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Crise du logement, comment agir ?

25 avril 2012

A l’initiative des étudiants du master RH-ESS, Master Professionnel d’Economie sociale et solidaire, de l’université d’Aix-Marseille, une journée de réflexion était organisée, vendredi dernier, à la Maison de la Région. Présente aux débats, La fondation Abbé Pierre avec Fathi Bouaroua qui estime que 35 000 personnes sont demandeuses de logements à Marseille, avec seulement 2000 logements HLM nouveaux par an. Et les loyers modérés correspondent à 75 % de la population. Un quart de la population de Marseille vit sous le seuil de pauvreté. Des chiffres qui nous rappellent qu’il est urgent d’agir. Focus sur la situation avec divers acteurs du logement en région PACA, une région qui attire de plus en plus de monde, sans proposer une offre en logement adaptée.


 

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Face à la « grande complexité des politiques de logement et leur incapacité à assurer l’accès à tous à un logement décent », avec 10 Millions de personnes en France en difficulté pour se loger, selon les derniers chiffres de la fondation Abbé Pierre, il est urgent d’agir. Hausse incontrôlée des prix, « segmentation des filières de production entre promotion privé et logement social », « instabilité des parcours familiaux et professionnels », problème de solvabilité pour les classes les plus vulnérables et les classes moyennes, sont les nouvelles donnes du logement en France. Ce qui coince encore en matière de logements pour les différentes catégories de la population, les avancées, les nouveautés, les freins ont été largement mis sur la table et commentés par les différents acteurs du logement invités par les étudiants du master, vendredi dernier.

« Cette journée est intéressante, les étudiants ont un regard neuf, voire néophyte sur des questions que les spécialistes abordent habituellement. Ce qui est intéressant est qu’ils ont approché des questions très diverses, liées aux formes inhabituelles du logement. Il est encore trop tôt pour qu’on puisse nous apporter les réponses alternatives que l’on attend, qui ont été citées d’ailleurs, et expérimentées depuis des années, comme l’habitat groupé, l’habitat participatif, les formules de communauté, qui pourraient, à terme, être un tiers secteur du logement à naître. On ne peut pas voir le logement, uniquement par le biais soit du logement privé soit du logement HLM », commente Fathi Bouaroua de la Fondation Abbé Pierre.

Crise du logement à Marseille

La situation de Marseille en termes de logements sociaux est paradoxale. Fathi Bouaroua l’explique « Le problème c’est qu’à Marseille sur la SRU, la ville a atteint ses objectifs, mais nous maintenons l’idée qu’il faut systématiquement fabriquer dans toutes les opérations de plus de 1000 m2, 20 à 30 % de logements sociaux et vraiment sociaux. Ce sont ce qu’on appelle les secteurs de mixité sociale. Nous, on dit, que dorénavant, c’est dans toutes les constructions d’un certain nombre de m2, dans la ville, qu’il faut 25 à 30 % de logements sociaux. » Car la crise du logement est bel et bien là. Fathi Bouaroua le répète : « Nous demandons sur Marseille, qu’il y ait une construction massive de logements à loyer accessible, c’est-à-dire du logement conventionné. Un quart de la population de Marseille vit sous le seuil de pauvreté. A quoi ça sert de faire du logement privé ? »

Même constat d’une crise du logement pour Anne Ghigini de l’association Galilé : « Sur notre département, il y a un gros problème de logement, un parc social qui n’est pas assez important et de moins en moins adapté. Il faut savoir que le logement qui sort actuellement est trop cher pour nos populations. Par contre la localisation commence à changer. Nous avions surtout la production de logements en périphérie, et on commence à avoir de production de logement social ancré sur le 4, 5, 6ème, et même sur le centre ville avec le 1, 2, 3ème. »

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Anne Ghigini, Jean-Philippe Beau, Etienne Ballan

Plan Local d’urbanisme sans mixité sociale

Même constat pour Jean-Philippe Beau, représentant de l’association « Un centre ville pour tous », qui intervient dans le cadre de la rénovation des centres urbains et sur les conditions du relogement des populations. Il pense que l’offre actuelle et à venir en logements n’est pas adéquate : « Nous avons des doutes sur la réelle volonté de la municipalité de prendre la mesure de la production de logements sociaux dans Marseille. Quand on voit la structure du revenu des ménages à Marseille et quand on voit la programmation prévue dans le Plan Local de l’Habitat, PLH, on s’aperçoit qu’il y a un écart absolument colossal. On n’est absolument pas dans le calibrage qui correspond à la nécessité. C’est bien de fermer des hôtels meublés pourris, c’est bien de résorber de l’habitat indigne, mais il faut un moyen de production massif de logements sociaux ou conventionnés, par tous les moyens nécessaires. » Sur le PLU, Plan Local d’Urbanisme de Marseille, qui est en révision, et doit être approuvé à la fin de l’année prochaine, il déplore que la municipalité n’ait pas prévu de dispositifs concernant la mixité sociale.

