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Des jeunes du Parc Bellevue bloquent un chantier face à la cité pour réclamer du travail

14 janvier 2014

Près de trois cent personnes se sont massées, ce lundi 12 janvier au petit matin pour empêcher l’ouverture du chantier Les Docks Libres, dans le 3ème de Marseille, réclamant des embauches pour les jeunes de la cité Félix Pyat. Ce nouveau chantier de constructions mené par Nexity a débuté depuis quelques mois face au parc Bellevue sans que la population de la cité ne puisse bénéficier d’un quelconque contrat de travail. « Un mirage » au fond du désert économique des cités qui est la goutte d’eau qui pourrait faire déborder le vase….Pour l’heure, un petit nombre d’habitants se relaient devant le chantier, bloquant son ouverture et ils sont bien résignés à se faire entendre par la direction.


 

On le sait, l’un des maux des quartiers populaires est le chômage. Et quand, en plein quartier paupérisé, juste devant la cité Bellevue, un chantier important et des promesses d’emploi se sont ouvert, les habitants de la Cité Félix Pyat, et notamment des jeunes s’attendaient à décrocher quelques contrats de travail. « Nous voulons que Nexity comprenne l’obscénité de ce chantier pharaonique au porte du quartier et dont nous sommes exclus ! Ce chantier sous nos yeux est comme le mirage d’une fontaine au milieu du désert pour les assoiffés que nous sommes ! Assoiffés d’égalité et de justice sociale. Nous n’avons rien contre les travailleurs étrangers qui peuplent ce chantier, mais nous ne voulons pas être les victimes expiatoires du marché et de l’inexistence de l’Europe politique. Cette Europe qui devait se construire sur l’harmonisation fiscale, salariale, sociale et démocratique. Cette Europe qui n’est qu’un vaste marché de la concurrence entre les peuples, entre les pauvres ! », Déclarent les jeunes dans un communiqué.
Pourtant, aucun n’a, pour l’instant, trouvé de travail sur ce chantier. Depuis un certain temps, des habitants du parc Bellevue ont tenté de se faire recruter sur ce chantier conséquent juste en face de chez eux, mais les ressources humaines du chantier n’ont proposé que quelques CDD de trois mois et ont également renvoyé les demandeurs d’emploi auprès des prestataires de la société, sans prendre la peine de donner une adresse ou un numéro de téléphone. Même chose à Pole Emploi ou à la mission locale qui n’ont pas anticipé le problème en négociant avec l’entreprise. Devant la politique de l’entreprise qui feint d’ignorer la question et nie l’environnement économique qui est autour d’elle, des jeunes de la cité ont décidé de s’unir et d’agir.

Ainsi lundi matin, afin de se faire entendre par la direction, ils ont occupé l’entrée du chantier et empêché les ouvriers de travailler. 300 personnes, jeunes et adultes ont donc occupé les lieux, sans heurts, malgré la présence de six voitures de police. En hâte, la direction a proposé de recevoir quelques personnes, mais les manifestants, soutenus par le Collectif des Quartiers Populaires de Marseille, ont préféré attendre de créer une véritable délégation et mûrir leur requête. Pour l’instant chacun est dans l’attente
Pour Sami, un jeune de Bellevue, présent dans la matinée pour l’action : « Depuis trois mois, nous étions au courant qu’un chantier allait se faire, nous sommes allés voir les dirigeants du chantier qui nous ont proposé des contrats de trois mois pour nous calmer. Nous avons refusé. Puis nous sommes revenus plus tard, là, ils nous ont dit qu’ils n’avaient pas besoin de main d’œuvre. Or plusieurs personnes de chez nous sont qualifiées et ont de l’expérience professionnelle, moi-même j’ai CAP de maçonnerie. Nous n’avons plus eu de nouvelles. Puis nous avons discuté entre nous, nous nous sommes regroupés, nous nous sommes révoltés et nous avons décidé de bloquer le chantier, ce matin à 6 heures. Nous sommes arrivés ce matin avant les travailleurs. Quand ils sont arrivés, nous avons discuté avec eux, ils nous ont compris, ils se sont mis à l’écart. Nous avons parlé directement avec les patrons mais nous n’avons pas eu de réponse concrète, demain, on revient à 6 heures du matin. Moi, ça fait deux ans que je cherche du travail, j’ai tout essayé, notamment l’intérim, mais je n’ai rien trouvé. C’est de la discrimination, les employeurs ne cherchent pas à rentrer dans le détail ! »

Soraya, ancienne éducatrice, membre du collectif des quartiers populaires et issue du quartier, présente pour soutenir les jeunes, explique la démarche. « On s’est organisé pour être là bien avant les ouvriers, nous avons bloqué le chantier avec des chaînes et on a gentiment empêché les ouvriers de rentrer. La police est venue, six voitures, qui nous ont annoncé que nous n’avions pas le droit d’occuper le chantier, mais nous n’avons pas démordu, nous sommes resté là. Les ouvriers sont repartis vers 7 heures. Et, maintenant, nous attendons de rencontrer le patron de Nexity ou des Travaux du midi. Ca fait quelques temps que nous essayons de les rencontrer, il y a eu d’autres médiateurs qui ont tenté d’organiser une table ronde. Nous, au collectif, nous sommes là pour soutenir les jeunes. Nous sommes issus du monde associatif et nous connaissons ces jeunes, on les a vus grandir. Nous sommes là pour leur donner un coup de main et essayer de faire entendre leurs revendications qui sont l’emploi. Il faudrait qu’ils embauchent au minimum une quarantaine de jeunes. Car ce chantier est vaste, un grand nombre d’ouvriers travaillent sur ce chantier. C’est dommage qu’on soit obligé de passer par des actions comme cela pour être entendu. Moi, je pense que ce serait valorisant pour ces promoteurs immobiliers de donner un coup de pouce à ces jeunes. Le chantier est dans la cité, je ne comprends pas pourquoi aujourd’hui il n’y a pas eu de recrutement dans la cité. Pourquoi ne sont-ils pas venus nous rencontrer ? Il faudrait qu’aujourd’hui, on puisse donner la chance à ces jeunes. »

Egalement mobilisé Nordine Moussa, habitant de la cité et membre également du Collectif n’est pas étonné de cette action : « Je suis là pour amener la parole des jeunes un peu plus posée, moins énervée, avec un peu plus de réflexion. La loi impose que 5% des emplois d’une entreprise qui s’installe en ZUS soient réservés aux riverains, mais comme notre ZUS est étendue, ça fait très peu de personnes prises en fin de compte, de Bellevue, ils n’ont pris personnes. Ici au parc Bellevue, il y a entre 5 à 600 jeunes, la moyenne de chômage ici pour les 18-25 ans, est de l’ordre de 70%. Cela fait deux ans que je suis venu voir la direction du chantier, personne n’a réagi. J’ai averti le délégué au préfet à l’égalité des chances, il n’a rien voulu savoir. Et maintenant, nous en sommes là. Et ça n’est pas fini ! »

A l’heure où nous écrivons, la direction du chantier ne s’est pas exprimée devant les habitants.

 



 

 

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