sorties : Chantal Brunel, Brice Hortefeux, Claude Guéant, Christian Vanneste... Des habitués. Mais aussi la ligne officielle. Parce que, qu’il y ait des éléments ici ou là qui tiennent des propos qui sont d’une part anti-républicains, d’autre part stigmatisants, et pour d’autres frisant la discrimination et le racisme, on peut le mettre sous le coup d’individus qui sont hors de propos. Mais là, que le mouvement lui-même signe des communiqués, stigmatise, pointe du doigt une partie de la communauté nationale, notamment les musulmans... L’UMP a un vrai problème avec l’Islam. Il n’était plus question d’espérer que les lignes changent. Moi j’ai rejoint en 2005 l’UMP et Nicolas Sarkozy pour cette question-là, pour apporter mon expérience et mon expertise. Là je ne pouvais plus. je n’avais rien à faire là-bas.

Pourtant lorsque nous vous avions interviewé il y a un peu plus de deux ans, en plein débat sur l’identité nationale, vous sembliez très à l’aise avec la question...

Ca ne me perturbe toujours pas. Je n’ai pas de soucis sur ce qu’est l’identité française. J’ai toujours dit que je ne l’aurais pas appelée « nationale ». Mais l’identité française existe, et heureusement. Et elle est plurielle et diverse. Sauf que là aussi les mots ont un sens. Cette majorité présidentielle a pris l’habitude, je ne sais pas si c’est tactique ou viscéral mais en tout cas je ne le partage pas, d’utiliser un terme et de se fourvoyer sur le contenu. L’identité française, ce sont un certain nombre d’items, de cultures, de relents de notre histoire, que nous partageons tous, d’où que nous venons, quels que soient nos penchants religieux, philosophiques, etc. Ce n’est en rien un outil de stigmatisation et de division de la population. Ce débat a été mis en place, géré et animé par Eric Besson, sous cet angle là, avec je suppose le feu vert du président et de la majorité. Ce volet : où va la France, qu’est ce qui nous réunis... c’est très bien. Si c’est l’identité nationale pour dire qui y est et qui n’y est pas, on se fourvoie. Parce que l’identité française est portée par des Français de toutes origines, de toutes couleurs, de toutes couches sociales, de tout le territoire. Un Marseillais et Ch’ti n’ont pas la même culture. Ils partagent un même territoire mais ils ont leurs particularités. Et on ne peut pas gommer ces particularités. J’étais partant pour expliquer ça. J’ai d’ailleurs participé à quelques débats, vifs. Mais petit à petit, la ligne qui consistait à rajouter des éléments stigmatisants, comme lors du discours de Grenoble : non !

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Un mot du débat qui va s’ouvrir justement dans quelques jours, sur la place de l’Islam en France ?

C’est n’importe quoi. Parce que c’est la même ligne. Imaginons même que l’UMP fasse aujourd’hui amende honorable, un mea culpa devant toute la population à la télévision à 20 h en disant « nous voulons que nous réfléchissions ensemble, à comment nous allons vivre ensemble ». Et bien en gros ça ne passera plus parce que ça a été trop loin. Honni soit qui mal y pense. Désormais le soucis, c’est que ceux qui ont initié ce débat, l’ont initié d’une certaine manière. Il n’est plus question de leur laisser le soin de réfléchir à l’avenir. Il faut le laisser faire par des chercheurs, des historiens, et pas par des politiques sur du court terme. Une telle réflexion doit prendre un ou deux ans, pour construire quelque chose qui nous relie.

Soutenez-vous comme le Cercle de la diversité républicaine qui a communiqué en ce sens, la diplomatie française lorsqu’elle obtient par le biais d’une résolution onusienne, la possibilité d’intervenir en Libye ?

Non. Je ne suis plus au CDR et je ne parle pas au nom du CDR. J’ai quitté l’UMP, et le CDR c’est l’UMP. Une grande moitié ou les trois quarts du CDR, ceux qui m’ont accompagné sur bien des valeurs, rejoignent France Diversité. L’équipe dirigeante du CDR est fidèle à l’UMP. A l’intérieur de notre club il y avait une divergence de vues.
Je dirais que nous avons suffisamment à faire : pour faire retrouver le rang de la France dans le monde, ce ne sera pas par les armes. Ce sera par la culture, ce sera par des prises de position, des condamnations de régimes autocratiques. Mais être les premiers à tirer... Un jour ou l’autre, on le paiera, un jour ou l’autre on nous demandera des comptes. Je crois qu’il faut faire attention : quand les Américains sont arrivés en Irak, ils ont été applaudis en libérateurs. Et puis on a vu la suite. A un moment il faut pouvoir dire : nous voulons prendre notre place dans le monde, mais ça passe par le respect et la dignité. Le même pouvoir, le même gouvernement ne peut pas dérouler - pour des raisons dit-on humanitaires et diplomatiques - le tapis rouge, et je ne dis pas de ne pas recevoir, à Khadafi et être le premier va-t-en guerre contre celui que l’on soutenait hier. Il y a une sorte de schizophrénie et d’incohérence.

