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Congo My body soulève la question du sort des enfants soldat.

4 avril 2012

Dans le cadre de l’excellente Biennale des écritures du réel, jeudi 22 mars, était donné un spectacle de danse-marionnettes, intitulé Congo My body par la Compagnie Kazyadance. Conçu à partir des textes de Serge Amisi, ex-enfant soldat au Congo dans les années 1990, le spectacle qui entrelace danse et marionnettes revient sur l’embrigadement des enfants dans des conflits dont ils deviennent, malgré eux, des acteurs à part entière.


 

A la cité-Maison de théâtre, rue Edmond Rostand, jeudi 22 mars, la salle de spectacle était comble pour Congo My Body. Au départ, intrigués et cachant leur étonnement par des rires nerveux, les lycéens invités au spectacle, ont été progressivement happés par la tension du récit et des images. Car le spectacle ne prêtait pas à rire, mais bien à se confronter à l’expérience sordide et traumatisante vécue par des enfants à la fin du XXème. Récit en danse et marionnettes, orchestré par la chorégraphe Djodjo Kazadi, Congo-My body était interprété par Djodjo Kazadi, Serge Amisi, et Youndé Mulumba, tous deux enfant-soldat au Congo à l’âge de 10 ans.

Sur scène, des corps torse nu, des têtes qui disparaissent sous des étoffes, des marionnettes, des déhanchements de bassin, de la vidéo, des chants et les mots de Serge Amisi, étaient tout autant d’artifices artistiques tentant de restituer l’expérience dramatique d’enfants de 10 ans, armés de kalachnikov et lâchés dans un conflit sanglant, dans lequel ils devaient faire office de guerriers. Dire le corps, voilà l’enjeu du spectacle ; « Congo mon pays, Congo My body, corps morcelé, brisé, tordu, blessé, Congo, c’est nous. Un corps oublié qui nous porte comme une mère à la dérive. Dérouler et remonter l’histoire de nos vies, se forcer à se souvenir d’un instant, d’une période. Nous avons 10 ans ».

Serge Amisi est enrôlé à 10 ans dans un service militaire commandé. Yaoundé Mulumba, a lui aussi 10 ans, quand il est arrêté par l’armée sur le chemin l’école. Tous deux seront des enfants soldat en RD Congo de 1997 à 2001. Démobilisés, ils suivent l’enseignement de l’Espace Massalo, un centre de ressource artistique et artisanal de Kinshasa, où interviennent de nombreux artistes étrangers. L’un devient artiste et sculpte le métal récupéré, l’autre devient comédien et marionnettiste. Serge Amisi écrira son histoire, publié en France aux éditions Vents d’ailleurs. Aujourd’hui, ils vivent en France avec le statut de réfugiés politiques. Ce spectacle qui tourne depuis un an en France et en Allemagne, est l’une des occasions de faire un travail de mémoire qui n’a pas été fait au Congo. Il n’est évidemment pas encore bienvenu au Congo, car sur place personne ne souhaite évoquer de ce pan de l’histoire du pays à l’extérieur.

Les cauchemars des ex-enfants soldat

A la suite du spectacle, Serge Amisi a décrit sa difficile réinsertion et son entrée dans l’écriture : « Après la démobilisation, j’étais dans une association qui devait nous apprendre à nous insérer dans la vie civile, cela n’a pas bien marché parce que nous étions entre nous, entre ex-enfants soldat. J’avais quitté l’armée depuis un an et demi, mais je continuais à voir mes amis de cette époque, j’avais du mal à avoir des amis civils, parce qu’on n’avait pas les mêmes délires. Et puis on me posait toujours la question : as-tu tué des hommes ? Des parents interdisaient mêmes à leurs enfants de me fréquenter. Je faisais des cauchemars récurrents, j’avais 16 ans. Plus tard, j’ai suivi une formation, avec des artistes professionnels, Congolais et étrangers. Au début, dans ce centre d’initiation à l’art, je réalisais des dessins de toutes les armes que je connaissais, et avec les marionnettes, je faisais des militaires sans tête. J’ai conçu une première exposition, que j’ai appelée « Les rêves d’enfants soldats » où j’avais créé des sculptures de militaires qui n’avaient pas de tête. Parce que pour moi, avoir sa tête dans l’armée ne servait à rien, qu’on soit intelligent ou pas, cela ne comptait pas. Pour réaliser l’exposition, j’avais des cahiers où j’écrivais afin de me souvenir des choses, et surtout me rappeler comment les enfants que nous étions étaient poussés à commettre des crimes contre les civils. Je me suis lancé alors à raconter mon histoire, 1200 pages d’un coup, je n’ai pas arrêté, ce qui a donné un livre plus tard. Ça m’a permis de sentir que je n’étais plus dans l’armée, que j’étais démobilisé et de comprendre que j’avais évolué. Même si j’étais encore réserviste, j’ai dit : pour moi, les armes c’est fini. »

