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De la guerre d’Espagne à la dictature franquiste, Francis Aldosa se souvient de ces années de misère

14 juillet 2010

Aujourd’hui âgé de 75 ans, Francis Aldosa n’a rien oublié de son enfance teintée de labeur et de survie dans un contexte de guerre civile et de dictature franquiste (1939-1975) qui ne lui ont certes pas laissé les meilleurs souvenirs. Témoin privilégié de ces « années noires », il nous raconte avec une certaine nostalgie, son parcours de vie qui a failli prendre fin en 1938, 3 ans après sa naissance mais le destin en aura décidé autrement. Cet « enfant de la guerre et de la dictature » garde toujours enfoui au fond de sa mémoire, les années de souffrance et de labeur qui ont suivies la guerre civile espagnole (1936-1939). Sa jeunesse, il ne l’a pas connue sauf à travers sa force de travail. Car la misère était telle que le travail était indispensable pour survivre.


 

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« Je suis un enfant de la guerre et un enfant de la dictature ». C’est ainsi que se décrit Francis Aldosa toujours aussi marqué par ces épisodes douloureux qui lui en ont fait voir de toutes les couleurs et en particulier celle de la misère. Une misère noire qu’il évoque avec la gorge nouée.

Francis Aldosa est né un an et demi après le début de la guerre civile espagnole, un 16 juillet 1935 à Lérida (Lleida) au nord-est de l’Espagne, zone frontalière avec la principauté d’Andorre. Il est très tôt confronté à la brutalité et aux conséquences de la guerre. « On a vécu toutes les misères du monde possibles et inimaginables » lance-t-il avec nostalgie et émotion. « Nous étions situés en zone chaude, en zone transfrontalière. L’armée a évacué toute la population civile du village où nous étions et s’est accaparée tout le bétail (poules, vaches, etc...) » se souvient-il. Un épisode anecdotique à côté de ce que la population allait subir .... La guerre civile allait en effet durer quatre longues années et la dictature qui allait suivre, plus de 25 ans. Les épisodes se succédèrent.

« Il n’y a rien de pire qu’une guerre civile [...] »

Un jour, alors qu’il n’était âgé que de trois ans, Francis Aldosa a survécu à un bombardement qui aurait dû lui coûter la vie. Alors qu’il jouait prés d’un bunker, une bombe de plus de 80 kilos atterrit à 1 mètre et demi de là où il se trouvait, créant un trou de 2 mètres de largeur. « J’ai eu de la chance, elle n’a pas explosé mais l’impact au sol à crée un impressionnant nuage de poussière. Je m’en souviendrai toute ma vie » confie-t-il, toujours aussi remué par ce souvenir. « Il n’y a rien de pire qu’une guerre civile car c’est un pays tout entier qui est divisé » poursuit-il avant de la comparer à celle de Bosnie. « C’était exactement la même chose que la guerre de Bosnie. Elle est au moins similaire à 80%. Il n’y avait qu’à regarder les images diffusées par les médias de l’époque pour s’en rendre compte. »

La guerre civile s’acheva en 1939 par la défaite des républicains et l’établissement de la dictature de Francisco Franco qui conserva le pouvoir absolu jusqu’à sa mort en 1977. Une période de vaches maigres où la lutte pour sa survie était presque un sport qu’il fallait savoir pratiquer, « sinon c’était la mort » rappelle Francis Aldosa. Ce n’était pas la lutte armée que la famille Aldosa préconisait, mais la lutte par le travail. Malgré « les exactions, les règlements de compte, les emprisonnements et la barbarie dictatoriale » [...] ma famille était plutôt pacifiste » confie-t-il. Elle n’avait de toute façon pas forcément le choix. Elle s’est donc réfugiée vers le travail, la persévérance et la patience.

C’est donc à l’âge de 12 ans que Francis Aldosa s’est mis à travailler pour subvenir au besoin de sa famille. Jusqu’à l’âge de sa retraite il ne connaîtra que le travail, loin des bancs de l’école qu’il aurait aimé fréquenter, si d’ailleurs il y en avait eu. En effet, les destructions massives de la guerre civile n’ont rien laissé. Son village d’enfance a même été entièrement rasé. Il n’avait donc pas d’autres choix que de répondre à l’appel du travail et au sortir de la guerre ce n’était pas ce qu’il manquait. Les maisons à retaper et à reconstruire ne leurs laissaient aucun répit. C’est ainsi que durant des années entières, il a dû quitter le foyer familial à 4 heures du matin, avec son père, pour ensuite parcourir 15 à 20 kilomètres à pied, les outils sur le dos et atteindre, le lieu de leur travail. Ce n’était que le week-end qu’il retournait chez eux, le temps de ramener des provisions. Les années passèrent péniblement. Sous la dictature de Franco, c’était « travailler ou crever ». « Aujourd’hui les gens me font rire. Ils disent subir la crise, or s’ils avaient vécu la guerre, il saurait ce que c’est que la crise. Puis, « le stress », ça me fait rire. Je n’avais jamais entendu parler de ce terme auparavant, et pourtant nous, on avait beaucoup de boulot » dit-il non sans humour.

Il n’était pas rare de voir les Espagnols chasser des rats pour se nourrir

La vie dans l’Espagne de Franco n’était pas de tout repos. Le pays était désorganisé et détruit. Ainsi il n’était pas rare de voir les Espagnols chasser des rats pour se nourrir. Les rations données n’étaient pas suffisantes. « Tout était rationné. On nous donnait 30 grammes de pain par jour et par personne. Deux fois par an, on nous donnait du savon. Des chaussures, il y’en avait pas. On prenait alors les pneus de voitures pour faire des semelles et on y ajoutait des ficelles. Aujourd’hui, on ne sait plus quoi faire des pneus » lance-t-il non sans ironie.

Francis Aldosa travaille alors doublement pour subvenir aux besoins de sa famille. Son père victime d’une éventration fût en incapacité de travailler, les longues années de labeur auront eu raison de sa santé. En plus de son acharnement au labeur, Francis Aldosa fréquentait les bancs de l’école pour rattraper les années d’études volées par la guerre. Après 10 à 13 h de travail sous le soleil intense de la méditerranée, il se réfugiait toutes les fins de journée à l’école du coin pour apprendre à lire et à écrire. Il travaillait alors dans la principauté d’Andorre, autonome et indépendante ... c’est là bas qu’il prit connaissance qu’un patron français d’Aix-en-Provence avait besoin de main d’œuvre. En 1963, alors âgé de 28 ans, il plie bagage, direction Aix-en-Provence. C’est alors une carrière intense qui se poursuit en France. « Je suis arrivé en France le 3 septembre 1963, je me suis mis à travailler le 5 septembre de la même année. C’est nous qui avons construit les bâtiments qui se situent autour du Rectorat et de la Gare SNCF d’Aix » souligne-t-il avec fierté.

Ce n’est qu’à l’âge de 65 ans qu’il prend sa retraite bien qu’il ne se soit pas vraiment arrêté de bosser. Retraité depuis 10 ans, il n’a pas perdu ses vieilles habitudes. « A 5 h du matin, je suis debout pour travailler et entretenir la maison et le terrain que j’ai acquis » dit-il, nostalgique des années de sa jeunesse perdues entre le sable et le béton. Mais il avoue tout de même que le travail ne lui a jamais fait peur.

Jeudi, il fêtera ses 75 ans.

 



 

 

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