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De l’asile à l’hospitalité : les frontières de l’exil

5 octobre 2011

Dans le cadre de son nouveau cycle sur l’histoire des immigrations dans le sud de la France, l’association « Approches, Cultures et Territoires » et les Archives Départementales des Bouches-du-Rhône accueillaient la semaine dernière à Marseille Michel Agier, anthropologue, directeur de recherche à l’IRD et directeur d’études à l’EHESS. Pour la première conférence de ce cycle consacré aux frontières de l’exil, le chercheur a mis en perspective la figure des sans-Etats et interrogé la notion de « hors-lieux ».


 

Réfugié, sans-papier, clandestin, bien loin du portrait de l’exilé romantique des siècles passés, la notion de « personne déplacée », née à la suite de la Première Guerre Mondiale, n’a cessé d’évoluer au rythme des politiques orchestrées à l’encontre de ces populations. « Et depuis le milieu du XXe siècle, la notion de protection a été supplantée par celle de contrôle ». Alors que les frontières se construisent encore au fil des jours, les questions autour des notions d’asile et de refuge taraudent de plus en plus les Etats. Passant sous silence la Convention de Genève de 1951, définissant la notion de réfugié, la décolonisation sonna déjà le tournant des politiques gouvernementales et l’avènement d’une gestion classificatoire et fragmentée. « Dès les années 60, une politique anti-migratoire est mise en place à l’encontre des indigènes, puis contre tous les pays du sud, la misère institutionnelle du réfugié dépendant des politiques migratoires est apparue », raconte l’anthropologue Michel Agier.

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Si le droit a encore résisté quelques années, l’attitude sécuritaire de ces dernières années a définitivement instauré cette notion de contrôle. Des années 90 à aujourd’hui, la question de la réforme de ce droit d’asile a été à maintes reprises évoquée et s’il a su résister, ce droit est cependant devenu dérangeant, en témoignent les accords de réadmissions signés entre l’Union européenne et la Libye, le Maroc, ou le Sri Lanka... contraignant ces Etats à accepter des personnes expulsées, un arrangement à l’opposé même du principe de la convention de Genève. Résultat : la dynamique de demandes d’asile diminue, et en 2010, 80 % des réfugiés ont été hébergés dans des pays en développement.

L’encampement du monde et l’émergence des extra-territorialités

« Ces politiques ont fait naître la figure des parias, des sans-Etats. Dans un monde qui se prétend consensuel, ils sont pourtant de trop », pointe le directeur de recherches à l’IRD (Institut Recherche Développement). « Tout exil est une souffrance, une perte, une absence et l’asile qui représente l’ultime recours pour se déplacer, se traduit par un risque d’enfermement ou de renvoi. Et désormais, il n’y a même plus de lieu d’arrivée pour faire le récit de ce déracinement. La figure de l’exilé n’a plus de lieu pour se réaliser, si ce n’est le camp. L’indésirable ne trouve sa place nulle part, il vit un nouvel exil : un exil désormais de l’intérieur. Le rôle de ces hors-lieux est à interroger », reprend le chercheur.

Ce dernier met en avant ces nouvelles sortes d’extra-territorialités, ces lieux hors du droit, à l’intérieur d’un pays, mais considérés comme hors-territoire, à l’image de ces « zones humanitaires » que Nicolas Sarkozy souhaitait créer cet hiver en Afrique du Nord pour gérer les flux migratoires consécutifs aux révoltes arabes.

Ce qui fait l’étranger, c’est le lieu de mise à l’écart. L’étranger est ailleurs : dans le ghetto qui devient le lieu de l’exilé. « L’accueil et la rencontre avec l’ étranger est pourtant essentielle pour la socialisation et l’humanisation du genre humain. Ce que deviendra le rapport à l’étranger est la clé de l’avenir. Or la question de l’asile devient dérangeante pour les Etats-Nations », s’inquiète Michel Agier.

« Les Roms, exemple typique de la façon de concevoir l’ étranger : l’indésirable »

Selon l’universitaire, il s’exprime actuellement en Europe un arbitraire de désignation de l’étranger, à partir d’un certain nombre de lieux, comme à partir du campement : « A chaque développement d’un ghetto, l’Etat désigne une population au banc de la vie », estime le chercheur. « Le campement de Roms devient un être indésirable quelle que soit sa nationalité. C’est l’espace qui est pointé du doigt, le campement est toujours le lieu où on désigne les indésirables. »

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Les politiques européennes ne consistent plus qu’à fermer les frontières et à rejeter l’étranger, déplore encore ce dernier. Une attitude liée, selon lui, au rejet de la mondialisation : « Ce qui est pathétique, c’est une certaine impuissance des politiques à dire comment faire face à la mondialisation et à réagir à cette crise de l’Etat-Nation. Il y a une absence de vision du monde. Les politiques font comme s’ils s’accrochaient à cet Etat-Nation, en s’attaquant à des individus fragiles. Leur seule vision est de défendre la nation donc de défendre les frontières et par ricochet : attaquer les étrangers ». Michel Agier regrette ainsi l’absence de débat sur la manière d’appréhender et de rentrer dans cette mondialisation.

La solution ? Revenir au concept d’hospitalité. Le chercheur recommande de redéfinir le rôle des institutions de l’asile afin qu’elles deviennent des institutions d’hospitalité. Et pour cela : un seul remède, non pas changer le droit mais la politique, prône le chercheur. Un chemin qui semble cependant encore long à parcourir, si l’on considère les premiers débats en amont de la prochaine présidentielle, où le thème de l’immigration semble relégué à droite comme à gauche à la fin des programmes.

- Toutes les infos concernant ce cycle de conférence "Mémoires en chantier" (soutenu par le CG13 et La Direction régionale de la jeunesse, des sports et de la cohésion sociale)
se trouvent ici.

 

 

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