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Dévoiler la politique de l’inavouable : RESF en marche

18 août 2009 - Dernier ajout 20 août 2009

Alors que l’été fait diversion, de nombreuses procédures d’expulsion ont eu lieu ces dernières semaines à Metz, Nice, Toulouse ou Paris. A Marseille, les membres du Réseau Education Sans Frontières ont lancé plusieurs appels à manifester. Jeudi dernier, à 17 heures, un rassemblement était organisé devant la préfecture pour protester contre l’expulsion imminente de la famille Santos, installée en France depuis 9 ans. Durant l’après midi, alors que le départ forcé devait avoir lieu vendredi aux aurores, le préfet, sans doute acculé par de fortes protestations, est revenu sur sa décision. La famille Santos, assignée en résidence, a pu rejoindre son domicile. La pression médiatique, la mobilisation des citoyens et le travail des militants ont largement contribué à révéler le caractère indéfendable de la politique d’immigration.


 

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Jeudi dernier, devant la préfecture.

A Cannes, le 28 juillet dernier, à 7h du matin, la famille Santos a été directement interpellée à son domicile, sur ordre du préfet des Alpes Maritimes. Depuis, soit pendant dix sept jours, le couple et leur fille âgée de 5 ans étaient enfermés au Centre de Rétention Administrative de Marseille. Le couple Santos est originaire des Philippines, ils vivent et travaillent en France depuis 9 ans, leur fille Véa est de fait scolarisée en France. Ses parents sont en situation irrégulière depuis le mois de janvier car leur demande de régularisation a été refusée. Ils sont depuis soumis à une OQTF, une Obligation de Quitter le Territoire Français, ce qui signifie en d’autres termes qu’ils pouvaient être expulsés à tout moment sans possibilité juridique de s’y opposer.

Dès le 31, des membres de RESF se sont rassemblés devant les barreaux du centre de rétention avec banderoles et haut parleurs. Ils sont alors une cinquantaine, solidaires et révoltés, à scander fermement « Et pierre par pierre, et mur par mur nous détruirons toutes les prisons ». Alors que de l’autre côté de la grille surmontée de barbelés, se tient une dizaine de policiers, muets ou ironiques, l’uniforme parle pour eux, il semble dire : vous êtes ridicules. Les militants l’entendent autrement, l’un d’entre eux prend à partie un CRS, et lui demande comment personnellement, il peut tolérer le fait de mettre en prison une enfant de cinq ans. Réponse troublante et convenue de l’agent, ceci n’est pas une prison mais un centre de rétention. A l’issue de cette manifestation, les membres du réseau se concertent sur la suite à donner à leur action, on évoque la mise en place de cercles de silence, le dépôt d’une plainte collective et les moyens d’alerter la presse et l’opinion publique. Deux rendez-vous sont fixés pour le lendemain, le premier à 10 heures au Tribunal de Grande Instance du Canet où le Juge des Libertés et des Détentions doit traiter du cas d’une deuxième famille originaire des Philippines, la famille Palada et décider de son maintien ou non au centre de rétention, le second est fixée à 17 heures, rue Saint-Ferréol, pour une manifestation itinérante.

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La décision du juge a été sans surprise. Mais les membres de RESF, se disent satisfaits de l’écho rencontré dans le centre ville lors de la marche de protestation. La vingtaine de militants présents, numériquement affaiblis par les vacances d’été, a distribué 3000 tracts en répétant un slogan qui interpellait inévitablement les passants : « Les enfants à l’école, pas en prison ». Les réactions sont à l’image des multiples situations, vécues par chacune des personnes qui composent les rues houleuses du centre ville de Marseille un samedi après midi du mois d’août, autant de destins et combien de murs d’incompréhension ? Certains n’entendent pas, les touristes se demandent si c’est un théâtre, d’autres s’arrêtent, posent des questions ou encore choquées, elles entonnent à leur tour le couplet. Parmi elles, certaines ont l’air sincèrement inquiètes pour elles-mêmes ou pour des proches. Parfois il y a confusion, des passants comme pris de panique, secouent la main et s’empressent d’ajouter « non, non mais j’ai mes papiers moi ».

A mi-chemin, le cortège fait un arrêt devant les imposantes portes de la préfecture, par un coup du sort inespéré celles-ci s’ouvrent pour laisser sortir un véhicule, les militants en profitent pour s’amasser sous le porche, en moins de deux minutes, dix-sept CRS font barrage et empêchent toute avancée. Il est impossible d’aller plus loin, mais le porche fait caisse de résonnance et amplifie l’horreur de l’affaire que le slogan ne fait que relater. Armand, 23 ans, passait par là, intrigué par la cohue, il s’arrête pour savoir de quoi il s’agit. Il revient des Etats-Unis, il ne prétend pas qu’on y vit mieux, sur quels critères pourrait-on établir une échelle de valeur recevable, mais il ne comprend pas la politique d’immigration française, ces « méthodes intolérables », et le peu de réaction des citoyens « même si les informations sur ces méthodes circulent, qui est prêt à les lire ? ».

D’après des membres de RESF, les faits atteignent un tel degré d’autoritarisme et d’injustice, que l’opinion publique ne peut plus davantage fermer les yeux. En ce qui concerne la famille Santos, il semble que la mobilisation ait été conséquente et efficace. Durant la quinzaine de jours qu’a duré leur détention, des dizaines de lettres de protestation sont parvenues à la préfecture mais également au ministère. Les médias locaux et nationaux ont consacré plusieurs articles permettant de relayer les faits et surtout de souligner la réprobation de la masse des citoyens qui refusent que cette politique soit appliquée en leur nom. En ce qui concerne les deux familles d’origine philippines retenues à Marseille, la procédure n’a pas pu aboutir. La famille Palada a pu être relaxé suite à l’invocation d’un vice de procédure, pour ce qui est de la famille Santos, le préfet a fini par cédé en optant pour une assignation à résidence. Le rassemblement de jeudi, qui visait à s’opposer à l’expulsion des Santos, a aussi été un moment de soulagement pour les participants. Ces derniers se préparaient déjà à protester le lendemain, à Marignane, au moment du départ, vers les 4 heures du matin.

Les deux familles restent toutefois en situation irrégulière. Claudine, une jeune militante de RESF présente lors de cette manifestation précise que « la bataille n’est pas fini et qu’elle se joue désormais sur le terrain juridique ». Il en va de même pour RESF, tout porte à croire que la levée de boucliers se poursuivra tant que durera la politique d’immigration telle qu’elle est actuellement pensée et appliquée. Pour les membres du réseau, chaque manifestation est aussi un moyen de dénoncer celle-ci et d’informer le plus grand nombre sur les outils de cette politique. Qu’apporte effectivement le fait de rendre public l’histoire de la famille Santos ? C’est dire qu’il est possible d’aller à l’encontre des conventions internationales pour emprisonner des enfants, que quel que soit le poids des horreurs passées et l’impossibilité de délimiter la notion d’identité, il est encore possible d’enfermer des personnes sur des critères quasiment dynastiques, c’est dire qu’une politique peut se prévaloir du renversement d’un choix de vie, d’un destin personnel. Pour les membres de RESF, il est intolérable que l’on puisse séparer un père de sa famille, que l’on puisse expulser une enfant qui ne connaît rien de la langue ou du pays de ses parents. D’ailleurs, quels que soient les calculs et les raisons, un monde d’enfant sera toujours beaucoup trop vaste pour comprendre une politique si réductrice.

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