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Diversité en politique : le socialiste Akli Mellouli prend parti

19 septembre 2008

Du prochain congrès PS de Reims au Plan Espoir Banlieues, en passant par la couleur du paysage politique marseillais et l’inauguration d’une place Aimé Césaire dans sa ville, Akli Mellouli, adjoint au maire de Bonneuil-sur-Marne, en région parisienne, donne son avis sur tout. Interview.


 

La politique marseillaise prend des couleurs ? Pas si sûr…

Med’in Marseille : En novembre dernier, vous avez été partie prenante de la conférence sur la représentativité de la diversité en politique, co-organisée à Marseille par le Cran Paca et par notre webzine. Vous y aviez bousculé les caciques du PS et de l’UMP notamment, afin qu’ils intègrent plus de candidats « issus de l’immigration » dans leurs listes en vue des municipales. Six mois après les élections, quelques noms ont émergé chez les socialistes : Samia Ghali, Elisabeth Saïd, Nassurdine Haïdari,… Un bilan positif pour cette action de « lobbying » ?
Akli Mellouli : Ce qui est important ce ne sont pas les termes que l’on emploie, mais les moyens que l’on a mis en œuvre et les résultats. C’est une première initiative. Il y a eu quelques effets, mais ils sont peu significatifs, parce que nous n’avons changé les choses qu’à la marge. Toutefois, nous avons fait entrer dans le paysage notre participation, notre mobilisation. Les politiques seront obligés de nous prendre au sérieux si nous parvenons à nous mobiliser pour défendre le vivre ensemble comme nous l’avons fait lors du colloque dont vous parlez. Il ne s’agissait pas de mettre untel ou untel à tel poste, mais plutôt de faire en sorte que nul ne soit empêché d’exercer des responsabilités politiques en raison de ses origines, de ses orientations,…

Quel constat dressez-vous pour l’autre camp, le parti majoritaire de l’UMP ?
Rien d’étonnant au fait qu’il y ait eu un « recul » du nombre de représentants de la diversité dans les instances locales. Les dirigeants de l’UMP marseillaise ont profité du brouillard de l’action que nous avons menée. Nous, nous souhaitons être exemplaires, et si nous menons aussi ce combat pour l’ensemble de la société, il est normal qu’on le mène d’abord au sein de notre propre groupe. On ne peut pas donner de leçons aux autres si on n’a pas balayé devant chez soi. C’est vrai que l’UMP a été égale à elle-même. C’est-à-dire qu’elle fait de la diversité homéopathique, cosmétique et qu’elle a masqué son incapacité par du symbolique. Le symbolique a son importance, mais il sert aussi à donner un sens. On attend donc la déclinaison de ces symboles…

Vous déplorez le fait d’en arriver à ce genre d’action, pour faire de la diversité en politique la norme ?
C’est plus que dommage parce que la politique c’est le sens. Et le sens c’est aussi la société que l’on veut, la société de demain. Il appartenait aux politiques de donner l’exemple et de démontrer qu’eux ont intégré cette société du XXIe siècle dans sa diversité, telle qu’elle est. Dans ses singularités, parce qu’en fait il ne s’agit pas de diversité ; chaque homme est singulier, c’est ce qui forme le citoyen. A partir de là, les singularités cumulées, articulées, rassemblées, réunies, créent de l’émulation. Inclure cette dimension en politique contribuerait à donner une image forte de la France moderne.

Le congrès de Reims, pour laver le PS de toutes ses querelles

Nous sommes à deux mois du congrès de Reims, qui doit augurer la refonte du Parti Socialiste. Pour l’instant au PS, on parle plus diversité des candidats et courants que diversité des origines. Y avez-vous apporté une contribution ? Qu’en attendez-vous ?
Nous avons apporté une contribution thématique, en essayant d’expliquer en quoi il était impératif d’arrêter l’hypocrisie de cette diversité cosmétique, instrumentalisée. Ces gens que l’on affiche pour leurs pseudo origines et qui sont des sortes de VRP qui ne portent pas sur eux une once de ce qu’ils pourraient défendre, d’une vision de société.
Dans cette contribution, nous avons également dénoncé l’infantilisme lié à l’effet Obama. Tout le monde se gargarise, y compris à droite, de ce qu’il se passe aux Etats-Unis. C’est devenu un phénomène de mode, alors que nous ne sommes même pas capables en France de voir émerger de telles situations. C’est probablement un moyen de se déculpabiliser. Peut-être que cela relève de la psychanalyse ! Tout le monde en a oublié qu’Obama est démocrate, jusqu’à ignorer ses idées, les valeurs qu’il défend. Ici, on ne le perçoit que comme le candidat de la diversité que l’on aimerait voir élu loin de chez soi, surtout pas sur son propre territoire. Dans notre pays aujourd’hui, les conditions de l’émergence de leaders français – quelles que soient leur origines, leurs appartenances réelles ou supposées, leur orientation sexuelle, leur taille, leur âge, leur poids, etc. – n’ont pas été mises en œuvre. On le voit bien dans les appareils politiques : il n’y a pas de gens qui pourraient afficher ce leadership. A droite comme à gauche, ceux que l’on a mis en avant sont ceux qui portent les valises ou sont sagement assis. Mais qui en tout cas ne font pas de bruit et ne risquent pas de déranger l’establishment.

