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Dans les bras de Bahia #8

10 juillet 2014

Daisy, est une jeune fille à la peau couleur de nuit. Ses vingt-cinq ans habillent son corps de formes fines et souples. Quand elle danse, c’est le soleil, dans toute sa force qui brûle en elle. Elle bondit, elle ondule et virevolte sur les contre temps des percussions et les cuivres de l’orchestre. Nos regards, par hasard se croisent et tout de suite nos yeux s’agrippent.


 

Non loin d’elle autour d’une table en plastique, deux de ses amies, escortent deux caricatures teutonnes toutes en short, chaussettes et moustaches tristes. Taille de géant, ventre en fut de bière, l’œil lourd et concupiscant, ils n’ont aucun mal à cacher les motivations sexuelles et marchandes de leur sortie. Daisy me lance un sourire éclatant. Il n’en faut pas plus pour faire connaissance. Je m’avance et me présente. Mon prénom, difficile à prononcer en Brésilien, la fait rire. Je suis conquis, pieds et poings liés entre ses mains, déjà sur moi. C’est incroyable comme certaines choses vont vite. Je ne prête aucune attention au regards furieux qui me foudroient de l’autre côté de la table. De « l’autre côté du Rhin » une nouvelle guerre se prepare.
Mais Daisy ce soir ne travaille pas. Elle accompagne ses deux amies qui elles sont en mission. Au vu des solides gaillards qui les escortent et de leur frêle allure, la nuit s’annonce plutôt difficile. Si demain le pain est bon, il n’aura pas été aisé à gagner. Et les reniflement discrets mais répétés qu’expliquent leurs soudains regains d’énergie à leur retour des toilettes, est bien compréhensif.

Quelques danses plus tard, alors que l’on s’éloigne de la lourde et réprobatrice présence germanique, Daisy me fait part de sa drôle de vie. Jeune, très belle, habitant dans une favela à deux heures de route du centre ville, elle n’a pas eu l’occasion de finir le premier cycle de la scolarité, c’est-à-dire qu’elle n’est pas allée plus loin que l’école primaire, comme la majorité des habitants de ce pays. Mais elle a des atouts qu’elle sait rentabiliser aux contacts de certains touristes, plus ou moins fortunés. J’ai la chance de lui plaire et l’insigne honneur de ne pas être considérer comme un travail. Ce soir elle est guillerette et prend grand plaisir à corriger mon portugais et m’apprendre de nouveaux mots. Notamment ceux que l’on doit dire à une jolie fille… Mais au fait, suis-je marié ? Car on ne badine pas avec le mariage au Brésil, les convenances, au premier abord, sont très importantes. Comme dans toute société où règne une certaine morale tirée de la religion, il est des règles à respecter. Heureusement, l’hypocrisie ne manque pas de ressources et des lieux de contournement ont été prévu…
En effet, que faire quand l’impériosité du désir ne souffre plus l’attente ? L’auberge où je réside est très claire sur ce point. Un écriteau le fait savoir sans détour, pas d’étranger dans les locaux, même (et surtout) temporairement ! Daisy m’emmènerait volontiers chez elle mais son quartier est loin du centre et ne me cache pas que dans de telles conditions, elle craint pour ma personne. Qu’à cela ne tienne, je suis prêt à attendre. Ne pourrait-on se donner rendez-vous dans la journée ? Ses yeux magnifiques filtrent l’éclat de deux soleils coquins. Pourquoi remettre à demain ce que l’on veut dans l’instant ? Il y a des solutions à tout au pays de l’amour.
J’avais déjà remarqué, dans les villes, le long des grands axes, ces hôtels aux noms particuliers, « Amor hôtel », « Love hôtel »... Naïf, je voyais dans ces appellations une expression du romantisme brésilien. Après une rapide course en taxi, la réalité se révèle sans peine. Un bâtiment épais avec des rideaux tirés à chaque fenêtre, quand il y en a, et un néon en forme de cœur rouge clignotant sans équivoque comme dans un film de série B. Ces hôtels n’ont rien de touristique. On n’y vient pas pour la vue. C’est un lieu de plaisir où tout est conçu pour préserver l’anonymat de ceux qui s’y arrêtent. Pouvoir tromper sans soucis son ou sa conjointe. Ou encore, comme me le présente si délicatement Daisy, un endroit pour gouter l’autre ! Pas ou très peu de contact avec le personnel et on paye à l’heure. Les voitures se garent dans un parking ceint de haut mur, pour que les véhicules ne puissent être reconnus d’un tiers durant la frivole escapade. Une seule vérification se fait depuis peu, l’âge des visiteurs. Le détournement de mineur(e), très rependu, est maintenant sévèrement puni par la loi. L’établissement est de qualité. Distributeurs de préservatifs dans les couloirs. Toutes les commodités sont présentes et en bon état, avec en plus un décorum tropico-érotico-pompeux, qui me donne l’impression d’être dans un bordel parisien de la grande époque.
La porte de la chambre se referme. Bahia est, là, entière et nue devant moi. Je ne saisi pas comment j’ai pu si vite me retrouver dans une si charmante situation. Je sais seulement qu’a regarder Daisy, il est des soleils auprès desquels on désir ardemment se consumer.

Les vies se croisent, vont et viennent. Il en nait parfois de purs moments de grâce, fruits de rencontres improbables, qui laissent à jamais un suave parfum de magie. Là où bouillonne la vie il faut avoir le cœur chaud tout en gardant la tête froide. En fin d’après midi ou en soirée, je revois quelques fois Daisy. Sa compagnie me révèle la vie secrète de cette cité, berceau de tous les saints, dans lequel se débattent, rarement à armes égales, des millions d’adeptes. Je profite de tous les instants que nous passons ensemble, grisé par son sens aigu de la réalité. Par sa capacité phénoménale à saisir la vie comme elle vient, loin des questionnements existentiels, avec pugnacité et sans résignation.
Elle me paraît être l’incarnation même de la femme brésilienne, forte et libre. Agressive et sensuelle. Ce n’est pas une biche en talon haut, mais une lionne à la crinière tressée. Une lionne au milieu de lions.

L’heure du départ approche. La saudade s’empare de moi. C’est cet air nostalgique ou danse amoureusement serrés l’un contre l’autre la douleur et le bonheur. Je comprends mieux les chansons d’amour brésilienne maintenant. Le cœur lourd de révélations et de sentiments brûlants, on me jette dans un taxi qui me mène tambour battant à l’aéroport. Il s’en faut de peu que je rate mon vol. Calé contre le hublot, une larme, sur ma joue, tente de prendre de vitesse les gouttes d’eau qui ruissellent sur la vitre, à l’extérieur. Bahia la Noire, disparaît sous les nuages. L’avion n’en finit pas de rejoindre le ciel. Bientôt le soleil resplendi, unique de lumière dans l’océan d’azur. Au loin, plein nord, m’attend Fortaleza, et avec elle, celle qui est depuis longtemps ma compagne, la Capoeira.

- Carnet de voyage au Brésil de Gaël Assouma :

- FÉMINITÉ, SENSUALITÉ, LIBERTÉ

- NUIT DE FÊTE

- Bienvenue à Salvador de Bahia
- ZUMBI

- Le pays de la canne.

- Récife, premiers pas, premiers contacts.

- NOUVELLES d’un voyage au BRESIL

 

 

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