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Diversité : aux actes, Marianne !

9 mars 2009

La diversité est un cadeau et non un fardeau. Belle devise que celle des Marianne de la diversité, association créée – et présidée depuis lors – par Fadila Mehal, à la suite des émeutes urbaines de 2005. Aujourd’hui, le mouvement dispose de six antennes régionales, dont une à Marseille, dirigée par Joana Fidalgo, ancienne collaboratrice de cabinet du maire de la cité phocéenne. Laïques, les Marianne – on y trouve également des hommes – entendent promouvoir la diversité à laquelle elles assignent une véritable mission républicaine. Discriminations à l’encontre des « minorités visibles », relégation dans les ghettos des banlieues, sous-représentation des femmes dans la vie politique, la cohésion sociale a des ratés. Et la République se porterait mieux si elle se réconciliait avec tous ses citoyens, quelles que soient leurs origines. Modestement, mais avec l’énergie propre à remuer les montagnes, les Marianne s’y emploient.


 

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Le 8 mars, c’est la journée internationale de la femme. Les Marianne de la diversité l’ont honorée deux jours plus tôt, à la Maison de l’Amérique latine, à Paris, sous le haut patronage des ministères de la Culture et de la communication, et des Affaires étrangères. Des intermèdes musicaux, notamment de la chanteuse lyrique Malika Bellaribi-Le Moal, ont apporté une respiration à une manifestation qu’accompagnaient les toiles de la peintre saoudienne Latifa Al-Sowayel. Au-delà des idées reçues, comment définir la diversité aujourd’hui ? Dans quelle mesure s’articule-t-elle avec les valeurs qui fondent le vivre ensemble ? Quel est l’apport spécifique des femmes dans cette reconnaissance mutuelle, qu’elles soient issues de l’immigration ou de souche, pour reprendre l’expression consacrée ? Engagées au quotidien et confrontées à ses tracasseries machistes, elles sont chefs d’entreprise, artistes, écrivaines ou journalistes. Elles sont le sel de cette diversité dont beaucoup se gargarisent désormais, mais qui demande une explication de texte.

Diversité, mère de la civilisation

« Il n’y a pas de civilisation sans diversité ». Pour la philosophe Blandine Kriegel, les nations européennes ont contracté une dette historique avec le Sud, elles ont « la Méditerranée en partage » avec leur ancienne civilisation commune, gréco-romaine. Le patrimoine de l’Hexagone s’est nourri d’apports extérieurs, venus de Rome, de Byzance, du monde arabo-musulman. Dans l’architecture, civile ou religieuse : les architectes post-68 ont redécouvert la maison romaine, son atrium, son péristyle. Quant aux fameux jardins à la française, ils ont une lointaine filiation avec ceux de l’Espagne andalouse musulmane. La culture n’existe pas en soi, elle apparaît par le biais des différentes cultures. « Le trésor de l’unité est dans la diversité et réciproquement », a souligné Edgar Morin, en ouverture de la journée. Aux yeux du sociologue, par ailleurs parrain des Marianne de la diversité, unité et diversité sont complémentaires et se fécondent.

La diversité ne se confond pas avec un enfermement communautaire. Ainsi, la négritude, prônée autrefois par Léopold Sedar Senghor et Aimé Césaire, poète et homme politique martiniquais, n’est-elle pas une attitude de repli sur soi. L’œuvre de Césaire, a expliqué Gisèle Bourquin, présidente de Femmes au-delà des mers, également marraine des Marianne, ne concerne pas seulement l’histoire du peuple noir, entre esclavage et colonisation, « elle s’étend à tous les autres hommes ». La négritude « résulte d’une attitude offensive de l’esprit », elle est « sursaut de dignité, refus de l’oppression, combat contre l’inégalité ». Partir du particulier pour aller vers l’universel, le message d’Aimé Césaire reste toujours d’actualité : « notre époque est celle de la différence reconnue, mutuellement consentie », écrivait-il il y a plusieurs décennies.

La femme, avenir de l’homme ?