Finalement qu’est-ce qui va sortir de ce congrès qui s’annonce un peu pugilistique, votre contribution portera-t-elle ses fruits ?
Dans les partis, quels qu’ils soient, la seule chose qui fait bouger les lignes, c’est les rapports de force. Et cela nous contraint d’entrer dans la même logique. Si suffisamment de personnes soutiennent notre initiative, notre poids n’en sera que plus grand sur les décisions prises. Nous occupons le terrain en faisant en sorte que cette question ne passe pas aux oubliettes. Mais pour l’instant c’est balbutiant, nous sommes encore trop divisés et il reste du chemin à faire. Globalement, de ce congrès on attend une direction claire du parti, sur le fond et sur la forme.

Le Plan Espoir Banlieues : « un millefeuille de réformettes »

Nous vous avons croisé lors de l’annonce des grandes lignes du Plan Espoir Banlieues par Nicolas Sarkozy en février à L’Elysée. A l’époque vous étiez plutôt sceptique, partisan de la politique du wait and see. Avez-vous vu venir quelque-chose, Akli Mellouli ?
La question, il faut la poser aux habitants. Et à part de mauvaises surprises, je ne suis pas sûr qu’ils aient vu venir grand-chose. En tant qu’élu local, je le vois bien : nous ne savons pas si nous pourrons tenir nos engagements portés par l’Anru (Agence nationale pour la rénovation urbaine, ndlr). Actuellement il est question de faire baisser le DSU : un projet est en cours pour faire sortir un certain nombre de villes du dispositif. Je ne vois pas bien où le gouvernement veut aller. Les réformes ne font pas le réformisme. L’empilage de réformettes, c’est comme l’empilage de dispositifs, ça devient très vite un millefeuille indigeste. Dans le débat qui a précédé l’annonce du Plan Espoir Banlieues, on nous disait « vous allez voir ce que vous allez voir ». Le plan, c’est aux habitants que l’exécutif l’a posé.

Là-bas, dans le Val-de-Marne, une place Aimé Césaire…

Pour revenir à votre actualité locale, la mairie de Bonneuil, où vous officiez comme adjoint de l’édile Patrick Douet, devrait inaugurer très prochainement une place Aimé Césaire. Dites-nous en un peu plus…
C’est une proposition que nous socialistes avons faite et qui a été récupérée. La cérémonie aura lieu le 28 septembre, en présence notamment de la fille de l’écrivain. C’est la place de la Médiathèque – Aimé Césaire était un homme de lettres ! – que nous allons rebaptiser de son nom. Nous avons voulu lui rendre hommage et dire aussi aux enfants de notre ville que, quelque part, on ne fait société, sens, qu’ensemble. On est tous acteur de notre commune, du changement. Et tous les grands hommes, quelle que soit leur couleur, ont leur place dans le panthéon de ceux qui font la société.
Voilà un homme qui, de son vivant, n’a jamais reçu ne serait-ce qu’un bouquet de fleurs, et sur sa tombe tout le monde déverse des tonnes de louanges. J’ai beaucoup d’estime pour le poète. L’homme politique possède ses bons et mauvais côtés, ça fait parti du jeu. Néanmoins, son action sur la Négritude est noble et l’on devrait tous la soutenir, la porter. Ce n’est pas seulement l’affaire des autres, c’est une affaire d’humanité, une question de société, du monde que nous voulons. Là encore, sa disparition est l’occasion de se déculpabiliser à bon compte. Parce qu’on n’a pas le courage de mettre la machine en route, d’attaquer par la base le système pour le transformer radicalement, afin d’éviter qu’il ne produise des discriminations, qu’il ne génère de l’exclusion.

 

 

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