Nicolas Sarkozy avait fait de la diversité l’un de ses chevaux de bataille lors de sa campagne électorale. Maintenant qu’une majorité des ministres représentant cette dite diversité, qu’Abderahmane Dahmane, que Yazid Sabeg, et que vous-même êtes partis ou avez été remerciés, cette volonté n’est-elle plus qu’une coquille vide ? Qu’en reste-t-il ?

Moi j’ai toujours prôné une diversité qui ne serait pas uniquement une diversité ethno-culturelle. Or, je le savais je n’ai pas été trompé sur la marchandise, la vision de la majorité actuelle n’est pas celle-là. Mais vous savez dans la vie il faut faire des alliances pour avancer petit bout par petit bout. Ca s’est fait sur des signaux forts. Et ce qui a été accompli, je ne pense pas que l’on pourra revenir en arrière dans les gouvernements qui suivront. En revanche il y a eu mal donne sur le fait qu’y compris les personnes des minorités ethniques ou visibles se considéraient seuls porteuses de la diversité. Je le dis depuis 2001, c’est un mensonge : le mot signifie d’avoir des gens différents en terme de trajectoires, de couches sociales, d’appartenances... Je ne désespère pas que l’on fasse comprendre, non pas aux populations françaises mais plutôt aux élites médiatiques et politiques que nous avons une chance d’être le pays de la diversité. Et qu’elle doit se refléter dans toute prise de décision politique. Il n’y a pas de raison qu’une partie de la population - les femmes par rapport aux hommes, les vieux par rapport aux jeunes, les ruraux par rapport aux citadins,... - soit exclue de tel ou tel espace. C’est ça la diversité : s’assurer qu’il y ait une place pour tous. On le savait bien que ce n’était pas la vision du vocable de l’UMP. Mais il fallait essayer d’enfoncer la porte. Je n’ai jamais réussi a enfoncer cette porte et à convaincre les dirigeants de ce parti à mettre en œuvre ce à quoi j’aspire.

France Diversité a vocation à devenir un parti ?

France Diversité est une association qui existe déjà, créée le 28 mars 2004, et avec laquelle j’ai été aux élections européennes en tant qu’indépendant et avant de rejoindre personnellement l’UMP. Le 21 avril prochain nous ferons la présentation des douze projets pour 2012, sous forme de programme. Et c’est au mois d’octobre, lorsque nous aurons fait le tour de tous nos relais qui s’organisent, soit entre trente et cinquante personnes dans chaque ville, nous déciderons lors d’un congrès fondateur de la transformer ou non en parti politique. Il faut que toute l’équipe qu’il y a derrière accepte que l’on aille au combat.

Quels seront les fondements de ce parti, s’il vient à naître ?

Dignité sociale et humaine : la république sociale. Faire en sorte qu’à chaque décision publique, le plus faible, le plus modeste et le plus petit ne soient pas oubliés. L’idée c’est que la responsabilité, elle est individuelle. Le mérite, il est individuel. L’initiative est individuelle. Pour que le collectif - la ville, la région, le pays - gagne, il faut que l’apport de l’individu soit pris en compte. Enfin, il faut la répartition des efforts et des richesses : justice fiscale, justice sociale... Parce que les choix économiques qui sont faits sont mauvais, puisqu’ils ne permettent ni de produire de la richesse, d’avoir des gâteaux plus gros, ni d’avoir des parts pour chacun plus grandes. Je crois qu’il faut davantage protéger et pousser l’individu à s’impliquer au service du collectif.

Ne craignez-vous pas d’être taxé, par les uns et les autres, et ce malgré votre vision élargie de la diversité, de communautarisme ?

Oui, on le craint toujours. Tout simplement parce que les Noirs, les Arabes, les Arabo-Berbères pour faire court se considèrent eux-mêmes comme issus de la diversité. Et puis le regard qui est porté par la population sur ces minorités-là est celui-là. France Diversité est un nom de code pour le travail et la campagne que l’on mène actuellement. Mais au mois d’octobre, il est possible que nous en changions.

En 2012, si parti politique il y a, y aura-t-il potentiellement un candidat France Diversité à l’élection présidentielle ?

Non, je ne pense pas qu’on en ait les moyens. On va déjà essayer de lever des fonds, de rassembler autour de ce projet des personnes qui apporteront leur force de travail et ensuite on avisera. Nous ferons cependant en sorte d’avoir des candidats aux législatives en 2014, ce qui est important, d’être présents sur suffisamment de circonscriptions pour obtenir un financement public.

Donc pour la présidentielle, un candidat favori ?

Nous irons vers le candidat qui reprendra le plus nos douze points de campagne.

Y compris à gauche ?

Ca dépend de quelle gauche ! Une gauche réformatrice oui, une gauche sectaire, non. S’il s’agit d’une approche suffisamment démocrate, du centre gauche jusqu’au centre droit : c’est là notre territoire. Celui qui accepte d’intégrer notre programme, de faire en sorte que nous ayons des accords pour 2012,... Alors, oui, on fera alliance.

 

 

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