Selon lui, les conséquences des différents plan d’urbanisme prévus par les décideurs sont telles qu’ aucune mixité sociale n’est prévue pour les vingt ans à venir dans la ville de Marseille : « On a fait un PLH qui est mieux que le précédent, mais qui ne contient aucun dispositif pour résorber la dichotomie Nord-Sud, c’est-à-dire que la ville reste sur 40 % des logements sociaux SRU dans le Nord et 8 % à 10 % dans les quartiers sud. Il n’y a aucune chance avec ce PLH que la situation évolue fortement dans les 20 ans qui viennent. » Quant au Plan Local d’Urbanisme, il semble briller par l’absence de dispositifs de mixité sociale, « comme par exemple faire des emplacements réservés pour des logements sociaux qui permettrait à l’EPF, Etablissement Public foncier, d’intervenir sur certains secteurs pour peser sur les prix et acquérir des terrains pour les mettre à disposition des bailleurs sociaux ». Son constat est sombre : « Je crains qu’on arrive à des résultats complètement insuffisants par rapport aux problèmes »

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Relogement dans le cadre de rénovation urbaine, un petit mieux

Autre point d’achoppement, les projets de rénovation urbaine. « Nous nous sommes créés en 2000 quand des phénomènes d’expulsion, d’éviction des plus faibles se produisaient dans le secteur du panier et de Belzunce, lors des opérations de restauration immobilière du centre ville. On a constaté que s’il n’y a pas de dispositif public très important dans ce genre d’opérations pour le relogement, ce qui est d’ailleurs le droit des personnes, cela mène à des catastrophes sociales. Nous avons à chaque fois alerté et aidé les populations à s’exprimer, pour que cette situation apparaisse dans l’espace public et médiatique », se souvient Jean-Philippe Beau. Aujourd’hui, s’il voit une petite amélioration dans la volonté de la ville de prendre en compte les populations, il constate que l’on est encore loin du compte, en ce qui concerne la mixité sociale des quartiers. « Depuis la dernière mandature, les choses ont changé, Madame Fructus a fait une conférence de presse pour exposer ce que fait la ville. Et l’on voit qu’on commence à aborder les choses de façon normale, c’est-à-dire on fabrique des logements relais, on essaie d’avoir des partenaires pour reloger les gens, on s’attaque aux marchands de sommeil. La pompe est amorcée. Mais de notre point de vue, les choses sont très insuffisantes en terme quantitatif. Le Programme Local de l’Habitat qui a été arrêté par Marseille Métropole récemment est complètement insuffisant en terme de productions de logement, 2000 logement réhabilités pour la fin 2016 dont 85 % de logements sociaux, ce qui correspond à 1700 logements. »

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Dessin en direct de Fathy Bourayou

Du logement social dans le parc privé, le dispositif « Solibail »

Les dispositifs actuels sont nombreux mais encore insuffisants. L’une des solutions proposées par le groupement de coopération sociale Galilé est de loger ou reloger des populations vulnérabilisées dans le parc privé. L’association, missionnée par l’Etat, loue des logements dans le parc privé et les sous-loue, ensuite aux plus démunis, à moindre frais. Ce montage permet de reloger des publics dans le parc privé pour des prix équivalents au prix en HLM, notamment pour des familles qui sont refusées en HLM sur les nouvelles productions, parce qu’elles n’ont pas assez de ressources. Galilé reloge également les publics Dalo (droit au logement opposable) ou des ménages sortant d’hébergement type CHRS ou résidences sociales. Le dispositif permet de loger des personnes qui ne peuvent pas accéder aux logements. « En 2011, pour les personnes que nous avons relogées, 45% des ménages ont le RSA, 32 % ont l’AAH, 42 % ont eu du travail, on est sur des publics qui peuvent être fluctuants et bouger. C’est important que nous soyons derrière pour stabiliser la situation. »

Anne Ghigini détaille les modalités d’action de Galilé : « Comme il n’y a pas assez d’offres dans le parc social, on essaie de mobiliser le parc privé. Dans les Bouches-du-Rhône, compte tenu de la précarité, il a été choisi d’utiliser le dispositif « solibail » pour créer, par le biais de la location, des sous-locations de trois ans, ce que j’appelle du vrai logement. » Le choix du logement doit être adapté aux demandes : « On ne va pas sélectionner des logements insalubres, ni dans des environnements qui posent trop de difficulté ou qui sont trop chers. On travaille sur la prospection avec un agent immobilier, auprès de propriétaires qui nous consultent par le dispositif « solibail ». On travaille aussi avec n’importe quel petit propriétaire privé. » Marseille compte de nombreux petits propriétaires disposant de peu de ressources. Les prix que pratique l’association sont en dessous du marché, en moyenne 11,50 euros le m2, pour le loyer libre et 8,94 euros le m2 pour le loyer intermédiaire. Ce procédé a un double avantage : « D’un côté nous permettons de sécuriser les propriétaires qui ont peur de louer, compte tenu de la crise, nous signons un bail direct avec le propriétaire, nous sommes le garant pour le propriétaire du ménage. Ensuite, nous faisons l’intermédiaire avec le locataire et le propriétaire pour qu’à son départ tout se passe correctement. »

Reste des populations qui n’ont pas encore la chance de bénéficier d’une telle aide. Et à Marseille, du problème des Roms, à l’accueil des sans-abris, les urgences sont nombreuses, Fathi Bouaroua le confirme : « Il est vrai que la question des Roms est choquante, parce que nous avons une responsabilité liée à la dignité des personnes et que c’est un véritable scandale de ne pas tenir compte de la situation et de ne pas avoir plus d’humanité à l’égard. D’autres questions aussi nous préoccupent comme celle de l’habitat indigne, les conditions inacceptables d’accueil des sans-abris à Marseille, à l’UHU et d’autres lieux. On souhaite qu’il y ait rapidement de vrais projets qui permettent d’humaniser l’accueil des gens les plus fragiles et ceux qui vivent à la rue. »

 



 

 

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