« Je me bats, aujourd’hui, avec l’art »

De son côté, Youndé Mulumba explique son parcours et sa démarche qui est désormais celle d’un artiste : « Je suis artiste et ex-enfant soldat, on m’a enrôlé par la force, pendant que j’allais à l’école. Ca a abimé beaucoup de choses dans ma tête, dans ma vie. Je regrette, quand j’étais gamin, je pensais que j’allais être historien mais je n’ai pas eu la chance de faire des études. Ma famille a été séparée par la guerre. Ce n’est pas facile. Maintenant, je ne suis plus la même personne, je suis quelqu’un qui se bat pour les évènements passés, pour savoir pourquoi on m’a enrôlé. Je me défends en tant qu’artiste et je me bats contre les gens qui enrôlent les enfants. Il faut qu’on arrête les enrôlements, pour l’instant on en est incapable. Parce que l’avenir de demain ce sont les enfants d’aujourd’hui. Si on continue à envoyer des enfants à la guerre, on tue le pays, on n’aura pas d’intellectuels, on n’aura pas de gens qui pensent bien à l’avenir dans ces pays. On voit comment les jeunes souffrent dans toutes les formations militaires. Je regrette que la communauté internationale, que les Nations Unies ne réagissent pas. Moi, je ne suis pas assez fort pour lutter, donc je réagis, à mon niveau, en tant qu’artiste. Je raconte les souffrances et les douleurs que j’ai vécues. Avec l’équipe de Congo My body, on cherche à parler, à se défendre pendant les conférences, on discute dans les écoles. On cherche dans toutes les directions à donner un message. »

Le sujet de Congo, My Body est hélas toujours d’actualité. On dénombre encore 250 000 à 300 000 enfants soldats dans le monde. En plus du « vol de leur innocence », ces enfants sont victimes de violences y compris de violences sexuelles. Des représentants d’Amnesty International, étaient présents à la Cité, à l’occasion du spectacle. Benoit, de l’association, résume la situation actuelle : « Le 14 mars 2012 a eu lieu un procès historique à la CPI, Cour Pénale Internationale. Pour la première fois dans le monde, un chef de guerre, Thomas Lubanga, qui a endoctriné des enfants soldats pendant la guerre du Congo a été condamné à perpétuité sur ce motif précis. Ce qui est nouveau, ce qui a été ciblé, c’est l’endoctrinement d’enfants soldat. Les faits sont reconnus, le monde international est au courant de l’embrigadement des enfants soldats, à travers le monde, par contre ce qui est difficile, c’est d’arrêter et de juger les personnes responsables. Le problème est que l’on a du mal à identifier les chefs de guerre. Mais ce phénomène continue à avoir lieu en Somalie, au Tchad et ailleurs. A Amnesty, on soutient des associations locales, qui aident les enfants à ne pas être embrigadés ou à s’en sortir. Dans les années 1990, l’ONU a créé un Bureau du Volontariat au Service de l’Enfance (BVES) qui tend à protéger les enfants, de préférence en prévention, mais à tous les niveaux. Les cause de l’embrigadement sont multiples, enrôlement de force, mais aussi un endoctrinement dès le plus jeune âge. Du coup les enfants sont persuadés d’aider leur nation, et de service une cause, comme on a vu dans le spectacle. »

 



 

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