La diversité est porteuse de valeurs humanistes que les femmes, au cours de l’histoire, ont su préserver et magnifier. Une « double culture masculine et féminine » prévaut depuis les sociétés archaïques de la préhistoire, a indiqué Edgar Morin. En parallèle au monde masculin de la technique, de l’économie, de la guerre, bref, de la puissance et de la domination, s’est développée une culture féminine, « réserve de tendresse, de compassion, de sagesse ». Au « cerveau masculin », prolixe en opérations analytiques qui isolent, s’oppose son homologue féminin, « instinctif, plus à même de saisir les ensembles ». Au sein de la société aristocratique, les salons féminins représentaient la partie humaine de la civilisation occidentale. « La part secrète, sacrée de l’humanité était concentrée dans ces oasis de culture féminine », aux yeux du sociologue. Il n’en demeure pas moins que l’hégémonie de la culture masculine de la domination conduit à un aveuglement gros de catastrophes programmées, avertit Edgar Morin. Comment résister à la barbarie du calcul glacé, incapable de comprendre les valeurs d’amour ? Le salut viendra peut-être d’une complémentarité entre les deux cultures, d’une rencontre entre les deux cerveaux. Un immense défi attend les femmes : seront-elles en mesure de relier le rationnel et le sensible, de développer la part la plus importante de l’humanité ? En un mot, « parce qu’elle est porteuse d’amour, la femme est-elle l’avenir de l’homme ? », s’est interrogé Edgar Morin.

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Femmes engagées au quotidien

Mais concrètement, en ce début de 21ème siècle, comment se débrouillent-elles justement les femmes, dans un monde dont les codes restent masculins ? Des avancées, certes, des conquêtes – un vocabulaire d’homme ! – mais des bastilles restent encore à prendre. En tout état de cause, la jeune écrivaine Faiza Guene n’entend pas tomber dans la déploration victimaire et revendique plutôt le « droit à l’indifférence ». Le droit à la différence sacralisé dans les années 1980 est caduc selon elle. Pour Carole Da Silva, directrice générale de l’AFIP (Association pour favoriser l’intégration professionnelle), « être différent est un atout ». La diversité serait-elle en voie d’acceptation, de banalisation ? L’engagement des femmes présentes aux tables rondes organisées lors de la manifestation du 6 mars montre qu’il reste beaucoup à faire dans ce domaine. La réalisatrice et productrice Yamina Benguigui, une autre marraine de l’association, auteure d’un documentaire très remarqué sur le « 9-3 », a voulu raconter « l’histoire d’une relégation sociale puis raciale » de ce département du nord de Paris. Le diagnostic serait sans doute similaire dans les banlieues des grandes métropoles françaises. Nourrie de militantisme familial, adjointe au maire de la capitale, notamment pour les questions relatives aux droits de l’homme, Yamina Benguigui épingle un monde qu’elle connaît bien, celui de la télévision, « un des derniers bastions qui n’évolue pas avec la société ». Et puis gare aux illusions ! Si la profession de journaliste s’est largement féminisée, explique Isabelle Fougère, présidente de l’Association des femmes journalistes, moins de 10% d’entre elles – à peine 4% dans les quotidiens régionaux – occupent des postes de décision. Tout aussi significatif et préoccupant, les femmes représentent seulement 17% des sujets d’information traités par les télévisions…

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Ce sont pourtant les femmes qui « représentent la vie », leur concours sera précieux si viennent à déferler les intégrismes. C’est un homme qui parle, l’écrivain et journaliste André Berkoff. Les femmes, ultime rempart contre l’intolérance. Juive d’origine marocaine, gardant le souvenir vif d’une coexistence de communautés, marquée aussi par une « culture machiste » de tous les jours, la chanteuse Sapho a été « habituée à être l’autre de l’autre, à dire non à la tribu mais oui à l’humanisme ». La diversité ne sera pas le terreau du communautarisme.

L’arrivée d’un président noir à la Maison Blanche rend plus que jamais d’actualité la diversité. Lui donnera-t-elle un coup de pouce en France, alors que le nouveau commissaire à la diversité, Yazid Sabeg, s’apprête précisément à rendre son rapport sur ce sujet au président de la République ? La loi républicaine existe, on n’a pas à la changer, s’est félicitée Blandine Kriegel, une des nombreuses marraines de l’association de Fadila Mehal. Mais « il faut l’appliquer et la faire appliquer ». C’est bien là où le bât blesse. C’est sans doute une lutte de longue haleine qu’ont engagée les Marianne de la diversité…

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